Doctor Who - saison 10

Rubrique consacrée à la série Doctor Who 2005

Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 19 Avr 2017, 18:39

Ce topic est fait pour parler des épisodes de la saison 10 de Doctor Who 2005.

Merci de bien indiquer au début de votre post de quel épisode vous parlez de façon à ne pas spoiler les personnes qui auraient du retard sur vous.
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Tyr
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 19 Avr 2017, 18:46

Bill: "If it had work to do, why would it lie around in a puddle?"
The Doctor: "I don't know, maybe it's a student.


10x01 The Pilot

Et voilà, le Docteur est de retour et a eu le bon goût de faire atterrir son TARDIS à une heure décente et durant le week end de Pâques, ce qui me laisse le temps de fignoler mon pavé sans que mes copies n'en souffrent (on voit bien que c'est un prof cette saison, il pense aux collègues^^).

Que penser de cet épisode? Je l'ai bien apprécié dans l'ensemble mais je ne peux hélas pas en dire que du bien ; je pense en revanche qu'il emmène la saison dans la bonne direction et c'est après tout l'essentiel. Puisque The Pilot a la double tache d'être un épisode introductif et un "monster of the week" à part entière, je consacrerai mes deux premières parties à ce double aspect avant de me pencher sur le fil rouge et les spéculations (cette année, je vise le 10% de réussite : on y croit!).

I. Un épisode hybride

Je vais commencer par ce qui m'a le plus gêné dans l'épisode. Ceux qui ont l'habitude de me lire savent que j'ai à peu près la capacité d'attention et de concentration d'un élève de 6eme en dernière heure de cours un vendredi après-midi et que chaque ralentissement du rythme m'est très difficile à supporter. Autant dire que j'ai pas mal souffert durant les vingt premières minutes de l'épisode. Je comprends parfaitement le choix de Moffat de sacrifier le rythme à la caractérisation de la nouvelle compagne mais il n'empêche que j'ai regardé ma montre plusieurs fois pendant cette longue introduction et il est fort possible que j'aie poussé un cri de joie à la 18eme minute lorsque le Docteur file de son bureau et se rue vers la flaque alors que la musique épique de Twelve retentit enfin. Moffat, ça va pour cette fois mais ne me refais plus un coup pareil! :(

J'apprécie néanmoins le fait que le showrunner (que je soupçonne d'être en général autant drogué que moi aux rythmes effrenés) ait coupé une bonne partie de la scène où Bill découvre les daleks pour la première fois. Nous avions déjà eu l'occasion de découvrir ladite scène il y a quelques mois, à l'occasion du comic relief je crois, et je l'avais déjà trouvée un peu longuette : une redite ne m'aurait pas amusée.

En fait, et je pense ne pas être la seule à avoir eu cette impression, il m'a semblé regarder un épisode écrit en collaboration entre RTD et Moffat. La première partie de l'épisode m'a fait pas mal penser à Rose, le pilote de la version 2005 de la série (vu le titre de l'épisode, je pense d'ailleurs que c'est complètement voulu). Dans les deux cas, on suit l'action à travers le regard d'une future compagne d'une classe sociale peu favorisée qui rencontre le Docteur sur son lieu de travail. Dans les deux cas, la figure maternelle est un peu paumée et a une vie amoureuse très décevante et le père est inexistant. Dans les deux cas, l'alien de la semaine va prendre l'apparence de la personne aimée par la future compagne. Je suis sûre qu'il y a d'autres parallelles dans l'intrigue mais ce sont ceux qui m'ont sauté aux yeux.

Cette RTDisation n'est pas négative en soi, bien au contraire. Je pense que cela fera du bien à tout le monde d'avoir enfin une compagne normale qui n'est pas une impossible girl, une girl who waited ou tout autre périphrase ronflante. De plus, si mon problème sur le rythme fait que je préfère en général l'ère Moffat à celle de RTD, il est pour moi indéniable que ce dernier était bien meilleur pour créer des personnages attachants et creusés, justement parce qu'il prenait le temps de les mettre en contexte et de nous présenter leur famille et leur environnement. Il suffit de voir d'ailleurs la scène où Bill découvre les photos de sa mère, scène franchement plus typique de RTD que de Moffat : c'est beau, touchant, et ça fait plus en 2 minutes pour nous rendre Bill sympathique que tout le reste de l'épisode.

Bref, je ne peux que louer Moffat d'avoir décidé de tenter de faire ce travail de caractérisation pour sa nouvelle compagne et tant pis pour moi si j'ai dû un peu serrer les dents en début d'épisode. Il me reste bien assez de Moffatismes pour être satisfaite, comme l'objet du quotidien rendu monstrueux, le gimmick auditif, les clins d'oeil à la série classique (très belle référence au véritable pilote de la série avec la photo de Susan sur le bureau du Docteur) ou ceux à la saison précédente (mention spéciale au thème de Clara joué au moment où Bill dit au Docteur qu'il n'apprécierait pas d'être victime d'un mind wipe). Reprenons donc l'analyse de ce qui se passe dans l'épisode.

Après cette longue découverte de la vie de Bill légèrement parsemée de scènes où le Docteur se comporte comme un prof (bonjour le dépaysement...^^) , nous entrons enfin dans le vif du sujet avec l'apparition du monstre de la semaine. La fan de film d'horreur que je suis a bien sûr apprecié cet hommage pas du tout voilé aux fantômes japonais (une femme visiblement morte et ruisselant d'eau qui se déplace en glissant et ne peut apparemment communiquer que par imitation ou par un cri strident). Mention spéciale à la scène de la salle de bain de Bill, qui réunit quasiment tous les clichés du genre, et surtout à celle de la première confrontation entre Pilot-Heather et Bill sur le campus : tous les éléments sont ultra prévisibles mais le tout est flippant et le "you're dead" du monstre immédiatement suivi d'un jump scare a tout a fait fonctionné chez moi alors même que je me disais que c'était ce qui allait se passer.

Un seul bémol : je regardais l'épisode en direct et ne pouvais donc pas faire pause, ce qui m'a posé un léger problème technique. Moffat, la prochaine fois que tu décides de faire un épisode de 50 minutes diffusé un week end de fête à l'heure de la digestion, merci de ne PAS choisir comme gimmick auditif un putain de bruit d'eau qui ruisselle : disons que j'ai compati très fort avec Bill lorsque sa première réaction en voyant l'intérieur du TARDIS a été de demander où étaient les toilettes.

Bref, pour en revenir au monstre de la semaine, je m'estime satisfaite même si la résolution (malgré son aspect atroce il ne voulait en fait pas faire de mal) a été pas mal utilisée ces dernières saisons (dans Hide et Time Heist par exemple). Enfin bon, si on va par là, le coup du vaisseau spatial semi vivant qui tue des humains parce qu'il se cherche un pilote, c'est en gros le scénario de The Lodger, on ne va pas revenir sur chaque recyclage de Moffat. Je suis en revanche assez surprise de la réaction du Docteur face à cette créature : il répète plusieurs fois à Bill de ne pas lui faire confiance car "it's not human" et ne réalise pas ce que Bill a fini par comprendre, que Pilot-Heather ne veut pas l'emmener de force. Le Docteur nous a habitué a un peu plus d'empathie concernant les races aliens : est-ce parce qu'il est resté sur Terre trop longtemps?

Dernière chose concernant Pilot-Heather, nous avons droit à l'habituel moffatisme du danger de la semaine clairement comparé au Docteur : vous savez, comme la baleine géante de la saison 5 qui était "very old but very kind", le monstre du god complex "last of his race, an ancient creature drenched in the blood of the innocent ", le robot de la saison 8 qui a changé toutes les parties de son corps et ne peut donc pas être sûr d'être encore lui-même... Ici, le Docteur résume sobrement les capacités de Pilot-Heather par "it's fast, it time travels, it never gives up", ce qui me rappelle fortement quelqu'un.^^

Passons au dernier grand thème non introductif de l'épisode, la romance entre Bill et Heather. Je dois admettre qu'alors que j'ai le romantisme d'une brique et que les histoires d'amours me passionnent à peu près autant qu'une rediffusion de Plus Belle la vie, j'ai trouvé cet aspect très bien traité. Pas de sexe, pas de longues déclarations enflamées, pas même un baiser : juste le début d'une histoire qui aurait pu -ou pas- se concrétiser entre une jeune femme un peu paumée et une éternelle insatisfaite avec une étoile dans les yeux. Leur scène d'adieu en particulier est très belle et je trouve l'idée que ni le public ni Bill ne savent si les larmes dans les yeux de cette dernière viennent d'elle, de Heather ou sont de simple eclaboussures de Heather-pilot très poétique. Bref, j'ai trouvé Heather et Bill plus crédibles en 50 minutes que Danny et Clara en une saison mais il est possible que je sois influencée par le fait que cette histoire soit très probablement finie et qu'on ne me bassinera pas avec des aternoiements amoureux pendant toute une saison.

Enfin, pas d'épisode correct de Doctor Who sans humour et, si The Pilot est loin d'être le plus hilarant, cet aspect n'est pas négligé. J'ai bien sûr particulièrement apprecié les nombreuses blagues sur les étudiants, obligatoires maintenant que le Docteur assume son coté prof, et j'exige de voir dans les prochains épisodes le "macaroon dispenser" du TARDIS (on a bien fini par voir la piscine). Niveau comique visuel, le Docteur qui prend le temps alors qu'il est poursuivi par un danger inconnu d'enlever le panneau "out of order" de la porte du TARDIS a très bien fonctionné chez moi. Enfin, je dois tirer mon chapau à Moffat qui trouve le moyen de trouver encore, après tant d'années et de débats de fans, une incohérence peu relevée dans le canon de la série : le fait que l'acronyme TARDIS ne fonctionne qu'en anglais. Smile

On retrouve aussi le jeu sur le 4eme mur assez typique de la série ces dernières années comme lorsque Bill demande au Docteur "do you know any sci-fi?", lorsqu'elle fait référence à une série de science-fiction avec des aliens disponible sur Netflix ou lorsque le Docteur, agacé, fait carrément référence au script lorsqu'il dit à Nardole "I don't know everything, I don't have it all written down." La série aime aussi toujours autant se regarder le nombril et cela donne lieu à quelques blagues sympathiques comme lorsque le Docteur s'exclame "Never ever be late, I'm very particular about time" ou lorsqu'il répond à Bill, qui s'étonne du fait qu'il ne semble pas être sûr de ce à quoi il ressemble "Oh, you've no idea."

Je me dois néanmoins de finir sur un aspect que j'ai trouvé assez déplaisant, et c'est bien dommage puisqu'il s'agit non seulement d'une des premières tentatives d'humour de l'épisode mais d'une des premières prises de parole de Bill. Je sais bien que Moffat a parfois tendance à ne pas trop réaliser comment ses idées peuvent être interprétées par son public, en particulier féminin, mais j'ai tout de même du mal à justifier la blague sur le fait que Bill ait rendu grosse son béguin de début d'épisode.

Certes, je peux comprendre le fonctionnement de la blague: Bill cherche à séduire une jeune fille mais ne réalise que trop tard que la méthode qu'elle choisit rend sa cible non désirable... mais je trouve très moyen, dans une série familiale donc regardée en bonne partie par des enfants et des adolescents, de sous-entendre qu'à partir du moment où une fille est grosse tout son sex appeal disparaît immédiatement. Sachant déjà que de tous les personnages féminins récurrents de l'ère Moffat seule Osgood doit dépasser la taille 38, ce n'est vraiment pas très malin de véhiculer ce genre d'idée même si j'ose espérer qu'il s'agit d'une maladresse et que ce n'était pas du tout le but de Moffat. Quel dommage de faire cette bourde dans un épisode où il parvient par ailleurs à proposer une romance gay qui pour une fois n'est pas hyper-sexualisée!

Bref, fin du coup de gueule... et de ma première partie. Passons maintenant à l'aspect pilote de the Pilot.

II. Un épisode introductif

Comme le double sens du titre le laissait supposer et comme bien souvent lorsque nous avons droit à un changement de compagne, cet épisode cherche non seulement à nous présenter la nouvelle locataire du TARDIS mais à servir de point de départ possible pour de nouveaux spectateurs qui n'auraient ni le temps ni l'envie de se farcir les 900 épisodes précédents. Il faut dire que c'est l'occasion révée puisque le Docteur, sous couvert d'expliquer à sa nouvelle compagne ce qui se passe, peut ainsi récapituler pour les nouveaux arrivants la mythologie de la série.

Pour cet aspect, je trouve que the Pilot s'en sort intelligemment et permet de caser l'essentiel de ladite mythologie en peu de temps. Je pense qu'il s'agit du seul épisode introductif qui parvient à donner en 50 minutes, sous prétexte d'une course poursuite avec l'alien de la semaine, une démonstration de l'aspect spatial ET temporel du TARDIS (avec une visite express de planète pour l'occasion), une présentation des méchants iconiques de la série alors qu'ils n'avaient rien à voir avec l'intrigue, une mention à la time war et un coup d'oeil au tournevis sonic (à une collection d'entre eux d'ailleurs) ET au psychic paper. L'épisode prend même le temps d'éffleurer l'aspect très relatif de la temporalité avec le moment où Bill est témoin d'une bataille de la time war, très futuriste pour elle, mais qui pourtant se déroule dans le passé. Bien sûr, c'est incontournable, le tout fait un peu rushé mais c'est néanmoins un bon moyen de présenter les grandes lignes de la série à un nouveau public sans pour autant ennuyer profondément les fans.

Mais ce n'est bien sûr pas le seul rôle d'un épisode introductif: ce dernier a également le devoir de nous présenter la nouvelle compagne, le compagnon que la série a jusqu'à présent peu creusé et le nouveau Docteur, Twelve ne cessant d'évoluer à chaque saison.

Je vais commencer par Nardole puisque c'est celui sur lequel j'ai le moins à dire. Nous avons désormais la confirmation que le Docteur lui a donné un corps robotique (et qu'il a tendance à oublier d'utiliser régulièrement de l'huile pour les articulations^^), ce qui sera je suppose pratique en cas de confrontation avec des aliens hostiles. Je tente d'oublier le fait qu'il lui a apparemment laissé certains de ses organes internes, et pas les plus glamour, puisque Nardole conseille à Bill d'attendre quelques minutes avant d'entrer dans les toilettes qu'il vient d'utiliser. :snif2: On retrouve aussi l'aspect un peu bouffon déjà repéré précédemment, parfois franchement lourd d'ailleurs : le fait par exemple qu'il parte du mauvais coté lorsque le Docteur et lui se dirigent vers la cave où est caché le mystérieux coffre la nuit où Bill les suit est juste ridicule puisqu'il fait visiblement ce trajet depuis un bon bout de temps. De même, il semble être confirmé que le personnage a repris le rôle précédemment dévolu à Clara de "traducteur" entre le Docteur et le reste de l'humanité comme lorsqu'il tente d'expliquer à Bill comment fonctionne le TARDIS ou lorsqu'il remarque les larmes dans les yeux de Bill et explique à cette dernière que le Docteur n'est pas du genre à les voir.

Ces deux aspects de comic relief et de notice explicative sur patte étaient déjà visibles dans l'épisode de noël et c'est aussi un peu le cas du troisième : celui d'assistant/majordome/homme de main. En fait, Nardole semble là en bonne partie pour soulager le Docteur de toutes les taches non héroïques: parler aux simples mortels et leur ouvrir la porte, servir occasionnellement de paire de mains supplémentaire, faire diversion pendant un danger... Il est bien possible que ce soit un moyen de rendre par ricochet le rôle de la compagne plus intéressant puisqu'elle n'aura pas à assumer ces rôles. De même, puisqu'on s'achemine clairement vers une relation tuteur/étudiante entre le Docteur et sa compagne, Nardole pourra être celui qui remet le Docteur à sa place quand il va trop loin (il ne se gêne clairement pas pour lui dire ce qu'il pense). Si c'est bien là l'intérêt du personnage, cela peut être une bonne idée.


Il n'empêche que cela rend la relation entre Nardole et le Docteur assez étrange : je n'ai pas souvenir d'avoir vu un seul vrai moment de complicité entre eux et ce n'est pas la faute des deux acteurs, c'est je pense voulu. Certes, ils se parlent, échangent parfois des regards entendus et même se serrent la main lorsque Bill dit enfin "it's bigger in the inside" mais c'est presque toujours initié par Nardole et le Docteur ne semble jamais montrer de véritable affection envers lui. Il y a même des moments où il montre un certain mépris pour le personnage, comme lorsqu'il répond à Bill, qui demande si ils sont en sécurité, "Well, that's up to Nardole, so probably not." Pire encore, lorsqu' il demande à Nardole de servir de diversion, il ne lui laisse littéralement pas le choix et ce dernier obéit alors qu'il n'a visiblement aucune envie de la faire.

Cela me donne vraiment l'impression que Nardole n'est pas considéré comme un compagnon mais comme un outil par le Docteur, comme une sorte de Handles sur pattes, ce qui me fait me demander quel est réellement le degré de conscience du personnage. Est-il "humain" ou une simple machine qui parle? Il est bien sûr possible que j'extrapole (ça m'arrive parfois^^) et que le coté très désinvolte du Docteur à son égard vienne du fait qu'ils aient passé énormément de temps ensemble (on n'a pas de timeline exacte mais le Docteur est censé faire cours depuis une 50aine d'année et c'est sans compter le laps de temps entre The Husbands of River Song et The return of Doctor Mysterio).

Passons maintenant à Bill. Comme je le disais précédemment, je suis contente de retrouver une compagne "normale", tellement normale d'ailleurs qu'elle est la seule depuis Mickey à avoir un comportement logique en découvrant ce qu'est le TARDIS. J'ai beau être fan de sci-fi en général et de cette série en particulier, il n'empêche que si je découvrais un alien capable de voyager dans l'espace temps à bord d'un vaisseau défiant les dimensions, mon premier réflexe ne serait PAS l'émerveillement et l'excitation! Je veux bien admettre qu'Amy avait l'excuse d'avoir été une enfant la première fois et que Clara était un fragment de son moi futur et connaissait donc "intuitivement" le Docteur mais pour tous les autres, c'est juste complètement wtf.

Bill, qui est une scientifique dans l'âme (je suis jalouse de ses notes en physique, coachée par le Docteur ou pas) a d'abord le réflexe parfaitement sain de rationaliser ce qu'elle voit, pensant d'abord à une pièce à l'entrée en trompe-l'oeil (elle m'a d'ailleurs achevée avec son "what happened with the door? Did you run out of money") puis, lorsque que celle-ci bouge, à un ascenseur. Elle met ensuite un temps certain à réaliser que l'intérieur est plus grand que l'extérieur au point que le Docteur grommelle "Is it my imagination or is this taking longer than normal?” et, si elle semble tout d'abord partager l'émerveillement des compagnes précédentes lorsqu'elle réalise enfin ce qu'est le TARDIS, elle subit néanmoins un véritable choc lors de son premier "vrai" voyage qui ne peut pas être rationalisé.

Bien sûr, il serait pénible pour le spectateur de proposer ce schéma à chaque nouvelle compagne : le manque de peur des personnages confrontés à l'impossible dans la science-fiction est parfaitement acceptable dans le cadre de la "suspension of disbelief" nécessaire pour apprécier ce genre. Il est néanmoins raffraichissant de voir un personnage réagir presque normalement (je dis bien presque parce que je pense que je ne serais pas la seule, loin de là, à m'enfuir à toutes jambes^^).


Pour en revenir à la caractérisation de Bill, l’asexuelle que je suis est bien sûre ravie de découvrir qu'elle est lesbienne et semble avoir une relation prof/étudiante avec le Docteur, ce qui rend toute romance entre eux bien peu probable : fort égoïstement, j'aimerais retrouver le Docteur ace que RTD puis Moffat ont sérieusement mis à mal : ce n'est pas comme si on avait une forte représentation dans la pop culture. ;)

Enfin, je suis ravie que nous ayons ENFIN une compagne fan de science-fiction (et sans doute de comics vu ses badges^^). Déjà, cela permet d'aller beaucoup plus vite sur l'aspect toujours un peu lassant de la période d'apprentissage de la nouvelle compagne qui doit découvrir ce que tout fan sait déjà. Ici par exemple, il est inutile de lui expliquer que le Docteur a le pouvoir d'effacer la mémoire des gens, elle reconnait une tentative de mind wipe au premier coup d'oeil. Surtout, puisque le rôle de la compagne est d'être le personnage auquel le spectateur peut identifier, il est plutôt judicieux de lui donner une caractéristique commune à tout fan de Dr Who : un intérêt pour la science-fiction.

Le Docteur lui-même sent immédiatement le potentiel que représente une nouvelle compagne fan de sci-fi et qui sera donc ravie de voyager avec lui (je repense avec horreur à Peri, la compagne du 6eme Docteur, qui ne cessait de râler à chaque épisode et chaque destination) et aura l'ouverture d'esprit nécessaire pour être réellement utile dans leurs futures aventures et pas une simple groupie. Il le montre bien lorsqu'il lui dit "So, you meet a girl with a discoloured iris and your first thought is she might have a lizard in her brain? I can see I'm going to have to up my game." Bref, Bill me semble être une compagne pleine de potentiel et il semblerait que Moffat ait écouté les critiques pour sa dernière saison, du moins sur ce sujet.

Enfin, nous avons le Docteur. Cela fait apparemment entre 50 et 70 ans qu'il donne régulièrement cours dans cette université. Même si cette indication est toute relative puisqu'il peut voyager dans le temps et que nous avons la preuve, avec la position du tapis offert par Bill, qu'il a fait au moins quelques voyages en TARDIS durant ce laps de temps, je ne me souviens pas que le Docteur soit resté si longtemps sur Terre au même endroit, toute incarnation confondue. Cette longue pause a clairement influé sur son caractère, déjà probablement modifié par le mind wipe subi en fin de saison 9 et le deuil de River dans l'avant dernier christmas special même si un simple "romp" sans prétentions comme The return of Doctor Mysterio n'a pas vraiment suffi à s'en assurer.

Ici, les changements sont visibles. Le Docteur de The husbands of river Song ne supportait pas les traditions de noël, celui-ci partage sans rechigner un repas de fête avec Bill, chapeau festif sur la tête. Le Docteur de la saison 9 disait clairement dans The woman who lived "No banters! I draw the line at banter!", celui-ci n'hésite pas à s'y adonner avec Bill au point que Nardole le fait remarquer. Le Docteur de la saison 9, déjà pourtant bien plus humanisé que l'année précédante, avait encore besoin de cartes lui indiquant quoi dire et comment réagir pour ne pas blesser les sensibilités humaines : celui-ci, bien que toujours fort peu à l'aide avec les émotions, n'hésite pas à demander clairement "how do I help?" lorsque Bill, choquée, tente de se ressaisir dans les toilettes en Australie. Ce Docteur semble également tout à fait conscient... et ma foi plutôt content d'être "very silly sometimes" comme l'accuse Nardole.

Bref, s'il est clair que Twelve ne gagnera toujours pas le prix du time lord le plus calin et chaleureux, il s'est encore sacrément adouci et fait plus vieux gentleman réservé qu'associal à la limite de l'autisme (il commence à ressembler sacrément au 3eme Docteur je trouve). Je pense d'ailleurs que Nardole se plante complètement lorsqu'il dit à Bill qu'il ne remarque jamais les larmes, le simple fait qu'il prenne la peine de revenir dans le passé prendre des photos de la mère de Bill montre qu'il est parfaitement capable de comprendre lorsque une personne qui lui est chère souffre : par contre, pour un alien de plusieurs millénaires à la technologie ultra avancée, c'est sacrément la honte de se faire repérer dans le reflet du miroir comme un vulgaire cameraman de Supernatural.^^


Même son costume, plus sobre, reflète sa nouvelle compréhension des codes humains mais aussi, je pense, une certaine tristesse que j'ai en fait ressentie tout au long de l'épisode. Il sourit peu (enfin, moins que d'habitude quoi^^) et, surtout, ne montre pas vraiment d'excitation ou de colère devant le danger, ce qui était souvent le cas auparavant. Il semble en fait en mode veille, ce qui est je suppose assez normal au vu de ses deuils successifs et du fait qu'il a passé un très long moment à vivre une vie plus ou moins "normale". Espérons que le retour à un mode de vie trépidant avec une nouvelle compagne lui redonne un peu d'énergie.

III. Et maintenant?

Passons maintenant à ce que nous savons, ou pouvons deviner, du fil rouge de l'année. Deux mystères, probablement liés, nous sont proposés cette semaine : quel est ce mystérieux coffre que lui et Nardole doivent garder et qui lui a fait promettre de rester sur Terre? Pour être tout à fait honnête... je m'en tape un peu. J'ai toujours trouvé que Moffat était bien meilleur pour poser des mystères que pour y répondre et je pense que je vais essayer au maximum de me laisser porter par la saison même si je me connais assez pour savoir qu je ne pourrai pas m'empêcher de spéculer (et de me tromper probablement^^).

Le seul vrai mystère qui me passionne est de découvrir si cette université qui offre un bureau aussi magnifique à ses profs existe réellement et si je peux postuler. Mon collège est loin d'être le plus mal loti et on est plutôt sponsorisés par le contreplaqué et le PVC. :( Si les directeurs me lisent, sachez que mes cours ont sacrément plus de sens que ceux du Docteur et que j'enseigne réellement les matières pour lesquelles on me paie, MOI.

Plus sérieusement, je pense que c'est en fait lié au mystère précédent. Le Docteur peut non seulement bénéficier de superbes locaux mais enseigner depuis un temps plus long que son âge apparent (ou alors l'histoire se déroule dans un monde alternatif où François Fillon a été élu et a repoussé un peu énergiquement l'âge de départ à la retraite). Il peut même inscrire Bill en cours d'année alors que cette dernière n'a jamais postulé et n'est même pas étudiante même si je suppose qu'il a pu revenir dans le passé pour cela. Plus impressionnant encore, il peut utiliser le nom "the Doctor" de manière officielle, comme on peut le voir rapidement sur les copies des devoirs de Bill. "It's like the university let you do whatever you like" remarque d'ailleurs cette dernière. Ma théorie (quand je vous disais que je ne pouvais pas m'empêcher de spéculer^^) est que c'est UNIT qui a usé de son influence pour que le Docteur obtienne tous ces avantages. Il est d'ailleurs possible que ce soient également eux qui aient demandé au Docteur de surveiller le mystérieux coffre, Osgood et Kate faisant partie des rares personnes vivantes que le Docteur serait susceptible d'écouter.

Je finirais cette saison par de la pure spéculation tirée par les cheveux comme on aime. Bill, lorsqu'elle croit que le Docteur l'accuse lorsqu'il lui fait remarquer qu'elle suit ses cours sans être inscrite, répond "plenty of people come to your lectures that aren't supposed to". Ces mystérieuses personnes sont-elles a) des jeunes qui aiment suivre des cours pour le fun (j'aurais tendance à ricaner à cette idée mais j'enseigne en collège, ce qui fausse un peu ma vision^^) b) des gens de UNIT chargés de la sécurité du Docteur c) des ennemis liés à l'intrigue de la saison et souhaitant ouvrir le coffre d) une simple manière pour Bill de dire qu'elle n'est pas la seule à "frauder", arrête de délirer Tyr! J'aurais tendance à penser à la dernière solution mais qui sait?^^

Plus tordu encore, et je mets la spéculation en spoiler puisqu'elle s'appuie en partie sur le coming soon...
Spoiler: Afficher
le Docteur prend un moment en mains un disque vinyle de la célèbre marque... "his master's voice" Puisque nous savons désormais que John Simm revient, est-ce réellement un hasard? Il est possible que Master Simm soit le méchant de la saison, que Missy ne soit pas de son coté (pourquoi le Docteur serait-il le seul à ne pas s'entendre avec lui-même?^^) et qu'elle tente de prévenir le Docteur par ce moyen détourné. Ou alors, encore une fois... c'est un simple vinyle servant à montrer le coté old school de cette incarnation du Docteur et je dis n'importe quoi.^^




Pour conclure, je dirais que si cet épisode met trop de temps à démarrer à mon goût il s'agit en revanche d'une très bonne introduction à la nouvelle compagne et que la saison semble partir sur de bonnes bases. Dans tous les cas, je remarque que Moffat cherche encore une fois à changer l'ambiance de sa saison par rapport à la précédente et j'ai tendance à penser que chercher à se renouveler est toujours positif, même si cela n'a pas fonctionné à 100% pour moi. Je finirai par cette très jolie citation du Docteur, qui résume d'ailleurs parfaitement la philosophie du personnage : “Hardly anything’s evil. Most things are hungry. Hungry can look a lot like evil from the wrong end of the cutlery."
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 24 Avr 2017, 16:36

1x02 Smile

Cet épisode avait pour moi –et beaucoup d’entre vous je pense- un rôle assez crucial qui rend d’ailleurs son titre tout à fait pertinent : me faire oublier pendant 45 minutes les élections présidentielles. Je dois admettre que si la bande annonce m’avait paru tout à fait sympathique, le fait que le scénariste soit celui qui nous avait proposé le très dispensable In the forest of the night en saison 8 me rendait un tantinet suspicieuse quant au résultat (de l’épisode hein, pas de l’élection, là je pense que ce pauvre homme n’y est pour rien).

Conclusion ? Si Smile ne restera sans doute pas dans les mémoires (en tout cas pas dans la mienne) comme un grand chef d’œuvre, je l’ai trouvé fort sympathique et l’ai d’ailleurs revu le lendemain avec plaisir pour préparer cette review. Cela montre d’ailleurs combien le cerveau humain est versatile parce qu’il a un défaut que je trouve assez souvent rédhibitoire : c’est un véritable patchwork d’autres épisodes de Doctor Who à un niveau je pense rarement atteint dans la série. Je commencerai donc par parler de ces emprunts si clairement assumés avant de me pencher sur ce qui m’a plu dans l’épisode pour finir comme la semaine dernière sur la saison en général. Et comme d’habitude, je serai fort longue puisque le Docteur lui-même assure qu’un cours magistral est l’exact opposé d’un massacre.


I. Un épisode copié-collé

In the forest of the night, quels que soient ses défauts par ailleurs, avait la particularité intéressante de tenter de proposer à un public plutôt en majorité branché science-fiction une véritable fable écologique aux relents de conte de fée. C’est clairement un thème important pour l’auteur puisque ce dernier non seulement centre encore une fois son histoire autour d’un conte (ici le magic haddok) mais prouve son attachement considérable au développement durable en nous offrant cette semaine un épisode presque intégralement recyclé. Que ceux d’entre vous qui n’ont pas aimé son travail cette semaine fassent attention : c’est clairement dans la poubelle jaune qu’il faudra déposer son script.

Les emprunts plus ou moins (surtout moins^^) subtils à Doctor Who sont absolument partout et je ne tenterai pas d’en faire une liste exhaustive vu que je souhaite tout de même finir cette review avant les résultats du scrutin (note de la Tyr du futur sur le point de poster ce pavé, j'ai lamentablement échoué). La société futuriste qui doit sous peine de mort toujours donner l’impression d’être heureuse est une reprise directe de l’épisode classique The Happiness patrol (à voir ABSOLUMENT puisqu’il contient non seulement un TARDIS rose bonbon mais le monstre le plus ridiculement hilarant de tout le whonivers, foncez voir ça si ce n’est pas déjà fait^^). Le parallèle est d’autant plus flagrant qu’il s’agit d’un épisode du 7eme Docteur qui lui aussi a un accent écossais prononcé et qui, comme Twelve, est juste un des Docteurs dont le caractère se prête le moins à atterrir sur une planète où il faut sourire tout le temps.

Les fans de la nouvelle série quant à eux auront sans doute repéré le thème de la créature créée par les humains et utilisée comme outil mais qui développe une vie propre (cf la flesh en saison 6) même si ce thème est plus généralement un lieu commun de la science-fiction depuis Frankenstein. L’idée d’une émotion qui devient une épidémie mortelle est exactement l’intrigue de Gridlock (le Docteur reprend même l’expression « happy happy » de cet épisode) et le fait de devoir faire ou éviter un réflexe physiologique pour combattre le danger de la semaine est probablement le moffatisme le plus utilisé (Don’t blink, don’t breath, listen, don’t look away, don’t look et maintenant smile). Plus flagrant encore, le TARDIS qui arrive sur une planète clairement faite pour les humains mais étrangement vide et peuplée de robots qui vous tuent pour votre bien est l’exact scénario de The girl who waited.

Ajoutez à cela des brefs moments « hommages » comme le Docteur qui tient un crâne à la Hamlet (Heaven sent), celui où les victimes sont dévorées très rapidement de manière à ne laisser que les os (coucou les Vashtra Nerada) ou celui où le Docteur se propose comme négociateur entre les humains et une race alien avec laquelle ils doivent partager une planète après un effacement de mémoire (l’épisode des 50 ans) et nous avons là un épisode qui semble vraiment très…trop inspiré du travail des petits camarades du scénariste : disons que si un de mes élèves me rendait une copie de ce genre, ce serait difficile d’éviter le zéro.

Et pourtant, alors que ce genre d’emprunt trop appuyé m’a parfois complètement fait sortir de certains épisodes, cela m’a profondément amusé ici. Pourquoi ? Parce que le scénariste fait une chose que j’adore : assumer complètement sa « tricherie » et en jouer avec le spectateur. Pour s’en convaincre, il suffit de voir avec quelle jubilation il utilise le cliché du « reset button » si détesté des fans, faisant d’ailleurs en sorte que plusieurs personnages nomment cette résolution par ce terme exact et le faisant reformuler par Bill de manière un peu méprisante : « he turned it off and on again ». C’est d’autant plus drôle que cette reformulation est la phrase la plus connue de la série britannique The IT crowd- qui raconte la vie de membres de la hotline d’une entreprise- et que Bill compare précédemment le Docteur à la « helpline » de l’univers. Je n’y peux rien, je n’ai jamais su résister aux jeux sur l’intertextualité.

Mais pour ceux qui doutent encore de l’aspect extrêmement assumé de ces emprunts, il suffit de remarquer que les plus évidents d’entre eux viennent tous… des épisodes 2. Presque tous les épisodes 2 de la série de 2005 en fait. On commence directement par un gros clin d’œil au 1x02 The end of the world puisque, comme Rose, Bill doit choisir entre le passé et le futur, choisit ce dernier et est emmené par le Docteur à un moment qui lui fait réaliser que la Terre est fichue et que les seuls humains sont ceux qui ont colonisé l’espace. Le passage où le Docteur s’escrime à retenir le volant de la machine prête à exploser et crie qu’il a besoin d’un coup de main est d’ailleurs très proche de la résolution du 1x02 où la femme arbre se sacrifie. Le 2x02 (New Earth) quant-à lui amenait Rose sur une planète futuriste apparemment utopique où des êtres animés d’excellentes intentions (guérir toutes les maladies) se livraient à des actes atroces : inutile je pense de souligner les similarités.

Le 3x02 et le 4x02 ne se prêtaient pas au jeu (ce sont des épisodes historiques) mais j’ai déjà fait remarquer la grosse similitude avec le 3x03, Gridlock et le 4x03 (planet of the ood) nous parle comme par hasard d’une race « esclave » des humains qui va finir grâce au Docteur par prouver sa sensibilité et avec qui il faudra désormais partager la planète. Quant-au 5x02, the beast below, c’est probablement l’épisode dont Smile se rapproche le plus, ne serait-ce qu’avec le nom des robots à la face changeante utilisés dans ledit épisode.... les Smilers. Le Docteur lui-même nous montre du doigt la ressemblance lorsqu’il explique à Bill ” Earth was evacuated but there were a number of ships. I've bumped into a few of them over the years.” Il enfonce le clou lorsqu’il lui fait remarquer que le bâtiment est composé de Vardies et lui dit “smile, you’re in the belly of the beast. Nous avons même droit à une blague presque identique sur le fait que même dans l’espace et dans le futur les Écossais souhaitent systématiquement leur indépendance.

Le 6x02 ne pouvaient pas fonctionner (c’est la 2eme partie d’un double épisode, ce qui est plus délicat) mais le 6x03, le terrible Curse of the black spot, nous montre une intelligence artificielle qui attaque en croyant guérir. On retrouve carrément le buste d’ un personnage du 7x02 (dinosaurs on a spaceship), Nefertiti, déplacé et admiré par le Docteur puis sa compagne au cas où le spectateur n’était pas attentif. Quant-au 8x02, Into the dalek, il contient la fameuse et fort dérangeante scène où le Docteur et ses compagnons du moment se retrouvent à patauger dans ce que le Docteur identifie-en plaisantant, ce qui passe fort mal- comme des restes humains. Or, ici, Bill passe sa main sous le « fertilizer » que le Docteur identifie peu de temps après comme le reste du « skeleton crew », blague d’un tout aussi mauvais goût mais qui m’a tout autant fait rire. Smile Enfin, le 9x02 (the witch’s familiar) nous offre lui aussi le thème du mur composé du monstre de la semaine (les daleks en décomposition dans les égouts).

Bref, si une ou deux occurrences pouvaient être une coïncidence, je pense que cette avalanche de ressemblances est clairement voulue et, une fois que j’ai fini par comprendre le principe, je me suis bien amusée à tenter de repérer les suivantes. Nous avions tous repéré combien l’épisode 1 ressemblait à Rose, le pilote de la version 2005 : il semblerait que Moffat ait donné l’instruction au scénariste de faire en sorte que son épisode rappelle le 1x02 et que ce troll ait décidé de pousser le délire un peu plus loin.

Il couronne le tout en utilisant également (pourquoi se priver ?) quelques gros clichés de la science-fiction comme la chose se glissant subrepticement dans l’oreille et permettant de communiquer (voir par exemple le babel fish de H2G2) ou le fait que le vaisseau spatial se pose sans raison loin de l’endroit où l’action a lieu (voir par exemple l’arrivée du méchant au début du dernier Star wars). Pour conclure cette trop longue partie (j’avais pourtant dit que je ne serai pas exhaustive), il est clair que nous sommes ici dans l’emprunt non seulement assumé mais joyeusement revendiqué, ce que je pardonne aisément tant que ça ne se reproduit pas trop souvent.


II. L’épisode « original »

Malgré tous ses efforts, le scénaristes n’a malgré tout pas copié l’intégralité de l’épisode et je dois admettre que ce qui est vraiment de lui (enfin, pour autant qu’on puisse être vraiment original dans un genre comme la science-fiction)est ma foi plutôt charmant. Déjà, je le trouve esthétiquement très réussi avec ce contraste entre le magnifique bâtiment high-tech sur sa planète luxuriante et le vaisseau plus cyber-punk à l’apparence délabrée (quelques siècles sans ménage je suppose^^) et aux tuyaux apparents. Wet brain Vs dry brain : j’aime beaucoup. J’ai bien apprécié aussi les détails plus subtils montrant comment la colonie compte «conditionner» ses occupants au bonheur en choisissant pour eux des prénoms comme Sunshine ou Hopeful ou en insistant sur leur bonté dans le message automatique qui les réveille (« my good people, my very good people ») .

Quant-aux robots, enfin aux interfaces robotiques, mais qu’ils sont choupis ! Je n’ai jamais su résister au « kawai » (vous m’auriez entendu glousser devant les Adiposes…) et ces petits robots avec leurs yeux en smileys m’ont fait fondre. Je sens arriver la bonne aubaine pour le département merchandising de la série.

Je trouve également l’idée du badge révélant l’humeur de son porteur très intéressante, en particulier le fait très bien trouvé qu’on ne puisse pas voir sa propre humeur (ce qui en effet l’influencerait), que le simple fait de sourire puisse influencer celle-ci et surtout que ledit badge se situe à l’arrière, ce qui non seulement permet de conserver une certaine intimité mais, comme le réalise Bill, favorise le contact visuel et donc la communication. Bon, par contre, puisque les robots ont visiblement besoin des badges pour « lire » les émotions des gens (c’est comme ça que j’ai compris le fait que le robot laisse passer le Docteur lorsque ce dernier se retourne pour montrer son badge souriant), il suffisait que le Docteur dise aux gens de la colonie de ne surtout pas accepter le badge des robots pour résoudre le problème. Admettons donc qu’ils n’en aient pas besoin et que le Docteur a uniquement montré son badge parce que son sourire était à peu près aussi convaincant qu’un élève expliquant que son chien a mangé son devoir.

J’ai également été assez sensible à l’humour cette semaine très visuel (emojis oblige) de l’épisode. Mention spéciale au robot affichant le smiley « pounds » lorsque le Docteur négociateur parle de loyers possibles, qui m’a fait éclater de rire à 23h, sans doute à la joie très relative de mes voisins. Je regrette juste que le scénariste ne soit pas allé au bout de la blague en mettant des smileys « euro », ce qui signifierait que le royaume uni du futur aurait choisi de rejoindre la monnaie unique et aurait fait rager les votants du Brexit : le scénariste avait pourtant montré son côté troll dans son jeu sur les emprunts, il a raté là une superbe occasion de faire exploser Gallifreybase.

Enfin, j’ai trouvé la résolution très sympathique. Bon, pas forcément le coup du reset button, drôle mais facile, mais le fait que les Varies deviennent des formes vivantes à part entière (j’ai aussi trouvé intéressant que l’instinct de préservation soit ce que le Docteur considère comme preuve irréfutable de la vie) avec lesquelles les humains vont devoir composer puisqu’ils sont après tout les derniers arrivés. Comme Bill le réalise, elle et le Docteur sont donc à l’origine de la création d’une race nouvelle, ou du moins de sa reconnaissance en tant que race à part entière et du fait qu’elle soit pacifiste (et financièrement intéressée^^).

Mais ce qui m’a le plus plu est le fait que le scénariste (décidément très troll) s’amuse à donner systématiquement des indices sur ce qui va se passer peu de temps après, indices en général trop subtils pour qu’on puisse les repérer à premier visionnage (d’où le fait que j’ai autant apprécié le second).

Cela commence dès que le Docteur met les pieds dans la cité et loue l’optimisme des humains, s’écriant alors « -Do you know what this building is made of? Pure, soaring,.optimism. » alors même qu’un nuage de Varies est effectivement « soaring » au dessus de lui. Cela annonce non seulement de quoi sont fait les murs mais aussi quel est le but des Varies : imposer un pur optimisme. Puis, peu après, on découvre que les robots « speak emoji », ce qui là encore donne une indication sur le problème qui a donné lieu à l’attaque des Varies : les emojis sont par définition l’exagération, presque la caricature d’un sentiment, il est donc évident qu’une race communiquant uniquement par emojis n’aura aucun moyen de comprendre un sentiment nuancé comme le deuil, mélange subtil de chagrin, de regrets, de nostalgie et même de bons souvenirs. Cela risque d’ailleurs de rendre sacrément difficile la cohabitation entre les deux races, je me demande ce qui se passera la première fois qu’un humain tentera par exemple d’utiliser le sarcasme.^^

Comme je l’ai déjà dit, l’expression « skeleton crew » (l’équipage minimal pour les non anglicistes) prend peu de temps après un tout autre sens lorsque le Docteur et Bill réalisent ce qui s’est passé et il est intéressant de constater que l’on voit le fertilizer en arrière plan lorsque le Docteur prononce ces mots pour la première fois. Enfin, on retrouve le thème (plutôt typique d’Eleven habituellement) du Docteur dont l’inconscient a compris la résolution avant son cerveau lorsque Twelve, sans trop comprendre pourquoi, ne cesse de penser au conte du « magic haddock ». Quiconque connaissait ledit conte avait donc déjà une grosse indication sur la résolution « reset button » de l’épisode. Bref, un spectateur très attentif avait toutes les clés pour décoder l’épisode sans que ce soit non plus une évidence, j’aime bien.


III. L’épisode dans sa saison

Cet épisode, bien que complètement indépendant dans son intrigue, a néanmoins une importance dans la saison. Maintenant qu’on nous a présenté la nouvelle compagne il nous faut la découvrir dans ce rôle et, surtout, découvrir son interaction avec le 12eme Docteur lui-même en perpétuelle évolution. Enfin, l’épisode doit également continuer à raccrocher les nouveaux spectateurs en leur résumant plus de 50 ans de série. Pas de pression les gars !^^

Pour ce dernier point, l’épisode se concentre sur les particularités du TARDIS. On commence par découvrir son système de navigation ma foi fort bien résumée par le Docteur : you don't steer the TARDIS,you negotiate with it. The still point between where you want to go...and where you need to be,that's where she takes you” puis nous (ré)apprenons que le Docteur l’a volé. Nous découvrons enfin, grâce aux talents de détective de Bill (qui sait lire et a pensé à regarder ce qui est écrit en gros sur la porte^^) que son apparence de police box n’est pas anodine et que la raison donnée par le Docteur (« it’s stuck ») est un…heu…comment dit-on aujourd’hui ? Un fait alternatif !^^

Les nouveaux arrivants, par le biais de la nouvelle compagne, ont également droit à une leçon sur un des thèmes dominants de la série (et de la science fiction en général) : le fait que les races aliens puissent être extrêmement diverses et éloignées de ce que l’on connait mais n’en sont pas moins digne de respect. Ainsi, Bill est reprise vertement par le Docteur lorsqu’elle dit trouver les Varies décevants : « l That's a very offensive remark. Don't make personal remarks like that. » Lorsqu’elle persiste à penser que l’on ne peut pas vexer un robot, le Docteur la taxe alors de « typical wet brain chauvinism » et la fin de l’épisode lui donne raison puisque les Varies accèdent au statut de race à part entière.

Pour ce qui est du personnage de Bill, je suis ravie de constater qu’elle me plait toujours autant. Elle a un visage très expressif et, surtout, continue de faire preuve de normalité comme le montre sa réaction, la seule logique quand on est emmené sur une autre planète dans un futur lointain : « I’m not thinking, my brain is overloading ». Encore une fois, même pour une fan assumée de science-fiction (très sympathique référence de sa part aux 4 fantastiques d’ailleurs^^) qui a eu le temps de digérer le fait que son prof soit un alien qui voyage dans le temps et l’espace, le premier voyage ne peut QUE être un choc émotionnel violent. Le fait qu’elle l’admette et qu’elle mette également un temps à digérer le fait que le Docteur ait deux cœurs est d’une normalité rafraîchissante.

Il semblerait que son trait de caractère principal se confirme : Bill va être le personnage qui amène du bon sens dans un univers qui n’en a que bien peu. Ainsi, elle réalise immédiatement certains points que ni le Docteur ni, je pense, l’immense majorité des spectateurs n’avaient remarqué : par exemple que la chaise est trop loin de la console pour piloter, qu’il manque les ceintures de sécurité (bon, ça je le dis depuis longtemps et je fais la même remarque sur l’Enterprise, vu le nombre de régulations de Starfleet c’est même incroyable^^) ou qu’une application permettant de communiquer automatiquement à distance téléchargée dans son oreille est un tantinet ennuyeuse dans les situations où l’on ne veut pas être entendu (sérieusement, j’aurais pensé à une situation bien plus embarrassante que les toilettes^^). Quant-au fait que sa première réaction sur le fait que le Docteur ait deux cœurs est de se demander s’il a une « very high blood pressure », cela m’a bien fait rire et rappelé la réflexion de la mère de Rose qui se demandait s’il avait d’autres parties du corps en double.

Quant-à l’interaction entre les deux personnages, c’est très clairement une relation mentor-élève qui se profile, comme nous pouvions le deviner la semaine dernière : j’en suis ravie! J’apprécie d’ailleurs que l’épisode prenne soin de nous éloigner Nardole afin de laisser l’alchimie se créer entre le Docteur et sa nouvelle compagne. Ce personnage n’ apparaît donc que deux minutes, le temps de renforcer l’idée que le Docteur semble surtout ressentir de l’exaspération à son égard et de nous donner la claire impression qu’il n’apprécie pas particulièrement les humains (ce qui me conforte dans l’idée qu’il est en fait intégralement robotique et non pas un homme à corps de robot). Pour en revenir à Bill et au Docteur, l’idée d’une relation prof-étudiante est renforcée par les références du Docteur à son nouveau travail (il va ainsi faire une « lecture » aux colons afin de les calmer^^) mais aussi par Bill qui s’exclame que le Docteur est le « best tutor ever ». Les tentatives de ce dernier (évidemment infructueuses) pour se comporter en mentor responsable et l’empêcher de le suivre dans les dangers sont également très mignonnes.

Cela dit, si la relation n’est donc clairement plus aussi égale qu’entre une Clara doctorisée et un Twelve très dépendant d’elle, Bill n’est clairement pas prête à accepter n’importe quoi de son tuteur. Ainsi elle est la première compagne qui apprend que le Docteur a volé le TARDIS à exprimer certes de l’amusement mais également une pointe de reproche, c’est en tout cas comme ça que j’ai pris le fait qu’elle lui demande ce qu’il se passerait si elle le lui volait à son tour.

Enfin, elle n’hésite pas à demander au Docteur de quel droit il peut ainsi exploser ce vaisseau, et cet exemple n’est pas anodin. En effet, j’ai souligné tout à l’heure la ressemblance entre Smile et the Happiness Patrol ainsi que plusieurs épisodes où Rose était la compagne. Or, Rose a rencontré le Docteur au moment où ce dernier fait exploser son lieu de travail et ne lui a jamais réellement reproché, se contentant d’y faire allusion de manière sarcastique lorsque Jack réagit au fait que Nine ait fait exploser une fabrique d’armes pour y faire construire une bananeraie. Quant-à la compagne de The Happiness Patrol, Ace, elle est justement connue pour son amour immodéré des explosions. Bill, par cette simple question, tranche donc avec les compagnes que les fans avaient probablement en tête en regardant cet épisode et se pose comme un personnage qui ne va pas laisser son admiration réelle pour son mentor l’empêcher de le remettre en cause lorsqu’elle trouve ses décisions moralement discutables.

Pour conclure sur Bill, j’apprécie fort que sa remarque en voyant qu’elle n’a pas la même ration que le Docteur (« Is there going to be food sexism even in the future? Is this bloke utopia?” ) parce qu’elle atténue justement sa blague de l’épisode précédent sur la jeune fille qu’elle avait rendue grosse et que j’avais trouvée si limite. Est-ce un hasard ou un fait voulu, je n’en sais rien puisque j’ignore si le scénariste connaissait le contenu de The Pilot ou si Moffat est celui qui a demandé à rajouter cette blague pour contrebalancer celle de l’épisode précédent. En tout cas c’est fort bienvenue.

Pour ce qui est du Docteur, les fans n’apprennent pas grand-chose de nouveau si ce n’est que Twelve s’est clairement beaucoup humanisé au contact des étudiants et n’a plus l’aspect quasi autistique des premières saisons. La seule véritable révélation est une possible explication du manque d’appétit du Docteur, que l’on ne voit quasiment jamais manger dans la série : il a juste rencontré trop de formes de vie différentes. « I'm not that fond of fish,except socially, which can complicate a meal like this.” avoue-t- il à Bill, possible référence au fameux Jim the Fish don’t River et lui nous ont déjà parlé (cela n’avait cela dit pas l’air de gêner 11, grand amateur de fishfingers). Même les algues ne peuvent pas être au menu puisqu’un empereur composé d’algues l’a déjà dragué (son ton et son expression lorsqu’il le raconte à Bill sont d’ailleurs très drôles). Nous l’avons déjà vu interagir avec des arbres humanoïdes, des hommes chats, des boules de graisse sur patte… au bout d’un moment, il ne doit plus lui rester grand-chose de comestible qui ne lui rappelle pas un pote ou deux.

Les nouveaux spectateurs, quant-à eux, ont droit à un rapide résumé des caractéristiques physiques et morales importantes du personnage, de ses propres mots «a scary, handsome genius from space ». Il a deux cœurs et est télépathe puisqu’il peut ressentir les derniers instants de la personne dont il examine le crâne (Twelve est définitivement plus puissant que son prédécesseur, obligé de donner de violents coups de boule pour utiliser ses pouvoirs). D’ailleurs, je ne sais pas si cela vient du fait qu’il est effectivement un télépathe plus puissant que ses incarnations précédentes (il peut même comprendre les portes comme on le voit dans Heaven sent^^) ou si c’est une conséquence de son traumatisme de fin de saison 9 mais il a une légère tendance à vouloir effacer les mémoires : deux épisodes sur deux qu’il tente de le faire ! Sinon, les néophytes découvrent également que le Docteur aime le danger, est capable malgré son génie de monumentales erreurs (il est à deux doigts de détruire la race humaine en voulant la sauver) et a tendance à faire croire qu’il a un plan avant d’en avoir réellement un.

Il n’hésite pas non plus à faire semblant de ne pas entendre lorsque cela l’arrange (ce qui est un super-pouvoir de prof, rien d’étonnant^^). Ainsi, dans l’épisode précédent, il semblait ne pas entendre lorsque Bill lui demandait comment le tapis qu’elle lui avait offert pouvait se retrouver sous le TARDIS alors que ce dernier était censé ne pouvoir être soulevé que par une grue. Cette semaine c’est lorsque Bill réalise que la Terre a probablement subi une catastrophe et lui demande confirmation qu’il fait mine de ne pas entendre, soi-disant à cause du bruit de la machine. Enfin, c’est Bill qui va résumer pour les nouveaux spectateurs ce qu’elle vient elle-même de comprendre et qui définit le plus le Docteur : il est incapable de laisser qui que ce soit en danger ou de laisser à un autre le soin de sauver les personnes en détresse. Il a beau s’en défendre, le titre de policier de l’univers lui va plutôt bien.^^

Pour finir sur le fil rouge de la saison, nous avons effectivement un début d’explication sur le mystérieux coffre grâce au Docteur : « A long time ago, a thing happened. As a result of the thing, I made a promise. As a result of the promise, I have to stay on Earth. Guarding a vault. » Cela nous apprend donc… absolument rien de nouveau ! Merci Docteur pour ce grand moment de vide digne d’un discours de Macron… ou, je dois l’admettre, des cours d’une prof crevée le lendemain d’une soirée électorale qui n’en finissait pas. Il a vraiment bien intégré les ficelles du métier depuis qu’il bosse à l’université ! J’éviterais donc de théoriser sur du vide même si je suppose qu’on peut à la rigueur penser que le fait que Nardole pousse autant le Docteur à ne pas rompre sa promesse pourrait laisser croire qu’il est lié à ce fameux coffre ou à la personne à qui le Docteur a fait la promesse. Ou alors c’est juste un majordome pointilleux, ou un robot mal réglé. Bon bah voilà, j’ai théorisé : je suis incorrigible !


Pour conclure, j’ai trouvé que malgré ses facilités certaines (et souvent assumées) cet épisode était très agréable et étonnamment rafraîchissant. Est-ce dû à la nouvelle compagne, à cette interaction plus classique entre cette dernière et le Docteur, à une certaine simplicité reposante dans le scénario ou à mon absolue incapacité à ne pas fondre devant les robots choupis, je ne sais pas. Je trouve en tout cas que cette saison commence très bien et je commence déjà à appréhender la mort de Twelve (et la disparition de son délicieux thème musical). Félicitations donc au scénariste, dont je n’attendais franchement pas grand-chose. Je conclurai par les mots qu’il fait dire au Docteur et qui désignent à mon avis tout autant son travail que la tentative de sabotage que Twelve tentait d’accomplir à ce moment (celui-ci regarde même la caméra en les prononçant, signe en général d’une explosion de 4eme mur imminente) :« This isn’t as easy as it looks ».
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Tyr
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 01 Mai 2017, 14:37

10x03: Thin ice

-So, how do we stay out of trouble?
-Well, I'm not the right person to ask.


En voyant la bande annonce de Thin ice la semaine dernière, je n’étais franchement pas enthousiaste. Je ne suis pas fan des épisodes historiques : j’aime surtout la série lorsqu’elle est en mode pure science-fiction ou fantastique/horreur et, si je sais combien la BBC excelle en général dans ses reconstitutions, cela ne me suffit pas à conserver ma capacité d’attention durant ces épisodes au rythme souvent plus lent. J’étais donc résignée, en bonne whovienne qui sait que le mélange des genres est important pour la série, à regarder cette semaine un épisode qui, bon ou pas, ne serait probablement pas fait pour moi. A ma grande surprise, je l’ai beaucoup aimé. Découvrons donc, en trois partie bien sûr, comment le miracle a eu lieu.

I. Un épisode introductif, 3eme partie

Comme les deux précédentes semaines, cet épisode assume clairement le double-rôle de présenter à la nouvelle compagne (et derrière elle aux nouveaux spectateurs) l’univers de la série tout en présentant la nouvelle compagne et son interaction avec le Docteur au public. Comme durant les deux précédents épisodes, je trouve cette double présentation très réussie et je suis contente que Moffat et son équipe prennent leur temps sur cet aspect.

On retrouve donc ici les deux caractéristiques dominantes du personnage: son bon sens et le fait qu’elle soit amateur de science-fiction. Ainsi, loin de suivre aveuglément le Docteur lorsque ce dernier souhaite découvrir pourquoi le TARDIS les a amené à cette époque, elle réalise immédiatement que sa couleur de peau lui attirera potentiellement des ennuis. De même, regardez avec quelle précaution elle marche sur la glace de la Tamise pour la première fois. Je pense qu’on peut être tranquille sur un point, Bill ne sera pas le genre de compagne à se fouler une cheville au plus mauvais moment (coucou Sarah Jane^^).

Sa maîtrise des tropes de la science-fiction permet quant-à elle de présenter avec humour aux nouveaux spectateurs les bases de la “science” whovienne. Le TARDIS peut donc voyager dans l’espace et le temps mais pas dans des dimensions parallèles … sauf dans celle où on a laissé Rose et dans quelques pocket universes de temps à autres mais chut, n’embrouillons pas les petits nouveaux!

Surtout, le paradoxe temporal célèbre de l’effet papillon n’est pas un danger réel. J’en profite d’ailleurs pour demander une minute de silence à la mémoire de Pete, le compagnon ayant sans conteste la durée d’apparition la plus courte de toute la série mais dont la naissance-mort-inexistence m’a bien fait marrer. Plus sérieusement, je trouve que Twelve a sacrément pris du recul sur sa vie passée s’il est capable de plaisanter avec Bill sur le fait que l’ami d’une de ses compagnes puisse être effacé de l’existence à cause d’un paradoxe temporel vu que c’est exactement ce qui arrive à Rory en saison 5. Bref, par la bouche de Twelve, la scénariste donne à Bill et aux nouveaux spectateurs un conseil crucial pour apprécier l’aspect science-fiction de la série (soyons honnête, beaucoup plus fiction que science^^) : “don’t overthink it!”, équivalent poli du “Ta gueule c’est magique” des jeux de rôle.

Pour ce qui est du Docteur, cet épisode commence par nous montrer encore une fois combien Twelve a évolué en un peu plus de deux saisons. Il sourit souvent, lui qui n’a pas du le faire plus de deux fois dans toute la saison 8, se moque gentiment et régulièrement de sa compagne alors que les “banters” l’insupportaient en saison 9 et semble désormais impressionné et admiratif devant les voleurs, pickpockets et arnaqueurs, lui qui manifestait si clairement sa désapprobation lorsque Ashildr jouait les voleurs de grand chemin pour passer le temps.

Pire encore, il vole! Bon, on sait depuis la saison 1 (lorsque le blaster du capitaine Jack est échangé subrepticement avec une banana) que le Docteur a des talents de pickpocket mais c’est la première fois qu’on le voit voler autant juste pour le plaisir de voler. Si on peut justifier le vol des tourtes par le fait que la victime soit lui aussi un arnaqueur et que le Docteur avait déjà repéré du coin de l’œil des enfants des rues qu’il comptait nourrir, il n’avait en revanche AUCUNE raison de piquer le chapeau du passant innocent. Et méfions nous car en plus de cela il apprend très vite les nouveaux tours, c’est en tout cas comme ça que j’ai pris le fait qu’il joue son futur à pile ou face avec Nardole alors qu’il cherche durant tout l’épisode à apprendre le tour de passe-passe de l’arnaqueur. Disons que je n'ai pas été trèssurprise qu'il gagne... Bref, il est de nouveau ce grand gamin qu’étaient régulièrement ses prédécesseurs.

L’épisode effleure également un aspect du personnage souvent mis de côté dans la série : le fait que le Docteur ait des pouvoirs surhumains outre sa télépathie, plus souvent exploitée. Bill lui pose directement la question mais Twelve refuse de lui répondre : il se « trahit » néanmoins lorsqu’il donne le coup de poing au méchant et peut en déduire l’âge, la race et le déficit en fer de sa victime. C’est fort rare : le dernier exemple de ce type qui me vient à l’esprit est dans l’excellent Heaven sent où le Docteur est capable de calculer de nombreuses variables simplement en faisant tomber un vase et j’avais déjà été ravie à l’époque que Moffat se souvienne que le personnage est un alien et pas seulement le détenteur d’une technologie avancée.

Mais c’est bien sûr un autre aspect crucial du Docteur qui est mis à l’honneur cette semaine, aspect que ni Bill ni les nouveaux spectateurs n’avaient vraiment eu l’occasion de découvrir, son coté obscur. Et l’épisode n’y va pas de main morte avec le moment où le Docteur semble bien plus intéressé par l’état du tournevis sonique que le gamin des rues venait de voler que par le fait que ce dernier soit mort sous leurs yeux. Franchement, cette scène n’aurait pas dépareillé durant la saison 8 et le contraste est ici d’autant plus fort que Twelve était justement très fun et gamin depuis le début de l’épisode.

La discussion qui a lieu alors entre le Docteur et Bill est fort bienvenue puisqu’elle permet à la fois de montrer combine celle-ci est choquée et retournée par cette mort en direct et cette révélation de l’aspect froid et calculateur du Docteur et de faire découvrir ou rappeler au spectateur que le Docteur, s’il est animé des meilleures intentions, est parfois capable d’actes très limites et reste, dans tous les sens du terme, inhumain. J’ai trouvé cet échange très réussi mais surtout intelligemment court : on sait bien que sa compagne lui pardonnera, il aurait été inutile et, je pense, ennuyeux de la faire “bouder” durant tout l’épisode.

Désormais, le coté obscur du Docteur est connu de tous mais celui-ci est vite contrebalancé par des preuves évidentes de sa bonté comme lorsqu’il est incapable de s’empêcher de frapper celui qui a violemment insulté sa compagne : la scène est d’ailleurs très drôle mais je pense qu’on avait tous plus ou moins deviné ce qui allait se passer lorsque le Docteur dit qu’il faut que ce soit lui qui parle car la situation nécessite du charme et de la diplomatie. Disons que ce ne sont pas les points forts de Twelve.^^

Pour ceux que la révélation de l’aspect sombre du Docteur continuait de mettre mal à l’aise, l’épisode en remet une couche sur sa gentillesse avec son fort joli discours au méchant de la semaine sur l’importance cruciale des vies sans importance. Je suis d’ailleurs ravie de constater que la scénariste, par la voix de Bill, revient rapidement à cette occasion sur l’affirmation évidemment fausse qui m’avait fait ricaner quelques minutes avant: évidemment que le Docteur prend le temps de se sentir outragé, les ¾ de ses plus belles tirades sont sur ce thème. Bref, on l’aura compris: le Docteur est un type dangereux et calculateur mais profondément bon : nul doute que la suite de la saison jouera cette ambiguïté.

Je trouve d’ailleurs que le passage qui résume le mieux ambiguïté du personnage mais aussi de la série est le moment où le Docteur lit le conte aux enfants. La scène est charmante et montre combien le Docteur est attaché aux plus petits, ce qui est important non seulement pour souligner l’ aspect très paternel de cette incarnation mais aussi parce que Doctor Who est une série familiale que les enfants regardent. En revanche, le conte qu’il leur lit est absolument flippant et parle d’un monstre qui coupe aux ciseaux les pouces des enfants qui sucent le leur, ce qui rappelle l’aspect effrayant non seulement du Docteur mais de la série elle-même dont le but avoué est de faire en sorte que son jeune public aille régulièrement se cacher derrière le canapé.

Quant-à la relation prof-élève de notre duo, elle continue à fort bien fonctionner. Bill pose des questions pleines de bon sens (“How is it a screwdriver? How is it sonic?”) et le Docteur continue à enseigner. La leçon de la semaine portait donc, comme vu précédemment, sur la relativité de la morale et sur le fait que l’émotion ne doit pas prendre le dessus sur la logique (“I care but I move on”). Comme tout prof, le Docteur est néanmoins un sacré sadique et propose comme exercice pratique à son élève de résoudre un dilemme dont la solution est à l’opposé de ladite leçon puisque le “bon” choix est ici le choix moral de ne pas laisser cette bête innocente souffrir mais pas forcément le choix logique (elle risque fort de se venger en mangeant une partie de Londres). La vraie leçon je pense est bien sûr que tout choix est difficile et délicat et que mieux vaut s’abstenir de juger celui qui doit prendre les décisions difficiles lorsqu’on n’a pas toutes les cartes en main. Là encore, je suis ravie de constater que l’épisode ne prend pas des plombes à traiter cette leçon certes importante mais que les fans de la série ont déjà entendue de nombreuses fois.


II. L’épisode en lui-même

Pour la 3eme semaine de suite, nous avons droit à un épisode quasi stand alone qui ne fait qu’effleurer le fil rouge de la saison. Voyons donc ce que vaut Thin Ice en dehors de son rôle introductif ou des attendus concernant l’intrigue principale.

A mon absolue non surprise puisqu’il s’agit sans conteste d’un des points forts de la BBC, la retranscription historique de l’épisode est superbe. J’apprécie aussi l’idée originale de concentrer l’action autour d’une coutume dont j’avoue ne pas connaître l’existence, cette grande foire sur la Tamise gelée. Bon, je dois tout de même formuler un bémol sur l’aspect esthétique : si le staff technique a eu le bon goût d’éviter de nous montrer le monstre en gros plan (certains moments font déjà assez faux comme ça), il a un peu foiré sur les poissons lumineux dont l’aspect caoutchouteux est manifeste et que le Docteur examine en plus en détail. Manque de budget peut-être ? Ça m’a personnellement plus fait rire qu’ennuyé mais je suis fan d’Andromeda et de Star Trek original, ma tolérance sur les décors et effets spéciaux foireux est donc assez large.

Pour ce qui est de l’intrigue, elle est cette semaine encore étonnamment simple, à la limite du simpliste même. Nous avons droit à un énième monstre (sans doute) alien exploité par de méchants humains afin de nous amener encore une fois à la conclusion que le monstre n’est pas celui qu’on croit : c’est bien sûr l’intrigue de The Beast below, Meat de Torchwood et plus généralement un trope des genres fantastiques et sci-fi : c’est par exemple assez proche de l’intrigue de l’épisode de Supernatural de la semaine dernière.

De même, nous avons droit ici à un méchant complètement caricatural sans la moindre qualité rédemptrice, le vilain riche sans scrupule exploitant les pauvres (bon, c’est d’actualité cela dit). Il va bien sûr être puni à la fin en mourant de la même manière que tous ceux dont il a causé la mort. En fait, j’ai trouvé que la structure de l’épisode s’apparentait beaucoup au genre du conte : intrigue simple, enfants au premier plan de l’histoire, aspects sombres, méchant puni à la fin et gentils récompensés. On retrouve même le trope de l’enfant pauvre tiré de sa pauvreté pour vivre dans le luxe. Le fait que le Docteur choisisse justement cet épisode pour lire un conte et le moment où Bill appelle le tournevis du Docteur sa « magic wand » ne me semblent pas anodins : cet aspect conte de fée est clairement voulu.

Un aspect de l’épisode m’a particulièrement amusé : l’utilisation du monstre par le méchant. J’avoue avoir parfois un humour assez peu élevé et l’idée que le monstre chie la précieuse ressource convoitée par le méchantl m’a fait rire, d’autant plus que l’épisode prend soin, politesse british oblige, d’expliquer ce fait avec beaucoup d’euphémismes. Ainsi, dans la fabrique, le Docteur fait remarquer à Bill que s’ils étaient auparavant vers la tête du monstre ils sont maintenant forcément « on the other side » et que le mot « boue » n’est pas forcément le terme exact pour qualifier la matière dont ce fuel est composé. Après tous ces euphémismes, le « OH SH… » de Bill lorsqu’elle parvient à cette réalisation en est donc d’autant plus drôle. Bref, tout l’épisode tourne autour d’une blague scatologique, j’adore. Bon, par contre, je me permets de faire remarquer au Docteur qu’il a laissé en plein début de révolution industrielle une source de fuel capable de favoriser le voyage dans l’espace : il aurait peut-être pu prendre une minute ou deux pour faire brûler le stock restant avant de partir.

L’épisode a également un aspect militant qui n’a je pense échappé à personne. En cette période où les extrémismes fleurissent de partout, il n’est bien sûr pas anodin que le Docteur abandonne quelques secondes son pacifisme pour donner un monumental coup de poing à un raciste. De même, le Docteur fait référence au white washing auquel se livre l’Histoire (et par ricochet les séries/films historiques même si c’est pour le coup quelque chose qu’on ne peut pas trop reprocher à la BBC) et nous avons même aussi une petite pique féministe avec le fait que l’héritier Sutcliffe ne puisse pas être une femme alors qu’il est clair que Kitty serait la plus qualifiée, étant déjà de facto le chef de la bande d’enfants des rues . Plus indirectement, nous avons également une référence au changement climatique, c’est en tout ça comme ça que j’ai pris le fait que l’épisode se déroule dans une grande foire sur la Tamise gelée, plus précisément la dernière de ces foires alors même que la révolution industrielle commence. Il est possible que j’extrapole un peu (cela m’arrive^^) mais je trouve que l’épisode sous entend une relation de cause à effet entre ladite révolution (et en particulier la découverte de ce fuel particulièrement efficace) et la fin des hivers très froids.

Pèle mêle, j’ai également apprécié l’hommage de l’épisode aux anciennes compagnes criardes (en particulier Mel) lorsque Bill s’égosille, bien sûr pour rien et à l’agacement considérable du Docteur qui devrait pourtant être sacrément rodé. Je trouve également intéressant qu’après deux saisons de parfaite obéissance le TARDIS redevienne « a bad girl always looking for trouble » avec laquelle il faut négocier, en général sans grand succès. Qu’est-ce qui a donc changé pour que le TARDIS reprenne son comportement d’antan ? Est-ce parce qu’elle s’est encore plus ennuyée que le Docteur durant sa longue période à universalité ? Est-ce dû au contenu mystérieux du coffre ?

Je finirais cette partie sur l’habituel moment de spéculation puisque la dernière scène nous en dit légèrement plus sur le fil rouge. Nous savons donc que ce qui est dans le coffre est capable de frapper et, vu la réaction de Nardole, que le Docteur n’est pas tant là pour garder le coffre contre des voleurs que pour empêcher ce qui est à l’intérieur de sortir. Je mets la spéculation suivante entre balise puisqu’elle s’appuie en partie sur le trailer de la saison que tout le monde n’a pas forcément voulu voir. [hide] Il semblerait qu’on cherche à nous faire croire que c’est le Master version Simm qui est enfermé dans ce coffre puisqu’il est bien sûr celui qu’on associe au fait de frapper en cadence de façon effrayante (même s’il le faisait par quatre et non trois coups). Auquel cas je suppose que c’est à Missy que le Docteur a fait la promesse de surveiller le coffre, ou peut-être à UNIT même si ces derniers ont je pense ce qu’il faut pour faire le travail eux même. [/hide]

Personnellement, j’aurais tendance à penser que c’est une fausse piste. Ma théorie ? Capaldi a fait le choix de partir avant l’écriture de la saison et c’est le 13eme Docteur qui est enfermé. Du coup, Twelve a pu faire ladite promesse à River-qui ne voulait pas que cette incarnation meure trop vite- ou, pourquoi pas, par le jeu du timey wimey, à lui-même. Allez quoi, Moffat nous fait un début de saison tellement linéaire que je suis sûre qu’il va chercher à se rattraper à un moment.^^

Pour ce qui est de Nardole, je m’étendrai rapidement sur ce qu’il grommelle devant le coffre, « I didn't ask to be re-assembled, did I? ». Sérieusement, son rôle me semble de plus en plus suspect : le Docteur dit dans l’épisode de noël que c’est lui qui a ressuscité Nardole mais il l’a visiblement fait contre sa volonté, ce qui n’est franchement pas son genre. Nardole semble quant-à lui vraiment obnubilé par son rôle de gardien, comme s’il s’agissait de son programme. Je persiste à penser que Nardole est bien plus robotique qu’humain et qu’il a été spécifiquement recréé pour aider le Docteur dans sa tâche…ou plutôt pour le surveiller. Cela expliquerait le fait que Twelve ne lui montre clairement pas beaucoup d’affection, il s’agirait en gros d’un mouchard évolué. Bon, il est aussi complètement possible que je me plante totalement, j’ai un certain entrainement sur le sujet.


III. Thin ice

J’aimerais maintenant me pencher sur un aspect de l’épisode qui me semble assez crucial, le double sens du titre. En effet, thin ice fait bien sûr référence au fait que la finesse de la couche de glace permette au monstre de se nourrir mais également à l’ expression anglaise « to tread on thin ice », c’est-à-dire aborder un sujet très délicat et potentiellement casse-gueule, l’équivalent français de marcher sur des œufs. Or, cet épisode ne fait que ça et sur pas mal d’aspects.

Tout d’abord, et surtout, sur l’aspect sombre du Docteur. Ce sujet est par définition délicat car il faut trouver un équilibre entre cet aspect très important de son caractère et le fait qu’il s’agisse du personnage principal d’une série familiale et qu’il ne puisse donc pas être un véritable anti-héros. Il suffit de voir les réactions en bonne partie négatives au début de la saison 8 pour comprendre que le dosage de cet aspect est crucial. L’épisode prend ici un risque considérable avec la scène où le Docteur sauve son tournevis sonique en faisant mine d’ignorer la mort de l’enfant: comme je le disais, cette scène est bien plus typique de ce début de saison 8 si décrié et même là les scénaristes n’avaient pas pris le risque de choisir comme victime de l’insensibilité apparente du Docteur un jeune enfant.

Bien sûr, comme je l’ai déjà fait remarquer, l’épisode prend vite le contre pied de cet aspect sombre avec la discussion entre Bill et le Docteur. Au cours de celle-ci, le Docteur donne deux arguments principaux. Il fait d’abord remarquer à Bill qu’elle n’a pas de raison logique d’être plus choquée par la mort de l’enfant que par le fait que quelques heures plus tôt elle marchait dans un jardin fertilisé par des cadavres puis justifie son insensibilité apparente par le fait qu’il ait besoin de ne pas se laisser submerger par l’émotion afin de pouvoir sauver les autres victimes potentielles. Les deux arguments se tiennent logiquement parlant mais je trouve intéressant de constater comment ils sont traités.

Le premier tout d’abord m’a personnellement immédiatement rappelé celui de Sherlock dans l’épisode 1x03 de la série éponyme lorsqu’il fait remarquer à Watson, choqué par le fait qu’il ne semble pas touché par la mort de la victime «There's hospitals full of people dying,. Why don't you go and cry by their bedside and see what good it does them? ». C’est logiquement imparable… mais montre un aspect sacrément effrayant du personnage. Personne ne devrait être capable de raisonner de manière aussi froide et si Sherlock a l’excuse d’être à ce moment de la série un sociopathe, le Docteur est censé être un personnage profondément bon et compatissant : ce premier argument rappelle complètement au spectateur qu’il est avant tout, et malgré toutes ses qualités, inhumain.

Son deuxième argument est déjà bien moins glaçant puisqu’il sous-entend qu’il ressent réellement de la peine devant ces morts mais qu’il se refuse à se laisser submerger afin de ne pas perdre en efficacité : « I care but I move on » comme il le résume peu après. Cela dit, et Bill le fait remarquer immédiatement, cet argument ressemble sacrément à une justification et cette impression est renforcée par le fait qu’il soit effectivement incapable de se souvenir de combien de personnes il a vu mourir mais aussi, et surtout, de combien il en a lui-même tué. Sur ce dernier point, ses arguments ressemblent encore plus à des justifications puisqu’il essaie d’expliquer que parfois il n’y a pas d’autres possibilités mais qu’il est incapable d’aller jusqu’au bout, systématiquement coupé par Bill qui n’est pas dupe et reconnait qu’il s’agit d’excuses et non d’arguments.

Mais ce qui rend cela encore plus ambigu est le fait que peu de temps après nous avons droit au discours du méchant. Lord Suttcliffe est, c’est clairement voulu, un méchant extrêmement caricatural qui assume totalement le fait d’être sans scrupules et qui, en bon bad guy d’opérette, va longuement dévoiler son plan avant de se débarrasser des héros d’une manière censée les faire souffrir et qui leur laissera mille fois le temps de s’évader.

Mais ce qui m’a immédiatement interpellée est le fait que sa tentative (du bout des lèvres puisqu’il s’assume comme méchant) pour justifier ses actions… utilise les mêmes ficelles que le Docteur précédemment. « Le fuel que je récolte en causant des morts par noyade permet de se passer du charbon qui cause la mort de nombreux mineurs » ressemble tout de même étonnamment à « la mort de l’enfant n’est pas plus choquante que celle des colons transformés en engrais » et « En produisant ce fuel, je fais progresser mon pays et même la race humaine » n’est pas sans rappeler « en ne me laissant pas submerger par les émotions, je suis plus efficace ».

Que le méchant le plus caricatural que la série nous ait montré depuis longtemps se justifie presque de la même manière que le Docteur me semble clairement ne pas être un hasard. Cet épisode se permet non seulement de marcher sur la « thin ice » qu’est le côté obscur du Docteur mais va jusqu’à y danser un tango.

Et cette ambiguïté se retrouve aussi chez Bill, pourtant à première vue traitée comme un personnage à l’opposé de ce Docteur qui, après des milliers d’années à devoir prendre les décisions difficiles, s’est naturellement endurci. Elle laisse parler son cœur, se montre choquée devant le coté obscur de Twelve et prend la décision morale de sauver la bête. Cela dit, lorsque le danger est imminent et que le méchant est sur le point de faire sauter la glace, elle ne se préoccupe que de ses nouveaux amis et répond à Kitty, qui lui fait remarquer qu’il y a encore des gens sur la glace : « - Forget them. There's no time! ». Il est bien sûr tout à fait normal de privilégier ses amis par rapport à des inconnus, d’autant plus qu’il s’agit là d’enfants, mais c’est ce « forget them » que je trouve fort intéressant. Elle demande en fait aux enfants de faire exactement ce qu’elle reprochait au Docteur précédemment, d’enterrer leurs émotions pour être plus efficace dans leur fuite et de « move on ».

L’autre aspect sur lequel l’épisode « tread on thin ice » est dans son jeu sur la ligne très fine entre plagiat et hommage. En effet, je pense qu’aucun fan n’a pu rater la ressemblance frappante entre cet épisode et The Beast Below et Kill the moon.

Comme dans le premier, nous avons là un monstre alien géant situé sous la surface et qui se révèle n’avoir aucune mauvaise intention et être cruellement exploité par des humains afin d’obtenir de l’énergie.Autre point commun frappant, une des victimes de ce monstre s’avère être un petit garçon innocent. Or, c’est là je pense que la ressemblance entre les deux épisodes se justifie puisque tous les spectateurs assidus pensaient que le gosse s’en sortirait là aussi, ce qui n’est cette fois pas le cas. Cela me donne aussi espoir que Moffat ait enfin commencé à accepter le fait que parfois les morts doivent rester morts : il serait temps qu’il l’apprenne durant sa dernière saison. :) Bref, j’ai pris cette première ressemblance comme un trollage de la scénariste qui joue sans vergogne sur nos attendus pour obtenir un effet de surprise.

Comme dans Kill the moon, le Docteur laisse à sa compagne, devenue représentante de sa race, le choix entre sauver ou détruire une bête innocente sachant que cette dernière pourrait causer de graves dommage à l’humanité. Je trouve relativement courageux de la part de la scénariste de choisir de reprendre l’intrigue de l’épisode qui a le plus divisé dans cette saison 8 déjà fort controversée mais je dois dire qu’elle s’en sort très bien puisque pour moi Thin Ice est un Kill the moon réussi. En effet, Twelve a « grandi » depuis la saison 8 et n’est plus le personnage quasi autistique qu’il était.

Ainsi, il ne laisse pas sa compagne désarmée devant cette décision cruciale. En bon prof, il refuse de donner la réponse mais commence par orienter un tantinet cette décision en demandant à Bill, qui a peu de temps avant montré son horreur à l’idée que l’esclavage était encore légal à cette époque, « if your future is built on the suffering of that creature, what's your future worth? » Plus important encore, alors que le Twelve de Kill the moon allait jusqu’à physiquement abandonner Clara devant cette décision en partant avec le TARDIS, ce Twelve reste auprès de Bill et se met à son service : « I serve at the pleasure of the human race, and right now, that's you. Give me an order. ». Le résultat est bien sûr complètement différent : là où Clara avait été très justement choquée et enragée par le comportement du Docteur, Bill en sort grandie, d’autant plus que le Docteur lui rappelle à la fin de l’épisode que c’est elle qui a permis ce dénouement heureux. Bill ayant clairement beaucoup moins d’assurance que Clara, ce comportement bien plus responsable de Twelve est crucial et permet à la fois de montrer au public son évolution et de renforcer le duo Bill-Docteur.

Je remarque aussi un troisième hommage, plus discret cette fois. Si l’épisode 1 avait de fortes ressemblances avec Rose et le 2 avec The end of the world, cet épisode 3 renforce la tendance de la saison 10 à se calquer sur la saison 1 en proposant, comme The unquiet dead, un épisode historique dans le royaume uni du 19 eme siècle. Or, dans The Unquiet dead, le Docteur décidait d’aider les Gelth en prenant une décision qui influait fortement sur l’humanité puisqu’il leur offrait les cadavres humains comme hosts. Pire encore, il prenait cette décision en allant à l’encontre de l’avis de sa compagne et ladite décision s’avérait bien sûr catastrophique.

On peut donc remarquer que ce n’est pas que Twelve mais le Docteur dans son ensemble qui a évolué, et c’est logique. Nine sortait juste de la Time war durant laquelle il avait pris une décision terrible qui, pensait-il, avait annihilé son peuple et quelques autres avec. Il estimait donc après ce sacrifice avoir le droit de prendre les décisions affectant la galaxie, d’autant plus que cette décision lui permettait de se racheter en partie en sauvant les Gelth, victimes indirectes de la time war. Twelve sait désormais que son peuple a survécu et a eu plus de mille ans pour prendre du recul sur la time war, mille ans durant lesquels il a parfois vécu de longs moments au milieu des humains (dont 50-70 ans environ dans cette incarnation). Il a également, comme je le disais précédemment, visiblement retenu la leçon du fiasco de Kill the moon même s'il a oublié Clara. Nous avons donc désormais un Docteur certes toujours sombre et ambigu mais paradoxalement bien plus stable que par exemple le fort sympathique Ten, toujours à deux doigts de passer en mode Time lord victorious.

Pour conclure ce long pavé, Thin ice est un épisode qui, pour reprendre la métaphore filée du titre, est bien plus profond que son apparence ne le laisse penser. Derrière son aspect de stand alone historique basique à l’intrigue simple-et un peu scatologique-, il joue fort bien son rôle d’épisode introducteur et permet également à la scénariste de prendre certains risques non négligeables et de ce fait de corriger certaines erreurs de caractérisation du Twelve de la saison 8 tout en conservant l’aspect fort ambigu du personnage. J’attends avec impatience de découvrir les prochains épisodes de Sarah Dollard qui pour l’instant réalise un 100% de réussite en ce qui me concerne. Je conclurai par ce sympathique échange entre Bill et le Docteur, extrait du cours « Time travel for dummies » du professeur Twelve :
-Every choice I make in this moment, here and now, could change the whole future.
-Exactly like every otherday of your life.The only thing to do is to stop worrying about it.
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Tyr
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 09 Mai 2017, 16:02

10x04 Infestation of the dryads…heu… Knock knock

“An old house and a dodgy landlord, which is pretty standard for students”

Je n’étais franchement pas très convaincue par le trailer de la semaine dernière. J’aime beaucoup les films d’horreur et suis de ce fait très difficile à contenter sur ce point ; or, Doctor Who étant avant tout une série familiale, elle ne peut en général pas aller assez loin pour proposer des épisodes réellement effrayants et le résultat est souvent plus proche de Scooby doo que de Amityville.

En fait, paradoxalement, Doctor Who est souvent bien plus effrayante dans ses épisodes de pure science-fiction que lorsqu’elle s’essaie au genre fantastique (Blink étant la magistrale exception et restant malgré tout un épisode hybride avec un pied dans les deux genres). Je partais donc avec un à priori-négatif mais c’était également le cas pour Thin Ice et j’avais été très agréablement surprise : hélas pour moi, le miracle ne s’est pas reproduit.

Je ne dirais pas que cet épisode était mauvais mais il est pour moi indéniablement le plus faible de la saison pour l’instant. C’est d’ailleurs le seul que j’ai eu du mal à revoir le lendemain pour ma prise de notes et j’ai pourtant testé pour celle-ci la version binaural audio mix de l’iplayer, censée être plus effrayante. Comme je suis malgré tout une fan inconditionnelle de la série et que j’apprécie probablement assez Twelve/Capaldi pour rester devant un épisode où il me lirait l’annuaire téléphonique pendant 50 minutes, je développerai mes griefs dans mes deux premières parties mais m’épancherai sur les qualités de Knock knock dans la dernière afin de finir sur du positif.

I. What the knock ?

Alors oui, je sais, Doctor Who n’est pas forcément la série à regarder lorsqu’ on cherche des épisodes scientifiquement corrects, un scénario béton et une logique interne parfaite. Je sais que rien que depuis que mon cher Twelve a pris le contrôle du TARDIS (si tant est que le TARDIS puisse réellement être contrôlé) nous avons découvert que la lune était un œuf, que des arbres pouvaient recouvrir la planète 24 heures puis disparaître sans causer le moindre dégât et que le dépôt de peau morte qui s’accumule au coin de nos yeux lorsque l’on dort est bien plus dangereux qu’on ne le croit. Mais même à une échelle whovienne, le scénario de cet épisode est un tissu d’énormités.

Je ne vais pas être exhaustive sur ce point parce qu’il me faudrait en gros retranscrire tout le script. je vais me contenter d’énumérer, plus ou moins dans l’ordre, ce qui a réussi à ébranler la suspension of disbelief en béton armée que j’arbore fièrement à chaque épisode.

Six jeunes gens visiblement pas stupides cherchent une location, ont un mal fou à trouver, reçoivent une proposition miraculeuse… et pas un ne lit en détail le contrat ? Aucun d’eux n’a non plus un adulte responsable pour le leur rappeler ou au moins s’inquiéter de leur disparition ? Il y a déjà eu 12 disparitions dans la même maison et le landlord n’a pas encore été arrêté ni même inquiété ?

Ces insectes aliens étaient dans le jardin et n’embêtaient personne auparavant ? Pourquoi doivent-ils se nourrir tous les 20 ans ? Pourquoi de viande alors qu’ils semblent avoir surtout les caractéristiques du bois ? Pourquoi leur faut-il des humains ? Des moutons par exemple, ce ne serait pas plus simple et éthiquement plus responsable ? Dans la scène où les « toc toc » résonnent de partout dans la maison, comment peuvent-ils imiter le bruit de quelqu’un qui frappe à une cloison alors que ce sont des insectes (ce ne peut pas être les victimes, elles se font visiblement dissoudre lorsqu’elles sont attrapées)? Pourquoi le font-ils d’ailleurs, ils n’ont aucune raison de tenter de faire peur à leurs victimes, ce ne sont pas des sadiques. En admettant que ces insectes soient assez symbiotiquement liés à la femme en bois pour accepter à la fin ce qui est après tout un suicide collectif, comment font-ils pour ressusciter les victimes qu’ils ont totalement absorbées depuis parfois plusieurs heures ? Pourquoi dans ce cas ne pas avoir ressuscité les 12 victimes précédentes ?

Si les premiers illogismes que je relève peuvent bien sûr être expliqués par un hommage assez évident aux films d’horreur où les victimes ont bien souvent tendance à avoir l’esprit de conservation d’un lemming et bien peu de gens pour s’inquiéter de leur disparition, tout ce qui tourne autour des insectes fleure bon la facilité scénaristique du « c’est des aliens, ils fonctionnent comme ça et puis c’est tout », équivalent du « ta gueule c’est magique » dans le genre de la science-fiction.

Comme toute fan de Doctor Who, je suis capable de passer outre lorsque l’histoire entière ne tourne pas autour de ça. Je n’ai pas trop râlé par exemple la semaine dernière sur le fait qu’on ne sache pas d’où vient le monstre, où il va à la fin, pourquoi il chie du super-fuel ou pourquoi le méchant de la semaine le nourrit d’humains et non d’animaux, ce qui n’est pas discret… alors que je reproche paradoxalement le premier et dernier point à Knock Knock cette semaine. Mais Thin Ice traitait en priorité de l’interaction entre Bill et le Docteur, du côté sombre de Twelve et du thème de l’humain plus monstrueux que le monstre et non de l’alien lui-même. Or, Knock knock se concentre complètement sur le mystère des insectes (impression renforcée par le fait qu’il s’agisse d’un huis clos), tout illogisme sur le sujet est donc immédiatement très visible.

Après, comme toujours, il y a une bonne part de subjectif dans ce dont je viens de parler : parfois les illogismes et énormités passent parfaitement, parfois pas du tout. Pour moi, cette semaine ce n’est pas passé et m’a complètement fait sortir de l’épisode à plusieurs reprises, je conçois parfaitement que ça n’en ait pas gêné d’autres et j’ai pu voir sur le web que l’épisode a été globalement fort apprécié. Comme je le disais, je suis particulièrement difficile sur les épisodes surfant sur le genre de l’horreur, je fais d’ailleurs partie de ceux qui n’ont pas trouvé Listen très intéressant.


II. Le crime était presque parfait

Mais ce qui m’a le plus agacé dans Knock Knock n’est pas ses facilités mais ses occasions manquées. Il y a dans cet épisode de très bonnes choses (j’y reviendrai d’ailleurs en 3eme partie) mais surtout des pistes pleines de promesses… qui ne sont pas ou peu exploitées.

Prenons le genre de l’horreur par exemple. Comme je le disais et comme le scénariste le sait visiblement, il est délicat d’aller trop loin sur ce sujet dans une série familiale. L’épisode commence donc clairement par se diriger plus sur un épisode de parodie d’horreur que sur du véritablement effrayant. Un personnage fait d’ailleurs très vite la comparaison entre la maison et un épisode de Scooby-Doo, ce qui m’a personnellement fait croire que l’auteur allait jouer sur ce genre de ficelles.

Le titre même de l’épisode est « knock knock » après tout : pour les non anglicistes, une « knock knock joke » est un type de blague très lourdingue commençant toujours par -knock knock- Who’s there ? (-Toc toc ! -Qui est là ?) et s’achevant sur un calembour pas très fin. De même, le fait d’avoir choisi Suchet dans le rôle du landlord était pour moi un aveu que l’épisode allait plus surfer sur la parodique que sur l’horreur. Suchet est surtout connu pour avoir joué le détective Hercule Poirot et les disparitions étranges dans une vieille maison abandonnée sont tout à fait de son ressort : le fait qu’il en fasse des tonnes dans le rôle du très louche landlord (c’est d’ailleurs un des aspects qui m’a beaucoup plu) a achevé de me convaincre que cet épisode n’allait que faire semblant de tenter de nous faire peur et qu’il visait surtout à nous faire rigoler.

Et pour le coup, je dois dire que ça partait plutôt bien. On commence, comme je le disais, par sauter à pied joint dans les clichés des films d’horreur : une bande de jeunes assez inconscients et visiblement isolés socialement s’installent dans la maison abandonnée sans réseau téléphonique d’un propriétaire très louche et décident de se séparer alors qu’ils entendent des bruits étranges… on n’est vraiment pas loin du sketch de Bigard. Le scénariste prend alors soin, clairement encore une fois dans un but comique, d’inverser totalement le cliché en faisant des trois premières victimes les trois hommes blancs de l’épisode (les premiers à mourir dans un film d’horreur sont en général les Noirs et les femmes sexy) et de la seule Noire la survivante. Ce choix est d’ailleurs tellement assumé que la première fois que le groupe entend les bruits, Shireen demande à un des Blancs d’y aller parce qu’il est le plus grand… « and the most expendable ».

Hélas, l’essai comique s’arrête là et l’épisode semble ensuite se prendre au sérieux, du moins en ce qui concerne l’aspect « horreur ». J’aime le mélange des genres et cela ne m’aurait certainement pas dérangé s’il y était parvenu mais je n’ai pas eu ne serait-ce que le début du commencement d’un frisson. Je suppose que c’est là encore en partie subjectif et que d’autres y ont été plus sensibles mais je ne vous cacherais pas que j’ai trouvé toute cette partie censée faire peur un peu longuette puisque le but principal ne fonctionnait pas sur moi. Il n’y a pas de mystère, un danger visible est un danger « domestiqué » et à partir du moment où l’on voit les insectes l’épisode m’a perdu sur ce point. Cela aurait pu être différent si nous avions eu au moins deux disparitions mystérieuses où l’on ne voyait rien et où seul le bruit indiquait l’arrivée du danger (encore une fois le titre de l’épisode pouvait laisser penser qu’il jouerait sur l’aspect auditif de la menace) mais on en voit trop -et trop vite- à mon goût.

Enfin, le « everybody lives » (sauf les 12 premières victimes dont tout le monde se fout puisqu’on ne les voit qu’en photo) final est à mon sens extrêmement décevant. Non seulement il efface le seul véritable aspect horrible de l’épisode – le fait que cinq jeunes innocents aient trouvé la mort dans des conditions terrifiantes- mais, comme je l’ai dit, il est complètement illogique puisque même des victimes avalées et digérées depuis un bout de temps sont reconstituées sans aucun problème. De plus, il est complètement inutile : la série a beau être familiale, elle peut se permettre quelques morts sans choquer son public. L’épisode précédent a tué un petit enfant et je n’ai pas entendu parler de plaintes à Ofcom, le CSA britannique. Bref, en tentant d’allier horreur et parodie d’horreur, je trouve que l’épisode rate les deux aspects.

Même si je n’ai cessé de critiquer les insectes aliens depuis le début de ma review, ils avaient eux aussi un potentiel qui n’a pas été creusé. Par exemple, le fait qu’ils soient capables de manipuler le bois et ne s’en servent en gros que pour se planquer et sceller des portes est un monumental gâchis : ils auraient vu créer soudain des trappes faisant chuter leur victime, se conglomérer en un bras géant en happant une autre… les possibilités étaient immenses mais l’épisode ne varie absolument pas leurs attaques, ce qui a participé à la sensation d’ennui que j’ai ressentie au milieu de l’épisode. Et puis quel dommage d’oublier ainsi que le tournevis du Docteur ne fonctionne pas sur le bois, ce qui aurait pu donner lieu à un raté de sauvetage spectaculaire alors qu’il s’escrimerait à tenter de libérer une des victimes en l’utilisant.

L’idée que les insectes puissent être contrôlés par les sons était là aussi une très chouette piste mais qui manque de continuité. Les sons aigus les attirent, fort bien (bon, pas à chaque fois puisque la 1ère fois que Bill et Shireen ouvrent la boite à musique il ne se passe rien mais admettons que Shireen la referme trop rapidement), mais qu’est-ce qui les fait partir ? Il semblerait qu’ils partent immédiatement quand le silence revient et pas avant, c’est ce que semble montrer le passage où le garçon est tout de suite aspiré quand le tourne disque s’éteint mais l’était seulement à moitié lorsqu’il tournait encore, comme si les insectes ne pouvaient pas partir tant que la musique continuait. C’est aussi ce que l’on voit quand le Docteur allume puis éteint la boîte à musique dans la chambre. Sauf que ce n’est pas compatible avec la manière dont le landlord attire les insectes : le son produit par le diapason s’arrête après tout très vite mais les insectes ne disparaissent pas pour autant : ils peuvent donc rester à l’affut malgré le silence… lorsque cela arrange le scénario.

Mais surtout, il va falloir m’expliquer comment le Docteur peut examiner le monte-charge dans la cuisine sans faire sortir les insectes alors qu’il se sert du tournevis sonique qui fait un bruit très aigu. C’est non seulement un illogisme mais encore une fois une belle occasion manquée. Le Docteur aurait pu attirer l’ennemi à chaque fois qu’il utilisait son tournevis, provoquant la perte de la personne à côté de lui mais lui-même n’étant pas inquiété car le landlord a dressé les insectes à ne pas attaquer celui qui tient l’objet qui fait le bruit suraigu (le diapason dans son cas). Il aurait pu ainsi ne pas réaliser avant la fin qu’il était la cause indirecte des attaques sur lesquelles il enquêtait, ce qui aurait été un ressort d’horreur assez intéressant.

Franchement, toutes ces occasions manquées et pistes non exploitées jusqu’au bout m’ont donné l’impression qu’il y avait eu des coupures un peu trop sèches au montage : il est tout à fait possible que ce soit le problème et que ce qu’il manque réellement à l’épisode soit les 5-6 minutes servant à expliquer le background des insectes, expliciter le pouvoir de la musique sur eux et ajouter quelques détails de ci de là. Je me souviens d’une interview de Gaiman sur son épisode Nightmare in silver dans laquelle il décrivait quelques scènes coupées qui justifiaient certaines des aberrations de l’épisode.


III. Knock yourself out

Passons maintenant à ce que j’ai trouvé intéressant et bien fait dans l’épisode (et non, ce ne sont pas seulement les 3 dernières minutes^^). Contrairement aux trois premiers épisodes dont le but clair et avoué était d’introduire auprès du public Bill et son interaction avec le Docteur, cet épisode estime que le décor a été planté et passe beaucoup moins de temps sur ce sujet. Cela dit, le peu qu’il révèle n’est pas sans intérêt.

A travers Bill, le nouveau public a donc droit à un cours accéléré sur les time lords, leur goût pour les collerettes et une rapide allusion à la régénération. Pour ce qui est de notre duo, on retrouve là un thème propre si je ne m’abuse à l’ère Moffat, le compagnon à mi-temps qui compte bien avoir une vie en dehors du TARDIS. Amy, Rory et Clara n’y parvenaient qu’à moitié (les premiers réalisant qu’ils vieillissaient plus vite que leurs amis restés sur Terre et Clara s’épuisant à tenter de concilier ces deux modes de vie) mais Bill semble bien décidée à ne pas laisser le Docteur et ses merveilles empiéter sur sa vie privée. « I'll see you later for more exciting TARDIS action, but basically, this is the bit of my life that you're not in. » lui annonce-t-elle avec fermeté après qu’il a semblé ignorer sa dizaine de sous-entendus fort peu subtils sur ce sujet.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette scène a lieu juste une minute avant le moment où Bill rembarre le jeune homme qui la drague : cette compagne n’est pas dans le sous-entendu, la diplomatie et le compromis : elle sait ce qu’elle veut et ne veut pas et le dit clairement. Ce Twelve étant nettement plus humanisé que celui que Clara côtoyait, il est même possible qu’il l’écoute et la laisse vivre sa vie de temps à autres…peut-être…

Pour ce qui est de ce Twelve 2.0 que la saison nous propose, la réaction du colocataire de Bill lorsqu’elle le leur présente nous montre qu’il s’agit d’une véritable légende urbaine sur le campus (cela dit, s’il enseigne depuis plus longtemps que son âge apparent, il y a de quoi^^). On retrouve ici son coté poétique qu’il dévoile dans the Pilot (même si je persiste à penser que la physique ne rime pas) lorsqu’il appelle l’alien inconnu maîtrisant le bois une dryade, nom donné par les Grecs aux nymphes des bois pour ceux qui dormaient durant les cours de mythologie du collège^^. En bon alien ouvert d’esprit, il continue à les appeler ainsi alors même qu’il a vu leur apparence : après tout, «Everyone loves insects » .

Concernant le duo Bill-Docteur, j’ai trouvé également la scène de révélation très intéressante. Bien sûr le Docteur est celui qui trouve l’essentiel de la solution, il est sans conteste le plus intelligent des deux (même si je ne vois pas comment il a pu deviner immédiatement que le landlord vivait isolé et presque « hors du temps » comme le laisse penser sa question sur qui est le premier ministre la première fois qu’il le voit). En revanche il est limité par le fait que, malgré son long séjour sur terre, il continue à penser comme un alien : il ne réalise donc pas qu’un adulte ne ramasserait pas des insectes et qu’un humain vieillit et meurt bien plus rapidement qu’un timelord et c’est cette part de bon sens qu’apporte Bill, permettant ainsi au duo de trouver la solution. Je trouve ça bien plus crédible que les épisodes où la compagne trouve la solution avant le Docteur en ayant pourtant les mêmes éléments à disposition, ce qui était parfois le cas avec Amy et Clara.

J’ai également apprécié David Suchet, déjà parce qu’il est un excellent acteur mais aussi parce que son personnage du landlord, qui passe de la figure inquiétante et menaçante de l’épisode au gamin dans un corps d’adulte n’ayant jamais eu la possibilité de grandir mentalement à cause de son isolation, très intéressant. De même, si je n’ai pas trouvé que l’épisode allait assez loin dans le coté comique, j’ai apprécié les jeux de mots sur le titre comme lorsque le Docteur, pour conjurer le sort, dit « knock on wood » (touchons du bois) ce qui est évidemment très contre-productif dans cet épisode. :D Je n’ai jamais dit que j’appréciais l’humour fin.^^

J’ai également trouvé fort intéressant que cet épisode, malgré son aspect très stand alone, s’intègre parfaitement dans la saison. En effet, on commence à pouvoir observer certaines tendances récurrentes dans le ton et les sujets traités. Ainsi, l’aspect critique sociale, qui n’est certes pas une nouveauté dans la série mais qui était assez fortement présent la semaine dernière, refait son apparition avec une petite pique sans subtilité sur la crise du logement dans les grandes villes anglaises. La grande diversité ethnique des colocataires n’est probablement pas non plus un hasard, pas plus que le fait que, comme je l’ai fait remarquer précédemment, les Blancs soient pour une fois les premiers à disparaître.

On retrouve encore une fois un thème de l’absence de la figure paternelle. Chez Bill bien sûr, qui a désormais quelques photos de sa mère mais dont le père reste toujours aussi énigmatiquement absent mais également chez le landlord, dont le père est également inexistant lors de l’agonie de sa mère et qui se retrouve très symboliquement à le remplacer en se faisant passer pour le père de sa propre mère. Cela pourrait être un hasard bien sûr mais je remarque que nous n’avons pas une seule allusion aux parents des autres colocataires, seulement au grand-père de l’un d’eux, et que Bill se refuse énergiquement à faire passer le Docteur pour son père et persiste à l’appeler « grandfather ».

C’est bien sûr avant tout une pique sur l’âge de Capaldi et un clin d’œil aux fans de l’ancienne série puisque le précédent Docteur à l’apparence âgée, One, était accompagné de sa petite fille Susan qui l’appelait ainsi, mais je persiste à penser que c’est plus que ça et que Bill se refuse sciemment à appeler « father » quelqu’un qu’elle apprécie et respecte : il y a un mystère sur ce point, je le sens. Et vu que c’est la 2eme fois que la saison fait référence à Susan (on voit sa photo dans The Pilot), j’ose espérer que ce n’est qu’un trollage de Moffat et non pas l’amorce d’une révélation sur le thème de « Bill est la fille du Docteur/Susan régénérée/la fille de Susan régénérée…). Un mystère « humain » autour du père de Bill, je suis pour. Une révélation selon laquelle Bill est plus qu’une simple humaine, pitié, pas ENCORE !

Enfin, je remarque l’émergence maintenant assez claire d’un thème concernant le monstre de la semaine. Que ce soit la flaque alien de The Pilot, les robots tueurs de Smile, le monstre de Thin Ice ou les insectes de Knock Knock, nous n’avons pour l’instant pas un seul véritable méchant qui ne soit pas humain. Tous sont soit animés de bonnes intentions (les robots qui pensent assurer le bonheur de la colonie et la flaque qui cherche un pilote et choisit la fille qui rêve de partir loin) soit « neutres (le monstre de thin ice qui ne cherche qu’à fuir, les insectes qui ne cherchent qu’à survivre).

C'est bien sûr le thème de l’humain plus monstrueux que le monstre, que l’on retrouve pour la 2eme fois d’affilée mais avec quelques nuances. Lord Sutcliffe faisait preuve de cruauté pour le profit, une cruauté civilisée si je puis dire. Le landlord représente quant-à lui la cruauté « naturelle » de l’enfant qui n’a pas encore été socialisé et qui ne pense qu’à lui et à ceux qu’il aime non par méchanceté gratuite mais parce qu’il n’a pas encore vraiment appris l’empathie. C’est le genre de cruauté que l’on peut découvrir par exemple dans Peter Pan (je conseille d’ailleurs vraiment ce livre, absolument glaçant et bien loin du mignon dessin animé). Dans les deux cas le danger vient de l’humain et non du monstre ; c’est même aussi un peu le cas dans Smile puisque les robots ne tuent que suite à une erreur de programmation des humains qui, dans leur quête du bonheur, n’ont pas prévu la gestion du deuil par les Vardies.

Quant-aux « monstres », ils consomment, dévorent… et recyclent. Sans haine, sans cruauté, par nature. “Hardly anything’s evil. Most things are hungry. Hungry can look a lot like evil from the wrong end of the cutlery.”dit le Docteur à Bill dans the Pilot, et tous les épisodes de la saison lui donnent pour l’instant raison. La flaque alien « dévore » Heather et la recycle en pilote, les Vardies dévorent les colons et les recyclent en engrais, le monstre de la Tamise dévore ceux qui s’aventurent seuls sur la glace et les recycle en combustible, les insectes dévorent les locataires et les recyclent en énergie vitale pour leur symbiote. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard je pense si le landlord contrôle les insectes à l’aide d’un diapason… appelé en anglais « tuning fork ». Bref, pour l’instant, en saison 10, les humains font preuve de cruauté et/ou d’inconscience, les aliens tentent de survivre et participent au développement durable.^^

Je conclurai bien sûr cette troisième partie sur le fil rouge du coffre. L’épisode nous montre encore une fois que le Docteur ne semble pas éprouver une grande affection pour Nardole et que ce dernier semble surtout là pour lui faire la morale : cela me conforte dans l’idée que Nardole est plus un outil qu’un compagnon, un outil nécessaire mais pas forcément voulu. Franchement, Twelve traite un peu Nardole comme je traite mon réveil lorsqu’il sonne à 6h30 : il prend en compte son message mais le fait sans plaisir voire avec dureté et n’hésite pas à appuyer sur snooze…heu… à passer outre ses recommandations sans non plus les ignorer totalement. Je remarque en revanche que Nardole communique désormais avec Bill puisque cette dernière lui a fait part de leur aventure : il est donc bien possible que nous ayons un début d’évolution dans l’interaction entre ce mystérieux personnage et les occupants du TARDIS.

Qui est donc dans le vault ? Je mets la proposition suivante entre balises mais c’est bien sûr de la spéculation, cela dit appuyée par une certaine révélation du trailer de la saison que certains ont pu miraculeusement rater donc je ne prends pas de risques. Dans ma propre théorie, je fais aussi référence à un audio donc prenez garde si vous êtes totalement anti spoilers !
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Nous savons désormais qu’il peut jouer du piano et connait des morceaux humains (je doute que La Lettre à Elise soit étudiée dans toute la galaxie), qu’il peut manger, que Nardole s’en méfie/ne l’aime pas mais que le Docteur est plus ambigu et n’hésite pas à faire ce qu’il peut pour rendre sa détention plus agréable. Evidemment, tout cela semble clairement faire penser au Master, que ce soit Missy ou Simm, d’autant plus que le Docteur pense l’intéresser en lui racontant une histoire où des jeunes se font dévorer. On se souvient tous du « léger » problème de boulimie du Master Simm-Squelettor dans The end of time et le fait que, comme je l’ai montré précédemment, cette saison semble fortement insister sur le thème des aliens qui dévorent semble également renforcer cette idée.

Personnellement, j’espère encore que c'est une fausse piste : elle après tout un peu trop évidente mais bon, Moffat n’hésite parfois pas à faire de l’évident la bonne réponse comme le montre la révélation sans surprises du Missy=Master en saison 8. Je persiste à parier sur une incarnation du Docteur et je développe donc ma théorie foireuse numéro…ouh là, j’ai perdu le compte… enfin bref ! Je parie sur… le Valeyard.

Sérieusement, ça se tient. Pour ceux qui n’ont pas vu les épisodes du 6eme Docteur, le Valeyard est censé être une incarnation alternative du Docteur regroupant tout son côté obscur : or, on vient de nous rappeler l’existence dudit côté obscur dans l’épisode précédent. Il est censé naître entre sa 12eme et 13ème incarnation, or nous en sommes à la 12eme et demi (sérieusement, le war Docteur n’a pas facilité la comptabilité dans la série^^). Plus troublant encore, l’épisode audio Trial of the Valeyard nous apprend que le Valeyard serait né suite aux expérimentations du 13eme Docteur pour briser la limite du cycle de 13 vies des time lords ; or Twelve est justement une incarnation qui a brisé cette limite puisqu’il est le premier d’un nouveau set de régénérations même si ce sont les time lords eux-mêmes qui lui ont offert ce set. Bien sûr, les audio ne sont qu’à moitié canon mais je trouve que cela fait pas mal de coïncidences.

Bien sûr, cela n’explique pas pourquoi le Docteur, qui a une tendance non négligeable à se haïr, serait aussi sympathique avec son incarnation la plus diabolique ; Cela dit, s’il est plus ou moins responsable de sa création, il pourrait parfaitement se sentir assez coupable pour tenter d’améliorer au maximum ses conditions de détention. Cela expliquerait en tout cas pourquoi Nardole est tellement méfiant non seulement vis-à-vis du prisonnier mais vis-à-vis du Docteur lui-même. Cela expliquerait également pourquoi Nardole et Twelve semblent penser qu’il est crucial de garder ce coffre avec beaucoup de précautions : déjà que le « light » Doctor est sacrément dangereux, sa version dark serait catastrophique. Je n’imagine même pas ce que cela donnerait s’il faisait alliance avec le Master d’ailleurs. Cela expliquerait enfin que le prisonnier sache jouer la Lettre à Elise : le Docteur est un musicien dans deux de ses incarnations (dont celle-ci bien sûr) et connait bien la musique classique humaine.


Soyons honnêtes, je ne crois pas vraiment à cette théorie ; je reste surtout sur l’idée du 13eme Docteur qui pour une raison inconnue est « né » avant la mort de son prédécesseur et doit rester enfermé tant que Twelve est vivant pour éviter les bugs temporels. N’empêche, j’ai déjà émis des théories bien plus illogiques que celle-là donc je la garde dans un coin de ma mémoire pour crier haut et fort que j’avais tout deviné si par miracle j’ai enfin raison.^^


Pour conclure, cet épisode n’a tout simplement pas fonctionné pour moi. Je n’ai pas passé un mauvais moment, on est bien loin d’une catastrophe à la Curse of the Black spot et certains éléments ne manquent pas d’intérêt mais je trouve le tout plutôt moyen. Tant pis, il en faut pour tous les goûts et je suis contente de constater que cette saison tente en tout cas de mélanger les genres au maximum : il est donc assez normal que tout ne fonctionne pas pour tout le monde tout le temps. Le trailer du prochain épisode me semble en tout cas très prometteur, j’aurai donc sans doute ma dose de whogasme samedi prochain.
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Tyr
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 25 Mai 2017, 08:17

-May God light your path.
-Well, he could certainly give it a go.

10x06 Extremis

Je dois admettre avoir hésité à faire une review cette semaine. Non pas parce que je n’en avais pas envie (même si mes deux tas de copies de brevet blanc ont tenté d’influencer ma décision) mais parce que je trouve qu’il est très difficile d’écrire sur ce qui est clairement un prologue. Ce n’est bien sûr pas la première fois que Doctor Who propose des épisodes en plusieurs parties mais il s’agit en général d’épisodes qui fonctionnent indépendamment même s’ils ont une intrigue commune ; ici, rien n’est bouclé et il est donc difficile de juger d’une œuvre dont nous n’avons que l’amorce.

Cela dit, vu qu’il s’agirait apparemment d’une histoire en trois parties et connaissant ma propension à écrire de gros pavés, j’ai décidé de reviewer indépendamment ces épisodes afin de ne pas avoir à publier un roman à la fin du mois.^^ Puisque cet épisode est décidément assez différent des autres de la saison, je ne vais même pas pouvoir réutiliser le plan que je recycle depuis The Pilot. Heureusement, vu la structure de Extremis, je n’ai pas eu trop à me creuser la tête pour trouver ledit plan. L’épisode nous propose en effet deux intrigues parallèles mais distinctes : celle se déroulant dans la simulation et celle que nous découvrons en bonne partie par flash back et qui est censée se passer dans la réalité (enfin, la réalité de BBC 1 quoi). Commençons donc par explorer ces deux aspects.


I. Il était une fois dans le monde réel

Pour ceux d’entre vous qui regardiez en direct samedi soir, le bruit étrange que vous avez entendu était sans doute mon hurlement de rage devant l’effondrement violent de toutes mes théories concernant les deux personnages des flash back, Missy et Nardole. Commençons donc par ce dernier. Non, il n’est pas envoyé dans les pattes du Docteur par sa future incarnation afin de l’aider à surveiller le Coffre : le « cadeau » vient de River, qui s’inquiétait sans nul doute de ce que le Docteur en deuil pourrait faire de stupide et lui a donc attribué un robot (ou cyborg, ce n’est toujours pas très clair^^) majordome chargé de lui secouer les puces s’il faisait n’importe quoi.

C’était la solution la plus simple : j’espérais plus timey-wimey et original mais, comme en saison 8 concernant la véritable identité de Missy, Moffat a décidé que parfois la simplicité avait du bon. Il n’a probablement pas tort, il doit y avoir une raison au fait qu’il soit un scénariste reconnu et moi la spécialiste des théories foireuses.^^ Je peux toujours me consoler en me disant que j’avais au moins bien identifié le fait que l’agacement du Docteur envers Nardole venait bien du fait que ce dernier lui ait été imposé par quelqu’un à qui il ne pouvait pas dire non.

Pour me remettre de ma déception, j’exige de voir à l’écran la fameuse licence de Nardole l’autorisant à « kick the Doctor’s ass » (connaissant River, elle lui a préparé un joli papier officiel^^) et, surtout, de le voir exercer ledit ass kicking parce que pour l’instant il n’est guère allé plus loin que quelques roulements d’yeux et un ton un peu sec. J’ai en tout cas apprécié de voir le personnage servir enfin à quelque chose durant l’aventure (je persiste à penser qu’il aurait avantageusement pu être remplacé par un portemanteau la semaine dernière).

Petit détail croustillant pour finir, sa manie d’énoncer les évidences qui énervait tant le Docteur dans Oxygen est ici bien utile à ce dernier puisque Bill ne tique même pas alors que Nardole passe l’épisode à décrire sans la moindre subtilité tout ce qu’il y a sous leurs yeux afin de servir d’audio description au Docteur. Et pourtant, que c’était agaçant ! Ça m’a rappelé la fois où j’ai fait une fausse manœuvre et bloqué ma tablette sur le mode aveugle.

Passons donc à mon deuxième superbe raté, le contenu du coffre. Et non, ce n’était donc pas une incarnation du Docteur mais bien, là encore, la réponse la plus évidente :Missy. Cette dernière est donc tombée entre les mains des membres de la planète des bourreaux, qui se spécialisent dans l’exécution des races les plus rares et partagent avec les Time lords et les Goa’ulds de Stargate un goût vestimentaire discutable mais fort pittoresque. On ne sait pas trop s’il s’agit de leur métier (auquel cas quelqu’un a condamné Missy et ils ne sont que les exécutants) ou de leur « vocation », auquel cas ils utilisent leur technologie pour déterminer qui doit mourir à quel moment, un peu comme le Teselecta décidait de qui devait souffrir. Cela m’a fait en tout cas penser au comics Sandman où un monde entier se spécialise dans les différents types d’enterrements et crémations, je me demande si l’inspiration ne vient d’ailleurs pas de là vu que Moffat a certainement lu ce grand classique de Neil Gaiman.

Ce passage est donc visiblement post Witch’s familiar dans la timeline de Missy puisqu’elle sous-entend que ce sont les Daleks qui l’ont prévenue que le Docteur passait une longue lune de miel sur Darillium. Il semble donc que ses tentatives de négociation de fin d’épisode aient porté leurs fruits et que les Daleks aient accepté de l’épargner et de partager des informations avec elle. Que s’est-il passé pour qu’elle se retrouve condamnée à mort d’une manière aussi officielle ? Je suppose que nous le saurons bientôt, sauf si Moffat décide de passer cette info sous silence : il en a tout à fait le droit, le fait de ne pas préciser comment le Master a pu se sortir de l’inextricable situation dans laquelle il était la fois précédente/comment il s’est retrouvé dans la situation actuelle est un des comiques de répétition les plus classiques de la série.

Bref, Missy va être exécutée par des spécialistes en la matière dont la technologie permet d’assurer une mort des plus efficientes à chaque espèce, de vérifier le nombre de morts causés par chaque individu, apparemment de savoir à quel moment exact ledit individu doit mourir… mais semble incapable de fournir le minimum d’information sur un personnage aussi universellement célèbre que le Docteur.

Sérieusement, choisir comme bourreau d’honneur un type qui se revendique ouvertement comme pacifiste, n’est jamais armé et en plus se trouve être l’ami de la condamnée (ils le savent puisqu’ils s’excusent sur ce point)… c’est complètement con, et le fait que les time lords soient durs à trouver n’est pas une excuse à ce niveau. A la surprise générale d’absolument personne, le Docteur sauve donc Missy et menace les vilains Goa’ulds en…heu… leur faisant faire une recherche google sur le thème « victimes du Docteur » (reboots ou pas, il a encore deux trois génocides à son actif notre pacifiste).

Fort heureusement, les Goa’ulds n’enchainent pas sur une requête « nombre de mensonges du Docteur » (à mon avis à égalité avec le nombre de victimes). Ils acceptent donc son joli serment « as a Time Lord of the Prydonian Chapter », donc au nom d’une race et d’une affiliation qu’il n’a cessé au mieux de fuir et rejeter au pire de combattre ouvertement depuis environ 2000 ans. Plus incroyable encore, le Docteur semble avoir tenu parole…plus ou moins.

Parce que bon, cette scène se passe forcément après The Husbands of River Song (River est morte) mais avant The return of Doctor Mysterio (Nardole est son compagnon dans celui-ci) : cela veut dire que pendant ledit épisode de noël, ils avaient déjà la charge du coffre. Or, je n’ai pas souvenir d’avoir vu Nardole et le Docteur se relayer pendant l’épisode pour garder quoi que ce soit. Je ne sais donc pas pourquoi Nardole est désormais aussi nerveux à chaque fois que le Docteur s’éloigne de plus de 500 mètres de son bureau. Peut-être est-ce parce que la date des mille ans approche mais j’en doute : il dit au monstre qu’il a attendu environ 2000 ans (toute sa vie quoi) pour lire le Veritas. Or, il avait déjà environ 2000 ans la saison précédente : il ne s’est donc clairement pas passé mille ans dans la timeline du Docteur entre l'emprisonnement de Missy et les aventures de cet épisode.

Pour finir sur ce sujet, je vais élaborer quelques spéculations parce qu’il ne faut jamais se décourager. ^^ Je remarque qu’on ne voit pas Missy être placée dans le coffre donc il est encore possible que ce ne soit pas elle qui y soit même si le Docteur le pense : Moffat peut nous refaire un coup à la Pandorica. D’accord, c’est peu probable mais qui sait ? Autre spéculation : Missy va utiliser son énergie régénérative pour soigner les yeux du Docteur (on sait depuis que 11 soigne le poignet de River dans The Angels take Mannhattan que c’est possible). Allez, à raison de deux trois théories par review je devrais finir par tomber juste.^^

Pour conclure, que s’est-il passé de réel dans cet épisode ? Il y a un certain temps, le Docteur a (encore !) sauvé Missy mais accepté en échange de la garder prisonnière mille ans. Il s’est vu par la même occasion attribuer un Nardole flambant neuf pour le surveiller. De nos jours, il est allé chuchoter à la porte du coffre pour supplier Missy de l’aider, a reçu l’enregistrement de ce qui va constituer ma deuxième partie, l'a regardé et a appelé Bill pour qu’elle aille draguer (ce qui est ma foi fort mignon de sa part). Techniquement, l’épisode a donc duré cinq minutes : remboursez !^^


II. Inside the matrix

La grande majorité de l’épisode s’avère donc n’être qu’une simulation. Ce n’est pas vraiment d’une grande originalité dans l’univers de Doctor Who : la Matrice des time lords dans la série classique, le « paradis » de Missy dans Dark Water, les consciences téléchargées dans Silence in the librairy/Forest of the dead ou le confession dial du Docteur dans Heaven sent utilisent tous plus ou moins le même principe. De même, le fait de ne pas savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas se retrouve dans Amy’s choice et Last christmas : le «test of shadow » ressemble d’ailleurs beaucoup à la méthode de comparaison des différents manuels des personnages dans Last Christmas.

Cela a sans doute prodigieusement dû agacer ceux que le recyclage assumé et visible d’idées et l’utilisation du « reset button » en fin d’épisode insupportent. Il faut dire que c’est bien pratique comme concept : tout illogisme, plot hole, maladresse ou même facilité scénaristique (comme le fait que le TARDIS perde soudain tout pouvoir de traduction quand il s’agit de faire un gag avec un pape qui s’énerve et panique en Italien^^) peut être excusée par la carte « bug de la matrice ». Ladite carte est un peu facile d’ailleurs puisque à côté de ça l’univers créé par les monstres est parfaitement identique au nôtre mais bon, on ne regarde pas Doctor Who dans l’espoir d’avoir un scénario sans faille.^^ J’espère d’ailleurs que le fait que Bill, étudiante émérite en physique, ne sache pas ce qu’est le CERN est également un de ces bugs parce que sinon je m’inquiète fort pour l’état de l’enseignement supérieur au royaume uni.

Cette sensation de déjà vu dans le scénario ne m’a personnellement pas dérangée plus que ça mais c’est sans doute dû au fait que Moffat est toujours le premier à assumer ses emprunts et que mon côté prof me pousse à estimer que faute avouée est à moitié pardonnée. Ainsi, il fait sous-entendre par Nardole que cette idée de scénario est un cliché de la science-fiction lorsque ce dernier évoque l’holodeck de Star Trek comme point de comparaison. De même, j’ai pris l’insistance du cardinal à proposer au Docteur une confession quand bien même cela prendrait énormément de temps comme une référence voilée au confession dial de Heaven sent dans lequel le Docteur passe effectivement un sacré bout de temps, ce qui indiquait donc dès le début la chute de l’épisode. Ou alors j’extrapole et c’est juste une coïncidence mais je me suis vraiment fait cette réflexion au premier visionnage même si je se suis pas allée jusqu’ à la conclusion logique que Moffat allait réutiliser l’idée de « faux » monde.

Dans tous les cas, on ne peut pas reprocher à Moffat de ne nous avoir donné aucune chance de découvrir la vérité par nous-même. On voit distinctement le Docteur recevoir un fichier via ses lunette, puis l’image se brouille et on entend un grésillement distinct au moment où le générique se lance : nous avions toutes les clefs en main pour comprendre que la suite de l’épisode était en fait la lecture dudit fichier. De plus, Moffat fait également dire au Docteur de manière insistante que non, ce n’est pas normal que le pape se déplace lui-même pour le recruter (et effectivement, son déplacement ne sert à rien sinon à l’effet comique puisque le Docteur aurait largement était assez alléché par le mystère du livre tueur) : lorsque la série insiste sur un illogisme, ce n’est en général pas pour rien.

Pour revenir au scénario, le Docteur est donc appelé en urgence pour résoudre le mystère d’un livre si terrible que tous ceux qui le lisent décident de mourir (un peu comme les copies de brevet blanc que je mentionnais tout à l‘heure donc). Pas de bol tout de même : première fois qu’il est aveugle en 2000 ans et on le supplie juste cette fois-ci de lire un texte. Je trouve en tout cas l’idée intéressante, d’autant plus que l’épisode prend soin de nous montrer des victimes variées, ce qui entretient le mystère. « Particle physicists and priests. What could scare them both? »

Bon, par contre, je suis un peu dubitative sur cette réaction unanime dans ce qui censé être une simulation parfaite de notre réalité : c’est déjà rare quel que soit le contexte mais surtout avec des personnes aussi différentes et une issue aussi fatale. Après tout, ces gens se sentent réels même s’ils savent ne pas l’être. Pas un seul n’a plutôt décidé de faire n’importe quoi et de réaliser tous ses fantasmes même les plus WTF ? Parce que je n’ai bien sûr jamais subi une révélation de ce type mais je pense que je partirais plutôt vers cette solution.

De même, pourquoi seul le prêtre partage-t-il l‘information et pourquoi seulement au CERN ? Pourquoi le CERN ne fait-il pas de même avec le reste de la population ? Puisque tous ces braves gens ont appris qu’ils faisaient partie d’une simulation dont le but est néfaste pour l’humanité, la moindre des choses serait au moins de faire « rater » ladite simulation un maximum, soit comme je le disais en agissant de manière totalement random tout en se faisant plaisir soit (et ce n’est d’ailleurs pas exclusif) en prévenant le plus de monde possible pour que les ennemis soient privés de données fiables.

D’ailleurs, il est assez incroyable vu la taille de cette simulation que personne ne se soit rendu compte du fait qu’il est impossible de faire/dire quelque chose totalement au hasard : concrètement, les premiers à tenter une partie de papier-caillou-ciseaux auraient dû se poser des questions. Bref, l’idée est très sympa mais pas dénuée de failles : c’est donc bien du Doctor Who!

Bon, je râle mais j’ai trouvé plein de détails très intéressants dans cette intrigue. Le design des monstres est sympa même s’il rappelle d’autres créations Moffatesques (on dirait un peu un croisement entre un silent et un headless monk mais je refuse d'imaginer comment cela aurait pu avoir lieu^^). J’ai aussi apprécié la fausse piste du CERN qui nous laisse penser que le large hadron collider est lié à l’intrigue ou le fait que même la simulation trouve trop incroyable ou terrible de proposer Trump comme président des USA. J’ai aussi beaucoup aimé le sous-entendu très sombre lorsque Twelve dit à Bill dans le bureau ovale, qu’il a lui aussi fait le « test of shadows » : sachant qu’il est allé directement de la bibliothèque au bureau ovale (on le voit aux traces de sang) et vu qu’il est seul avec le cadavre du président, il semble clair que c’est avec lui qu’il a fait le test… et qu’il l’a ensuite laissé se suicider.

J’ai apprécié aussi que ce qui semblait être de grosses facilités scénaristiques voire des illogismes s’explique en fait par la révélation finale. Ainsi le fait que les méchants aient la discrétion d’un éléphant bourré quand ils débarquent quelque part, qu’ils poursuivent le Docteur avec autant de célérité qu’un zombie boiteux et qu’ils laissent traîner le Veritas dans leur simulation prend tout son sens lorsqu’on réalise que cela fait partie de leurs tests afin de repérer les « smart ones ».

Bon, cela n’explique pas le manque de réactivité assez affligeant du boss de fin de niveau qui laisse le Docteur envoyer toutes les données à son moi réel mais de ce coté là je soupçonne une bonne dose d’hubris (de la part du Docteur aussi d’ailleurs, rien ne l‘ empêchait de dévoiler son plan APRES s’être envoyé le mail). L’échange entre le monstre et Twelve lorsque ce dernier réalise qu’il n’est pas le cardinal semble d’ailleurs confirmer ce trait de caractère des méchants de la semaine :
-If you don't want me to read it, you could have stopped me any time you wanted. Why the play acting? This is not a game.
-This is a game.

Outre bien sûr le clin d’œil à la révélation finale, il semble clair que les monstres sont certains d’avoir déjà gagné et jouent avec leur proie même s’ils en profitent en même temps pour analyser ses réactions. Il n’est pas difficile de deviner que cette trop forte confiance en leurs capacités se paiera probablement la semaine prochaine : l’hubris est décidément le défaut traditionnel des ennemis et des héros de cette série.

J’ai également trouvé fort intéressant la réaction du Docteur au fait qu’il soit aveugle. Il refuse de le dire à Bill, ce que Nardole prend comme un refus d’admettre la réalité de sa situation et de réellement s’en occuper mais je pense que cela va beaucoup plus loin que ça. Il suffit de voir les risques incroyables qu’il prend juste pour gagner quelques minutes de vision, sachant en plus que son but est de lire un livre qui risque de le tuer : « Maybe all my future regenerations will be blind. Maybe I won't regenerate ever again. Maybe I'll drop dead in 20 minutes. » Nardole disait à Bill dans Oxygen que le Docteur « really doesn’t like help » mais c’est surtout je pense le fait d’être dépendant qui le terrifie au point de tout risquer pour une raison aussi stupide. Je n’ai pas le cerveau d’un time lord et il m’a fallu une minute pour trouver l’idée qu’il met 40 minutes à nous pondre : utiliser un appareil permettant d’entendre ce qui est écrit (bon, après, j'écoute peut-être plus d'audiobooks que lui mais un personnage de la BBC n'a aucune excuse pour ne pas connaître big finish^^). Fort heureusement pour lui, sa suicidaire décision d’utiliser l’artefact pour regagner ponctuellement la vue ne devrait pas porter à conséquence vu que seul son avatar de la simulation a eu à la prendre. Espérons que Bill et Nardole-et peut-être Missy-parviennent à empêcher Twelve d’aller jusqu’à de telles extrémités dans le prochain épisode.


III. Moffat, le retour

J’ai évoqué plusieurs fois le fait que cette saison est plus proche de celles de l’ère RTD que du travail habituel de Moffat. Peu de timey wimey, une compagne « normale », pas de danger à échelle mondiale/galactique, des épisodes en bonne partie stand alone et seulement liés par le mystère du coffre et de son contenu… Moffat aura donc tenu une demi-saison avant de refaire du Moffat. Ce ne sont pas tant ses grands thèmes qu’il retrouve ici (l’épisode est relativement linéaire) mais ses joujoux favoris (coucou Missy^^), certains de ses tics d’écritures et, surtout, son type d’humour.

Je ne sais pas si Moffat est croyant mais il éprouve en tout cas une fascination visible pour la religion chrétienne et son évolution possible : prêtres soldats dans Time of the angels, couple de prêtres gays et moines sans tête dans A good man goes to war, église de l’espace dirigée par une femme et où la nudité est exigée dans Time of the Doctor… Dans cet épisode, il décide de jouer avec le catholicisme et nous apprend donc que le Pape Benedict IX était une femme avec laquelle le Docteur a « dansé » (je parie que cette histoire ne s’est pas déroulée avec Twelve, c’est du Ten tout craché de séduire une figure historique politique).

Surtout, il nous offre une scène qui est immédiatement rentrée dans mon top 10 de mes plus beaux fou rires devant Doctor Who, celle où le pape sort de la chambre de Bill tout bouleversé et grommelant alors que cette dernière venait de dire à la demoiselle qu’elle draguait que leurs sentiments n’avaient rien de honteux. En y réflechissant, cette fascination de Moffat pour la religion n’est pas si surprenante : lorsque le cardinal demande au Docteur et ses compagnons d’être attentif dans la bibliothèque car “The layout is designed to confuse the uninitiated”, le Docteur répond sarcastiquement «Bit «like religion really. » mais la définition pourrait tout aussi bien coller aux scénarios habituels de Moffat.^^

Moffat joue aussi beaucoup sur un ressort comique qui lui est cher : la destruction du 4eme mur. Ainsi, comme souvent, les personnages comparent leur situation à celles de personnages de fiction et plus précision de science-fiction. Nardole évoque par exemple Grand theft Auto et l’holodeck de Star Trek pour faire comprendre à Bill ce qui leur arrive. Quant-au Docteur, le fait qu’il soit aveugle mais doté de lunettes lui permettant d’obtenir des données compensant ce handicap fait quand même fort penser au personnage de Geordi dans Star Trek the next generation. Enfin et surtout, Extremis nous montre carrément le Docteur lançant en même temps que nous l’épisode qu’il a téléchargé (bon, il a raté la scène pré-générique mais vu que c’est son propre flash back il n’en avait pas besoin^^). Vu que pendant toute la saison 8 nous avions pu observer Missy regardant les épisodes sur sa tablette, j’imagine que cette dernière a fini par lui parler de l’iplayer.^^

Le fait que les personnages finissent tous par se rendre compte qu’ils ne sont pas réels est bien sûr également un grand classique des jeux sur le 4eme mur. Ce n’est d’ailleurs pas que dans la simulation que ces derniers semblent avoir des doutes sur la réalité : ainsi, Bill demande au Docteur de la laisser tranquille lorsqu’elle a un rancart et de ne certainement pas amener le pape dans sa chambre « when that rare and special thing happens in my real life ». Il semble donc qu’elle estime que ses aventures avec le Docteur ne sont pas réelles ou du moins pas au même niveau que sa vie de tous les jours.

Après avoir convaincu ses personnages qu’ils ne sont pas réels, ce troll de Moffat décide en contrepartie de convaincre son public que les personnages fictifs sont un peu vivants. Puisque nos héros ont réalisé qu’ils faisaient partie d’une simulation mais ont continué néanmoins à se sentir réels, le Docteur en tire la conclusion logique et affirme à Bill « Those pretend people you shoot at in computer games. Now you know. They think they're real. They feel it. We feel it. » Je me demande s’il s’est inspiré du 1er tome de la sage des Johnny Maxwell de Terry Pratchett, qui traite du même sujet. En tout cas, avec mes plus de 350 heures de jeu sur Fallout 4 et Skyrim, je pense que je ne suis plus très loin du niveau du Docteur en ce qui concerne les génocides.

Enfin, on retrouve ici un des grands dadas de Moffat : le fait de définir ou redéfinir le Docteur, en général dans une grande tirade épique. Pour être honnête, RTD le faisait aussi avec Ten mais c’est tout de même une chose que Moffat apprécie beaucoup.

La première définition nous est donc offerte de manière posthume par River et colle en effet parfaitement au personnage, en particulier d’ailleurs à celui de Twelve, plus sobre et discret sur ses actions que ses deux prédécesseurs parfois un tantinet m’a-tu-vu : « Only in darkness are we revealed. Goodness is not goodness that seeks advantage. Good is good in the final hour, in the deepest pit without hope, without witness, without reward. Virtue is only virtue in extremis. This is what he believes !» Moffat ayant toujours apprécié les jeux de miroir entre le Docteur et sa meilleure ennemie, Missy reprend à son compte une partie de cette définition non pas concernant la vertu, dont elle se moque éperdument, mais pour la seule valeur qui lui tienne à cœur, son amitié pour le Docteur.

La deuxième définition, plus sobre, est donnée par Twelve lui-même au méchant de la semaine : « Oh, you don't have to be real to be the Doctor. Long as you never give up. Long as you always trick the bad guys into their own traps. » On peut toujours compter sur le Docteur pour assumer son côté fictionnel et ne pas laisser cet insignifiant détail l’empêcher de jouer son rôle.^^ Plus sérieusement, cette définition simple et très souple colle là encore particulièrement bien à cette incarnation du Docteur qui a après tout petit à petit laissé sa compagne précédente se doctoriser. Elle est aussi un très chouette message aux fans, en particulier au jeune public : n’importe lequel d’entre vous peut être le Docteur. Voilà au moins un cosplay qui ne coûtera pas cher.


Pour conclure, je dirais qu’il s’agit d’un bon épisode plein de promesse mais que trop de questions restent en suspens pour que je puisse l’évaluer correctement. J’attends en tout cas avec impatience de savoir si Missy (si c’est bien elle dans le coffre, j’ai toujours espoir qu’il y ait retournement de situation^^) se souviendra assez longtemps de sa touchante déclaration d’amitié pour apporter une aide efficace au Docteur avant de le trahir (cette fin me semble assez inéluctable au vu de leur relation).

Je suis également curieuse de voir ce que les monstres ont appris de concret grâce à leur simulation, en particulier concernant le Docteur puisque de leur propre aveu (« We have killed you many times ») ils l’ont très sérieusement étudié et semblent très confiants sur leurs chances de succès dans leur affrontement futur.

Je conclurai sur cette citation du Docteur dont j’admire profondément la concision lorsqu’il s’agit de formuler une review littéraire et duquel je devrais m’inspirer quand je croule sous les copies : « Moby Dick : Honestly, shut up, and get to the whale! »
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 31 Mai 2017, 18:53

The Pyramid at the end of the world
-What is that thing?
-It's Nardole... he's not my fault.


Je dois tout de suite admettre que je n’ai pas forcément regardé l’épisode dans des conditions optimales puisque je rentrais d’une soirée passablement alcoolisée. Néanmoins, à la fin de la diffusion, j’ai eu l’impression assez désagréable d’avoir regardé un interlude de 45minutes. Je l’ai revu le lendemain, reposée et sobre, et je l’ai déjà beaucoup plus apprécié ; il est indéniable qu’il y a de nombreux points intéressants et des répliques très drôles. J’ai cependant également pu relever plus précisément ce qui m’avait gêné dans l’épisode et m’avait donné cette impression de remplissage. N’ayant pas envie de me casser la tête pour mon plan, je vais donc commencer par ce qui m’a gêné avant de m’étendre sur ce qui m’a plu puis je finirai sur l’élément qui a le potentiel d’être une excellente trouvaille ou un gigantesque pétard mouillé selon ce qu’en fera le prochain épisode : les Moines.


I Stupid, stupid, stupid Doctor : le coup de mou de milieu de trilogie

C’est un classique, dans les œuvres télévisuelles comme dans les romans : une partie du deuxième opus a tendance à subir une baisse de rythme/ quelques accumulations de facilités scénaristiques. Ce premier point m’a particulièrement gêné puisque ma capacité d’attention est quasi inexistante et que la moindre longueur risque de me faire complètement sortir d’un épisode. Or, 80% de The Pyramid at the end of the world consiste à nous montrer des braves gens regarder une horloge en se disputant et en tentant deux-trois actions qui échouent toutes.

Bien sûr, le but est de faire monter la tension grâce à la technique bien connue du compte à rebours mais cela n’a pas bien fonctionné sur moi à cause d’un choix scénaristique : le fait d’alterner à l’intrigue principale les moments dans le laboratoire. Je peux comprendre ce choix : alterner des scènes de tension où les héros recherchent une menace mystérieuse avec des moments faussement « normaux » qui sont le prélude audit danger offre un parallèle assez intéressant mais il m’a en revanche complètement empêché de rentrer dans l’histoire et de sentir l’angoisse des personnages. Tant pis pour moi et tant mieux pour ceux d’entre vous qui n’ont pas la capacité de concentration d’un papillon sous ecstasy.

Autre gros problème de l’épisode, l faut vraiment avoir une suspension of disbelief en acier trempé pour passer outre les innombrables aberrations. Je sais qu’il est écrit en partie par celui qui, il y a deux ans, avait tenté de nous faire admettre que la lune était un œuf et je parviens parfois parfaitement à regarder ailleurs durant les failles scénaristiques de la série mais le fait que le rythme m’ait un peu rebuté m’a empêché d’être aussi bienveillante que d’habitude sur ce point.

Par exemple, je compatis avec le scientifique redshirt pour son lendemain de cuite difficile mais il a néanmoins clairement le niveau pour obtenir le prochain Darwin award pour personnage de fiction. Passe encore qu’il se soit trompé dans la virgule lors du mélange, il était passablement aviné et j’aurais personnellement été capable de faire cette erreur parfaitement sobre ; en revanche, en moins d’une minute et alors qu’une réaction biochimique impressionnante a eu lieu (toutes les plantes sont mortes en quelques secondes) il oublie de remettre son casque, prend un échantillon contaminé et laisse la porte du labo ouverte. Au point où il en était, je m’attendais presque à ce qu’il décide de se faire un bain de boue avec la terre contaminée.

Quant-à Erika, je la trouve elle aussi bien peu attentive pour ne pas avoir remarqué une seule des erreurs flagrantes de son collègue. Cela dit, l’inconscience criminelle est peut être un prérequis pour travailler là-bas parce que le fait d’avoir un système d’aération qui envoie automatiquement à l’extérieur l’air d’un labo consacré à des recherches sur des bactéries, système que l’on ne peut de plus pas stopper manuellement en cas de danger, me semble complètement con. Après, je suis une littéraire bornée, peut-être qu’un aspect technique m’échappe.

Autre grosse facilité scénaristique, les lunettes du Docteur. Nous avons donc cette semaine une version clairement améliorée qui dessine parfaitement les contours des objets (mais pas des êtres vivants parce que…ta gueule, c’est magique), précise le sexe, la taille, la masse et les battements de cœur des humains mais… ne fait pas scanner/audiobook alors même que lors du précédent épisode le Docteur avait été gravement handicapé par le fait de ne pas pouvoir lire. Plein d’options superflues mais pas l’essentiel et fort peu de compatibilité : je soupçonne ces lunettes d’être un produit Apple.^^ De plus, alors qu’à mon retour de soirée j’étais dans le même état d’alcoolémie avancée que le scientifique, j’avais néanmoins remarqué que le Docteur n’avait qu’à envoyer une vidéo/photo du cadenas à Bill pour que celle-ci lui dise où appuyer (l’épisode précédent nous montre que ces lunettes peuvent envoyer des données et enregistrer).

Mais les facilités scénaristiques ne s’arrêtent pas là. Le futur potentiel est censé nous montrer un monde où TOUTE vie a cessé d’exister mais on y voit plein d’arbres alors même qu’on sait que le virus touche les plantes (c’était si tentant de représenter les tempêtes avec des arbres penchés^^).Trump est officiellement président à ce moment du whonivers (je doute que Bill parle d’un autre président orange) mais la simulation de la semaine précédente nous montrait un brun (ne nous fâchons pas avec le public américain en leur montrant le cadavre de leur président^^). Tous les plus haut gradés terriens cèdent devant une menace qui pourrait n’être qu’un gigantesque coup de bluff puisqu’après tout rien n’indique que le danger est réel (les moines n’indiquent rien, ils se contentent de faire avancer les horloges).

Le Docteur décide que la menace est biochimique parce qu’il « aime cette idée » mais n’a absolument aucune raison de penser à ça plutôt qu’à -je ne sais pas- un hiver nucléaire dû à l’explosion d’une centrale par exemple. Le chef des armées US estime que le Docteur n’a pas à décider pour une planète qui n’est pas la sienne…alors que c’est cette situation unique d’outsider aux bonnes intentions et pouvoirs manifestes qui fait qu’il a été nommé (sans son accord d’ailleurs) président de la Terre, titre que tous ces brillants haut gradés ignorent avec superbe d’un commun accord (même le secrétaire de l’ONU, pourtant sans doute moins va-t’en guerre que les chefs militaires).

Enfin, il y a le problème du TARDIS. Le handicap principal du Docteur cette semaine (outre ses yeux bien sûr) est son manque de temps qui l’empêche, Doomsday clock oblige, de désamorcer la menace avant que les militaires ne décident de se rendre. Or, je me permets de rappeler qu’il dispose d’une machine à remonter dans le temps et que RIEN ne montre que les moines, eux, ont un quelconque pouvoir sur ce point (ils ne peuvent voir que des futurs potentiels, pas agir sur la temporalité réelle). Rien n’empêchait le Docteur de faire sa petite enquête hors temps puis de revenir se poser une seconde plus tard. C’est d’ailleurs pour ça que normalement, à chaque épisode dans lequel une situation d’urgence pourrait se régler grâce au pouvoir du voyage temporel, le TARDIS est malheureusement inutilisable/bloqué ailleurs/séparé des héros. Les scénaristes ont juste « oublié » de faire de même cette semaine (ils ont surtout bien eu besoin de l’aspect spatial du vaisseau pour emmener le Docteur dans le laboratoire). Seule, cette facilité serait passée : l’accumulation rend le tout franchement bancal.

Je n’ajouterai pas à cette accumulation d’énormités le fait que le Docteur ait bien stérilisé le labo à coup de flamme mais que le virus soit clairement dans le TARDIS vu qu’il est probable que l’épisode suivant en parle ; j’ai néanmoins trouvé que les scénaristes exagéraient un peu sur la quantité d’illogismes, même pour du Doctor Who. Cela aurait sans doute pu passer si le rythme particulier de l’épisode n’avait pas déjà contribué à me faire sortir de l’intrigue et j’ai effectivement été nettement plus bienveillante au deuxième visionnage, lorsque j’ai pu me focaliser sur les points forts.

II. Adorable, hugely intelligent, but still approachable Doctor

J’ai tout d’abord apprécié le fait que l’épisode soit correctement inscrit dans la continuité de la série. Ainsi, ce que je soupçonnais dans une de mes reviews s’est révélé exact (comme quoi les miracles arrivent) et les amours malheureuses de Bill sont effectivement un running gag, chaque interruption de rencart s’avérant plus absurde que la précédente. D’ailleurs, pour la prochaine, je parie sur la reine d’Angleterre et ses corgis : je crois qu’il ne manque plus que ça. On retrouve également une référence à The Pilot lorsque le Docteur demande comment le TARDIS a pu être mis dans l’avion alors que les fenêtres de son bureau ne sont pas assez grandes et que le militaire répond, gêné, « Well, they are now » (Twelve avait tenté de faire croire à Bill que c’est ainsi qu’il avait pu y rentrer le TARDIS). Enfin, le Docteur retourne au Turmezistan, pays imaginaire qui accueillait la base des Zygons en saison précédente. Bien sûr, l’un des co-scénaristes de The Pyramida at the end of the world étant celui du double épisode des Zygons et le second étant le showrunner de la série et scénariste de The Pilot, il n’est pas difficile d’obtenir une continuité correcte : c’est cependant toujours appréciable.

J’ai également beaucoup aimé certains choix de réalisation et de montage cette semaine. Le « previously » dans lequel s’intègre des scénettes du rencart de Bill par exemple est pour moi une excellente idée : il permet de donner un intérêt à ce résumé qui est bien sûr une obligation dans une 2eme partie mais a toujours un peu tendance à m’agacer vu que j’ai une assez bonne mémoire pour me souvenir de ce qui s’est passé il y a juste une semaine dans ma série favorite et que je déteste les redites. De même, les flash back en parallèle des deux scientifiques avec les lunettes et la bouteille qui explosent en écho est joliment réalisé.

Du point de vue du scénario, je suis ravie que l’on n’ait pas essayé trop longtemps de nous rejouer la carte de l’apocalypse possible causée par la tension militaire entre différentes puissantes ; non seulement parce que le thème a déjà été mainte fois traité dans Doctor who mais, franchement, parce qu’il est un peu trop d’actualité et que si j’aime que ma science-fiction ne soit pas déconnectée totalement du monde réel j’aime aussi qu’elle me permette de m’évader du quotidien. J’ai aussi beaucoup aimé la ruse du Docteur pour obliger les moines à eux même désigner le laboratoire qu’ils surveillent en les forçant à rallumer la caméra. C’est bien trouvé et les éléments étaient sous nos yeux depuis les premières minutes (j’avoue que je pensais que les nombreux gros plans sur les caméras du labo indiquaient que le Docteur les piraterait via ses lunettes).

J’ai aussi apprécié la « surprise » du côté très va-t’en guerre du Docteur cette semaine, qui intrigue tant Nardole et Bill mais en réalité s’explique complètement : le Docteur est diminué et ne peut pas compter uniquement sur lui-même, il doit donc plus se reposer sur les sbires armés qu’il aurait eu d’habitude tendance à mépriser. Mais, surtout, il affronte un ennemi qui le connait par cœur grâce à la machine à simulation : réagir hors-caractère est donc en fait une stratégie tout à fait valable.

C’est d’ailleurs surtout ce qui tourne autour d Docteur qui m’a le plus plu cette semaine. On sait depuis fort longtemps que le Docteur en général déteste l’idée d’être un tant soit peu « faible » (on se souvient des « I’m always ok » si peu crédibles de Ten par exemple) et Nardole lui-même nous rappelait dans Oxygen combien le Docteur détestait avoir besoin d’aide. Il est donc assez logique qu’il se refuse à admettre à Bill qu’il est devenu aveugle : non seulement il a peur de perdre son statut d’être « supérieur » (à la fois en tant que race avancée et en tant que mentor) mais il est probable qu’il n’ait pas envie de lui faire de la peine vu que c’est après tout en la sauvant qu’il a perdu la vue et qu’elle aurait forcément des remords.

De même, le Docteur n’est pas allé jusqu’au bout de son explication sur la régénération dans Knock Knock : il n’a d’ailleurs jamais prévenu une compagne en avance sur ce point, sans doute parce qu’il tente malgré tout de ne pas paraitre trop alien auprès d’elle et que l’immortalité, même relative, est clairement le point qui rend son espèce complètement « inhumaine » (dans tous les sens du terme d’ailleurs, l’aspect très sombre du Docteur vient en grande partie de son âge et de ses expériences). Bill ne sait donc pas qu’il est quasiment immortel. Conclusion logique de ces deux dissimulations du Docteur, ce dernier n’a pas demandé d’aide à Erika qui aurait parfaitement pu le sauver en l’accompagnant pour poser la bombe et Bill ne peut pas prendre une décision éclairée et choisit de le sauver au détriment de la planète alors qu’il aurait simplement régénéré.

Les conséquences très lourdes que le prochain épisode ne manquera pas de nous exposer sont donc en grande partie de la faute du Docteur malgré ses excellentes intentions ; cela est dû à des traits de caractères qui ne viennent pas de nulle part mais font partie de la caractérisation de base du personnage du Docteur : j’aime beaucoup ! Ce n’est bien sûr pas la première fois que l’hubris du Docteur est cause de tragédie (Waters of Mars, A good man goes to war…) mais la nouveauté vient du fait que la manifestation de l’hubris qui cause la catastrophe n’est pas aussi gigantesque et grandiloquente que lors des précédentes occurrences (le time lord victorious de water of Mars ou le général capable de lever une armée galactique en peu de temps dans A good man goes to war) : ici, il s’agit d’une hubris paradoxalement à taille humaine : l’incapacité du Docteur à admettre qu’il est diminué et qu’il ne peut pas assumer à ce moment précis les énormes responsabilités qu’on lui impose, ou du moins pas sans aide.

Quoi d’autre ? Pêle-mêle, j’ai apprécié le titre de l’épisode qui joue sur l’ambiguïté de l’expression « at the end of the world », qui peut être à la fois un lieu (le bout du monde) et un temps (la fin du monde) : c’est tout à fait représentatif de la série. J’ai souri lorsque l’épisode donne un bon coup au 4eme mur en faisant dire au Docteur, sous couvert de se moquer des Moines, « bye-bye, see you again next week ». Enfin, même si je n’ai rien contre Nardole, j’avoue avoir souri au fait que ce dernier, qui ne cesse de montrer son mépris pour les Humains depuis le début de la saison, apprenne au moment le plus critique avoir des poumons de cette espèce parce que le docteur voulait faire des économies.

Pour ce qui est des éléments plus contextuels, j’ai bien aimé qu’en cette période troublée où les fuites d’informations et lanceurs d’alertes posent tant de problèmes aux différents gouvernements, le Docteur, à ce moment précis le plus haut gradé de la planète, n’hésite pas une seconde à mettre sur Google l’intégralité des données secrètes des trois plus grandes puissances mondiales. Le Docteur a réussi la où la CIA a échoué : il vient de couler wikileaks.^^

Enfin, j’ai trouvé toute la discussion autour du « consent » très intéressante. Les affaires choquantes où certains violeurs ressortent libre parce qu’un juge estime qu’une personne ivre/endormie/qui ne s’est pas défendue par peur ne peut pas être une « vraie » victime abondent hélas et il me semble évident que la définition très restrictive que les Moines donnent au mot consentement fait référence à ces tristes affaires. Non, la peur n’est pas un consentement et le choix stratégique devant une menace immédiate non plus.

S’il semble au premier abord peu élégant de la part des Moines de détruire sans sommation ceux qui tentent de modifier la définition de ce terme pour arriver à leurs fins, si on reste dans la métaphore filée et que l’on associe ces derniers à ceux qui ont plaidé l’ignorance des règles du consentement, ce qui arrive est soudain certes répréhensible mais beaucoup moins choquant. J’ai tendance à penser que j’extrapole et que je prête des intentions aux auteurs lorsque je pars dans ce genre de considérations mais le coscénariste a écrit Kill The Moon, métaphore assez visible du débat sur l’avortement : je doute qu’il s’agisse d’une coïncidence.

III. La guerre des dieux
Je passe désormais à un élément de l’intrigue pour lequel j’ai beaucoup d’espoir mais également pas mal d’appréhension : les Moines et leur future confrontation avec le Docteur.

Je n’avais pas grand-chose à dire la semaine dernière sur les nouveaux méchants à part que leur design était plutôt sympathique bien que faisant légèrement redite avec celui des Silents et des Whisper Men (je persiste à penser que Moffat a été violemment choqué par l’épisode avec les Gentlemen de Buffy et qu’il nous projette son traumatisme depuis des années^^). Je dois dire que je n’en attendais pas grand-chose cette semaine du point de vue de la caractérisation vu que Extremis nous les présentait comme une énième race alien cherchant à conquérir la terre par la ruse et que rien n’indiquait dans les trailers que nous en saurions beaucoup plus que cela. Je suis donc très agréablement surprise sur ce point.

Tout d’abord, j’apprécie beaucoup l’équilibre entre leurs pouvoirs et leurs actes. Objectivement, il semblerait que ce soit une des races envahisseuses les plus puissantes que nous ayons eu depuis bien longtemps : ils peuvent faire apparaitre du jour au lendemain une pyramide géante dans une zone à forte tension militaire sans que personne ne les voie arriver, sont capables de « cueillir » un sous-marin sans aucun doute situé à plusieurs centaines de kilomètres, savent se téléporter, peuvent tuer par simple contact, « sentir » les émotions de leur victime, changer l’heure de toutes les horloges du monde même non connectées (on voit à un moment une banale horloge murale à piles), rendre la vue au Docteur à distance… et n’utilisent la force que de manière très modérée.

En effet, leur plan repose uniquement sur les données qu’ils ont accumulé grâce à leur simulation. Ils ne les utilisent même pas, comme je le pensais la semaine dernière, pour mener une attaque frontale plus efficiente mais simplement pour utiliser l’effet papillon de quelques incidents banals et laisser l’humanité se mettre toute seule en danger d’extinction. Le reste de leur plan n’est qu’un monumental coup de bluff durant lequel ils utilisent tout ce qu’ils ont appris sur notre race pour obtenir le maximum d’effet : ils prennent l’apparence de cadavres en décomposition pour nous rappeler notre mortalité (« you are corpses to us »), utilisent l’idée de la doomsday clock pour enclencher un compte à rebours anxiogène, montrent un futur potentiel via leur machine à simulation à quelques personnes clés… puis attendent patiemment que l’humanité leur donne les clés de la planète.

« To rule through fear is inefficient » disent les Moines pour justifier le fait qu’ils n’utilisent pas leur indéniable supériorité technologique pour conquérir la terre. Bien sûr, l’excuse est très faiblarde et personne n’est d’ailleurs dupe. Pour gouverner, être aimé est évidemment préférable sur le long terme qu’être craint mais cet amour doit toucher la population dans son ensemble, ou du moins dans son immense majorité. Que la personne au pouvoir doive absolument éprouver ce sentiment précis au moment de sa reddition est éminemment louche et les Moines finissent d’ailleurs par admettre que cette condition est nécessaire pour que le « lien » se forme. Il semble donc assez clair que la technologie des Moines leur permet de projeter sur l’ensemble de la population le sentiment même temporaire d’une personne pour peu que cette dernière représente un pouvoir.

Il semble également assez évident que les Moines utilisent la religion et le pouvoir de la foi pour tisser ce fameux lien psychique. Leur nom est bien sûr à consonance religieuse de même que leurs habits, ils utilisent le symbole fort de la pyramide qui représente à la fois les religions antiques, l’idée de résurrection et la sainte trinité (que ceux d’entre vous qui ont mentalement ajouté « et les Illuminatis ! » se dénoncent !^^). Surtout, on retrouve un rapport à l’amour assez typique des religions, « aimez-moi ou gare aux conséquences » étant le message divin par excellence. Je trouve cette idée très intéressante et même d’ailleurs assez osée, la série prenant en général beaucoup de pincettes lorsqu’elle traite d’un sujet aussi complexe et potentiellement explosif que la religion.

L’idée est d’autant plus intéressante que le Docteur lui-même ne manque pas d’attributs divins, ce que l’épisode prend soin de rappeler. Sa réponse au « Oh my god ! » de Erika, "No. I'm the Doctor, its an easy mistake to make, it’s the eyebrows", est bien sûr sarcastique mais n’est néanmoins pas fausse en soi. Le Docteur a des pouvoirs que les humains attribuent en général aux dieux : il maîtrise (enfin, plus ou moins selon les incarnations^^) l’espace-temps, possède une certaine forme d’immortalité, connait les humains mieux qu’eux-même et les sauve régulièrement. La série a d’ailleurs bien souvent surfé sur ce concept, l’exemple le plus évident étant dans le final de la saison 3 lorsque la foi cumulée de l’humanité régénère le Docteur et lui permet de nous sauver. De même, l’épisode à Pompéi se concluait sur une représentation du Docteur désormais vénéré comme un dieu par une famille romaine, ledit épisode étant justement le premier avec Peter Capaldi.

Bien sûr, la grande différence entre les Moines et le Docteur est que ce dernier n’a jamais essayé de se faire passer pour un Dieu (même si le Time Lord victorious frôlait le concept). Plus encore, il se montre ici le fervent défenseur du libre arbitre, première victime d’une foi aveugle. « Invite them in, and it will bethe last free action you take » prévient-il sans succès. Mais malgré ses bonnes intentions, le Docteur semble bien souvent se prendre les pieds dans sa propre légende, je l’évoquais précédemment lorsque je parlais de son hubris. Ainsi, lorsque les Moines annoncent que sans eux la Terre est condamnée, il leur répond avec suffisance « Well, it's been doomed before. Guess what happened? Me! » Bien sûr, cette hubris du personnage est bien souvent suivie d’un brutal retour à la réalité pour ce dernier et c’est d’ailleurs le cas ici.

Ce n’est d’ailleurs à mon avis pas un hasard si son « châtiment » prend cette forme particulière : le Docteur est ici « condamné » pour son hubris à mourir confiné dans un endroit exigu à cause d’une menace liée à la science et avec un unique témoin de son agonie : or, ce sont exactement les circonstances de la mort de Ten, le Docteur à l’hubris le plus démesuré, dans The End of time part 2. Bien sûr, Twelve survit à ce sort mais à quel prix ? La planète qu’il annonçait fièrement être sous sa protection en début d’épisode est aux mains des Moines et la foi de l’humanité, qu’il commençait déjà à perdre lorsque les chefs militaires ont refusé de lui faire confiance, se tournera visiblement vers eux.

L’épisode de la semaine prochaine semble donc nous proposer une guerre entre un dieu déchu et de fausses idoles qui parasitent l’humanité ; l’idée me plait énormément mais le potentiel de ratage est également assez fort. Il est en effet facile, vu le sujet, de sombrer dans la caricature lourde (le moment messianique de Ten dans le final de la saison 3 m’avait fait me facepalmer violemment entre deux éclats de rire). J’espère donc que la team Moffat saura transformer l’essai. Ma petite théorie pour samedi prochain (il faut bien rire un peu^^) : l’amour de Bill que les Moines ont certainement utilisé pour le fameux lien psychique est après tout fondé sur son amour du Docteur, pas des Moines, et ce dernier parviendra à un moment à pirater le lien grâce à cela.


Pour conclure, The Pyramid at the end of the world gagne à être revu, comporte de nombreux points intéressants et offre d’excellentes pistes pour le prochain épisode mais j’ai eu du mal avec son rythme et ses incohérences et facilités scénaristiques. En fait, et c’est rare que je le dise vu que je me refuse en général à juger les qualités d’une œuvre rétrospectivement, mon appréciation de cet épisode dépendra beaucoup du prochain puisque une très grande partie de son intrigue consiste à poser les bases de The Lie of the land. Rendez-vous donc la semaine prochaine pour découvrir comment le Docteur parviendra en 45 minutes à sauver Nardole, désintoxiquer le TARDIS, récupérer Bill et vaincre les Moines. Les paris sont également ouverts pour ce qui est des chances de survie d’Erika, le taux de mortalité des compagnes potentielles qui croisent la route du Docteur alors que ce dernier est déjà accompagné avoisinant les 90 % (je me demande d’ailleurs si l’un d’elle survit à part Sally Sparrow).
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 05 Juin 2017, 10:34

10x07 The lie of the land

Why have you got a woman locked in a vault ? Because even I think that's weird and I've been attacked by a puddle.

Je disais la semaine dernière qu’une bonne partie de mon ressenti sur l’épisode dépendrait du prochain. Nous y voici donc et la trilogie des monks est désormais terminée. Je m’en doutais un peu samedi dernier mais c’est désormais chose sûre : je ne suis pas convaincue. C’est dommage parce que l’épisode contient de très bons éléments et qu’il ne manquait pas grand-chose pour que ce soit excellent. Puisque je ne veux pas être plus négative que l’épisode ne le mérite, je vais éviter de consacrer une longue partie à ce qui m’a déplu et tenter pour changer un plan chronologique vu que l’épisode a le bon goût de pouvoir se diviser en trois parties bien distinctes.

I. La reconstitution du trio

Je concluais la semaine dernière ma review sur le fait que le scénariste de cette semaine allait avoir du pain sur la planche pour répondre à toutes les questions laissées en suspens en fin d’épisode : comment le Docteur allait-il sauver Nardole ? Comment se débarrasserait-il du virus dans son TARDIS ? Comment Bill parviendrait-elle à échapper aux griffes des moines ? Erika deviendrait-elle une des premières compagnes potentielles à ne pas mourir ? L’épisode démarre donc de manière bien couillue puisque… OSEF ! Nous n’aurons la réponse à aucune question.

Nardole va donc mieux puisque le virus qui, je le rappelle, liquéfie quasi instantanément un homme adulte, l’a juste rendu malade quelques semaines. Je veux bien qu’il ne soit pas intégralement humain mais vu le temps que le Docteur met à rejoindre le TARDIS les poumons de Nardole devaient avoir la consistance d’une soupe à son arrivée et je suppose qu’il en a vaguement besoin, cyborg alien ou pas. Le virus dans la TARDIS a quant-à lui sans doute été évacué par, je suppose, une aération ex machina mais on n’en sait rien puisqu’on ne voit pas du tout notre vaisseau favori cette semaine (là encore sans raison, il aurait été pourtant bien pratique !). Erika, elle, disparaît totalement : je suppose qu'elle a été happée par la même faille qui a aspiré le TARDIS. Quant à Bill, les moines ont la gentillesse de la relâcher sans la surveiller plus que ça. Ils récupèrent en revanche le Docteur on ne sait trop comment : l’ont-ils capturé et ce malgré son TARDIS ? A-t-il fait mine de se rendre pour mieux les attaquer de l’intérieur ? Où était Nardole à ce moment là ? On ne le saura pas.

Je ne cacherais pas que je trouve tout cela un peu agaçant mais nous sommes encore pour l’instant dans les normes acceptables des facilités scénaristiques et même en fait dans un grand classique du genre, le « With one bound, our hero was free » (je mets un petit lien explicatif pour ceux qui ne connaissent pas cette référence http://www.phrases.org.uk/bulletin_board/20/messages/1205.html ). En gros, le scénariste peut profiter de la bienveillance du spectateur en début d’épisode pour se tirer du cliffhanger épineux qu’il avait créé l’épisode précédent en esquivant le problème, voire en l’ignorant totalement. Les fans de la série classique de Doctor Who en ont un excellent exemple avec Dragonfire : le 7eme Docteur finit un épisode suspendu par son parapluie au rebord d’une falaise et clairement sans possibilité de remonter (un cliffhanger au sens propre du terme donc^^), l’épisode suivant nous le montre achevant de se hisser sur la terre ferme sans expliquer par quel miracle il y est parvenu. Doctor Who n’a jamais beaucoup hésité à utiliser cette tricherie avec plus ou moins de discrétion et je suis personnellement assez bon public là-dessus vu qu’il s’agit là d’une facilité très assumée et qui n’intervient qu’en tout début d’épisode.

L’épisode se passe donc de répondre à nos questions et commence par un clip de propagande que j’ai trouvé ma foi fort sympathique : le monk père noël et la monka lisa m’ont fait bien rigoler et le sourire carnassier du Docteur à la fin est parfaitement glaçant alors même qu’on se doute qu’il s’agit d’une ruse. Je me permets tout de même de faire remarquer à l’équipe de production du « Fake news central » que 1) rendre les monks responsables de tous les moments où l’humanité a été sauvée (face aux Daleks, Cybermen…) fait que le Docteur n’est plus qu’un quidam ordinaire pour les humains, son recrutement ne sert donc plus à grand-chose 2) « The image of an angel becomes an angel », ils ont donc transformé toute l’humanité en anges pleureurs en intégrant ces derniers à leur clip, c’est malin !

Nous découvrons ensuite l’univers dystopique des monks avec des clins d’œil parfaitement assumés à 1984 de Orwell (le « Thoughtcrime » devenant ici « history crime »). Il est plutôt bien réalisé mais le passage est hélas un peu trop court pour que je parvienne à réellement ressentir l’oppression. Turn Left prenait beaucoup plus son temps pour cela et était de ce fait je trouve bien plus efficace. Je remarque juste que des milliers de simulations et un parasitage total de l’histoire des arts de l’humanité n’ont clairement pas suffi à apporter la fibre artistique aux monks : je ne sais pas ce qui est le plus hideux entre leurs statues et les espèces d’icônes/ bondieuseries qu’on voit accrochées aux murs. J’admets que le modèle de base n’est pas très ragoûtant mais ils pourraient quand même faire un effort et recruter de vrais artistes.

Je vais passer très vite sur l’arrivée de Nardole vu que je trouve encore une fois qu’il ne sert pas à grand-chose. Bien d’autres moyens auraient pu être utilisés pour amener Bill au Docteur et Nardole ne sert que de comic relief (qui ne fonctionne pas du tout sur moi cette semaine), à offrir un petit rappel des épisodes précédents grâce au « test » de Bill pour s’assurer de son identité et, plus tard, à imiter Spock lorsqu’il maitrise le garde (bon, là j’avoue j’ai ri^^). Son rôle principal ici est donc d’amener Bill sur le bateau… où ils se font contrôler par le seul monk qui était coincé aux chiottes durant les deux épisodes précédents et qui est donc incapable de reconnaître Bill, la compagne de leur plus dangereux ennemi et celle qui a été à l’origine de leur implantation sur Terre. Sachant que l’épisode va plus tard nous dire que les monks sont en fait très peu nombreux, on ne peut même pas se dire qu’il s’agit d’une jeune recrue qui vient d’arriver. Allez, disons que pour les monks on se ressemble tous (quels racistes!).

Promis, j’arrête quelques instants de râler, le temps d’un paragraphe au moins, parce que la confrontation entre le Docteur et Bill est absolument délicieuse. Les deux la jouent très bien (ce dont je ne doutais pas) et le discours de Twelve restera pour moi une de ses plus belles tirades parce qu’elle est en fait étonnamment crédible. Le Docteur a été si souvent déçu par les choix égoïstes des humains et leur incapacité à apprendre de leurs erreurs, il a si souvent dû les sauver parfois malgré eux et parfois en payant un prix très lourd et si souvent réussi uniquement au dernier moment alors que la catastrophe était imminente que le voir céder une fois sous l’influence de forces extérieures ne serait pas si surprenant. Quant-à son attachement au libre-arbitre auquel se raccroche Bill, il n’a jamais été si inébranlable que cela. Oui, le Docteur tente au maximum de le respecter mais les fois où il est fortement tenté de s’asseoir dessus ne manquent pas. Rien que dans cet épisode, lorsqu’il décide de brancher son cerveau au flux de fake news, sa PREMIERE remarque consiste à dire qu’il pourrait en profiter pour influencer l’humanité : « The things that I could change just by thinking .Racism. People who talk in cinemas! ». Bien sûr qu’il ne le fait pas mais la tentation est toujours là.

Du coup, il n’est pas incroyable de se dire que sous l’influence d’une race télépathe (lui-même en tant que télépathe pourrait y être plus sensible) toute cette déception, cette inquiétude pour notre race, ce désir de prendre le contrôle « pour notre bien » ait pu être détourné. Je suis en fait franchement déçue que ça n’ait pas été le cas : non seulement j’aurais adoré un épisode où Twelve est une victime de son propre pouvoir qu’il faut sauver de soi-même mais, surtout, regardez comme Capaldi s’éclate à jouer les « méchants » ! Son sourire à la fin du clip de propagande ! Son regard implacable lorsqu’il écrase tous les espoirs de Bill ! Il s’éclate visiblement et c’est parfaitement cruel de la part des scénaristes de ne pas l’avoir laissé donner libre cours à son côté obscur (comment ça il a eu droit à la moitié de la saison 8 pour cela ?^^). Allez, je remballe ma déception et je retranscris le joli discours juste pour le plaisir (les non convaincus par la verve de Twelve peuvent donc sauter le paragraphe suivant^^).

« you had free will, and look at what you did with it! Worse than that, you had history. History was saying to you « Look, I've got some examples of fascism here for you to look at! No? Fundamentalism? No? Oh, ok, you carry on. » I had to stop you, or at least not stand in the way of someone else who wanted to, because the guns were getting bigger, the stakes were getting higher, and any minute now it was going to be goodnight, Vienna. (…) Yes, I know the Monks are ruthless, I get that. Yes, they play with history and I'm not exactly thrilled about that, but they bring peace and order. »

Hélas pour moi, cette si belle scène se conclut de manière je trouve un peu décevante. Déjà, j’ai du mal à croire que Twelve sacrifie de son énergie vitale pour le plaisir de faire une fausse régénération…alors même que Bill ne sait pas ce que c’est. Je pense d’ailleurs que cette scène a été uniquement ajoutée pour que le spectateur soit lancé sur une fausse piste durant le trailer de la saison et que le scénariste est bien conscient qu’elle est incongrue dans le contexte. C’est en tout cas comme ça que j’ai pris la question de Twelve à Nardole : « Regeneration a little bit too much? » Tu m’étonnes mon gars !

De plus, je sais bien que Twelve a l’empathie et la psychologie d’un poulpe mort dans ses premières saisons mais il me semblait qu’il avait évolué avec son long séjour sur Terre. Or, ici, je trouve sa réaction face au choc émotionnel de Bill (elle a dû tirer sur son mentor après l’avoir vu la trahir) fort cavalière : il la félicite et rigole. Bill a le réflexe de vouloir « beat the sh… » out of Nardole (c’est moi ou Bill est plus près de jurer que toutes les compagnes précédentes ? Ca fait deux fois qu’elle est à deux doigts de dire « shit » !^^) mais je trouve qu’elle se trompe de cible. C’est le Docteur qui mérite clairement de prendre son poing dans la figure et je pense que ça lui aurait fait le plus grand bien.

Je n’ajouterais pas à ma liste d’incohérences le fait que le Docteur n’a aucune raison d’attirer l’attention des monks en faisant crasher le bateau lorsqu’il s’enfuit parce que cette scène est un délire totalement assumé, de l’aveu même de Bill. « We could have snuck back in, but the Doctor being the Doctor… » On peut comprendre que ce pauvre gars, qui a toujours aimé les explosions (Rose disait de lui que c’était sa façon de communiquer) et a dû resté sage pendant 6 mois, ait eu envie de se défouler et son éclat de rire dément à la proue du navire est un autre des excellents passages de Twelve dans cet épisode (mais qu’il va me manquer ! :( ). Enfin bref, le trio est désormais réuni et si cette première partie a son lot d’incohérences et d’occasions manquées et manque de temps pour planter son décors dystopique, elle contient de bons éléments.


II. Missy

Tout le milieu de l’épisode consiste donc à aller voir Missy pour lui demander de l’aide. Je suis à la fois dubitative et ravie devant cette partie. Ravie parce que Missy est un personnage excellent joué par une actrice excellente, probablement la seule création de Moffat (oui, je sais, techniquement c’est re-création vu qu’il n’a pas inventé le Master) que je n’ai jamais trouvée surutilisée mais tout de même… ce passage n’a pas beaucoup de sens.

Nous devons donc admettre que les monks, qui connaissent parfaitement le Docteur et sa timeline grâce aux simulations, ont laissé en vie ce qui est sans conteste le troisième personnage le plus dangereux du whonivers (je mets devant lui les Daleks et le Docteur qui ont techniquement un plus gros score de destruction). Même en admettant qu’ils n’aient pas pu ouvrir le coffre (vu leur technologie, ce serait surprenant) ils ne l’ont même pas fait garder ? Quant-à cette pauvre Missy, elle est donc restée 6 mois sans boire, sans manger et, vu l’intérieur du coffre, sans aller aux toilettes ? Bon, ce n’est techniquement pas une incohérence vu que tous les showrunners sont restée intelligemment très flous sur la physiologie des time lords mais ce n’est pas très sympa tout de même.

De plus, le Docteur prend de gros risques en allant la consulter pour franchement pas grand-chose. S’il avait simplement demandé à Bill de lui raconter exactement sa discussion avec les moines dans l’épisode précédent, elle lui aurait dit qu’ils avaient besoin de son consentement pour établir un lien et il aurait donc compris l’aspect psychique du piège. Pour le reste (l’importance des statues), il devine tout en quelques secondes. Enfin, si Missy a fini par découvrir qu’il fallait tuer la personne ayant consenti au lien, nul doute que le Docteur aurait lui aussi compris. De toute manière, il suffisait que le trio aille directement dans le QG des monks comme ils décident après coup de le faire pour que le Docteur comprenne tout en voyant le « fake news central ». Bref, ce passage aurait fait sens s’ils avaient réellement recruté Missy (ils auraient pu d’ailleurs, elle est clairement là plus ou moins de son plein gré) mais ici c’est franchement inutile et fait perdre un temps qui aurait été précieux pour mieux développer l’aspect dystopique. Cela dit, je pardonne aisément cela vu que c’est sans doute mon passage favori de l’épisode.

Le coffre s’ouvre donc et dévoile Missy, détruisant ma dernière chance de ne pas trop m’être ridiculisée dans ma théorie sur le contenu de celui-ci. Je mets le passage suivant entre spoilers pour ceux qui n’ont pas vu la saison 4 de Sherlock mais…
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une femme très dangereuse, double maléfique du héros, est enfermée avec un instrument de musique dans une cage transparente dont elle peut aisément sortir. Où ai-je vu ça récemment ?^^
Ladite apparition est alors l’occasion d’une explosion en règle de 4eme mur comme je les aime tant (vu le peu d’utilité des murs de cette prison, ce n’est sans doute pas bien grave^^).

Le Docteur la présente ainsi à Bill comme « The other last of the time lord » ; c’est totalement faux (Gallifrey est à nouveau dans l’univers) et donc clairement une référence à l’épisode Last of the time lords, lui aussi dernier volet d’une trilogie et dont le Master était effectivement l’autre personnage principal. Je prends d’ailleurs ça comme un effet d’annonce sur la fin de l’épisode puisque comme dans Last of the time lords l’univers dystopique va être détruit par un pouvoir psychique émanant (plus ou moins directement) de la compagne. Missy n’est pas en reste et annonce au Docteur peu de temps après « I've had adventures too. My whole life doesn't revolve around you, you know? », ce qui est je pense un clin d’oeil évident aux amateurs de Big finish, comics, romans et fanfictions autour du whonivers.

Jeu sur le 4eme mur mis à part, la scène nous montre une Missy toujours aussi inquiétante (et à l’accent français à chier, personne n’est parfait^^) et ambiguë. Cette version du Master a toujours été la plus visiblement proche du Docteur : la seule à admettre clairement qu’ils sont amis, la seule à lui vouloir du bien (la saison 8 consistait à lui offrir une armée)… Il n’est donc pas absolument incroyable qu’elle soit prête à essayer de changer pour le Docteur même si je garde une bonne dose de scepticisme (ce serait loin d’être la première fois qu’elle le trompe). Dans tous les cas, il est clair qu’elle a raison et qu’en bon double maléfique du Docteur elle pourrait sans trop de difficultés s’échapper si elle en avait réellement l’envie (je veux voir son pistolet en feuilles dans un futur épisode n’empêche^^), ce qui laisse penser qu’elle souhaite réellement changer.

Ma théorie est qu’elle va faire ce qu’elle peut pour cela, être libérée, sauver le Docteur et/ou Bill héroïquement… et régénérer en une version plus maléfique, détruisant de ce fait tous ses louables efforts. Après tout, la personnalité du Docteur change selon ses incarnations au point d’être parfois franchement sombre (je pense en particulier à Seven pour l’aspect manipulateur et à Ten pour le coté sans merci et l’hubris dangereuse) mais la régénération suivante tord en général le bâton dans l’autre sens ; il n’est pas incroyable de penser que c’est pareil pour le Master et que puisque Missy est à la limite d’être du coté du bien, sa régénération suivante sera elle maléfique. La seule chose qui me déplaît dans cette théorie est qu’elle indique que Missy ne va pas tarder à régénérer (aucun showrunner n’oserait garder trop longtemps un "gentil" Master, les fans hurleraient) ; à mon avis, ce sera même cette saison. Je sais bien que le principe de la série implique des changements fréquents mais elle va sacrément me manquer.

Spéculations mises à part, la scène nous offre ce qui est pour moi le deuxième excellent passage de l’épisode : le discours de Missy sur la relativité de la notion de bien, le tout accompagné d’ailleurs d’une très belle musique (c’est assez rare que je le remarque^^). « Your version of good is not absolute. It's vain, arrogant and sentimental. If you're waiting for me to become all that, I'm going to be here for a long time yet. » Bien sûr, le débat sur le thème de « la fin justifie-t-elle les moyens ? » n’a en soi rien d’original mais je le trouve très bien traité ici vu qu’il est assez évident que si Missy se décide à faire le bien ce ne sera de toute manière jamais à la manière du Docteur et qu’elle n’hésitera pas à sacrifier des innocents s’il le faut. Cela rend son changement de position bien plus crédible que si elle prétendait désormais respecter toute vie.

En plus, sa critique de la position du Docteur est parfaitement juste, en particulier concernant l’aspect arrogant : il prétend après tout avoir LA seule définition du bien et, surtout, est sacrément hypocrite. Il a bien un jour, reboot button ou pas, décidé de sacrifier Gallifrey et tous ses innocents pour le bien commun. Durant la guerre du temps il a même plusieurs fois pris ce type de décision et rien que la nouvelle série nous le montre souvent faire des choix moralement discutables. Ce n’est bien-sûr pas la première fois que le Docteur est pris en flagrant délit de « faites ce que je dis, pas ce que je fais » et cela m’amuse toujours qu’un personnage le lui fasse remarquer. Bref, c’est toujours un plaisir de revoir Missy et elle a droit à une excellente scène mais je trouve néanmoins qu’elle est fortement sous-exploitée cette semaine et sert plus de prétexte à de belles répliques qu’a réellement avancer l’intrigue.


III. La résolution

Je dirais que c’est, sans surprise, là que l’épisode pêche le plus. C’est après tout un problème récurrent de l’ère Moffat (même si RTD est aussi parfois coupable de la même erreur) de nous proposer une belle idée, de la développer sur plusieurs épisodes mais de rater plus ou moins largement sa résolution. C’est d’autant plus dommage que ce n’était pas si loin de réussir.

L’attaque du QG commençait très bien. Le fait que les moines soient en réalité très peu nombreux est une bonne idée qui permet de rendre l’infiltration plus crédible et rétrospectivement d’expliquer plus ou moins pourquoi ils ont si peu surveillé Bill, le Docteur et le Master (même s’ils auraient au moins pu employer des humains pour ce job). L’idée d’utiliser l’enregistrement de la voix de Bill pour combattre le lien psychique est également bien trouvée même si j’aimerais savoir où Alan a bien pu dénicher un walkman (ce qui est fort heureux pour lui, un ipod aurait été trop petit pour stopper la balle). Je me demande si le jeune public comprendra ce qu’est cet amas de bandes qui sort de l’objet et pourquoi les plus de 30 ans qui regardaient l’épisode avec eux ont tous eu le réflexe de chercher des yeux un crayon.^^

C’est par rapport aux monks que le bât blesse. Je disais la semaine dernière que ces derniers avaient le potentiel d’être une excellente invention de Moffat ou un gigantesque pétard mouillé et c’est pour moi hélas une très grosse déception. Avec la meilleure bonne volonté du monde, je ne peux pas admettre qu’ils laissent leur QG aussi peu défendu. Ils ont une technologie très avancée mais ne l’utilisent pas pour défendre leur pyramide alors même qu’ils savent que le Docteur est dans la nature ? Ils n’utilisent même pas de gardes humains, au moins autour de la pyramide ? Ils ne FERMENT MEME PAS LA PORTE ?

Passe encore qu’ils soient trop bêtes pour comprendre ce que Missy a découvert sans problèmes, c’est-à-dire qu’ils ont besoin que la personne qui a consenti au lien vive et même se reproduise et qu’il fallait donc surveiller Bill comme le lait sur le feu, mais cette inconscience vis-à-vis de sa sécurité de la part d’une race qui s’est embêtée à se taper des millénaires de simulation pour bien préparer son invasion est juste ridicule. Comme je le craignais la semaine dernière, les pouvoirs ultra avancés de cette race se résument cette semaine à la capacité à lancer des éclairs, faire un bouclier et être de bons télépathes. J’espérais un ennemi convaincant et effrayant, j’ai eu un croisement improbable entre Pikachu et Alakazam avec la capacité à faire un plan crédible digne de la team Rocket. Enfin, passons au reste…

Nous arrivons donc au « fake news central » (décidément, les scénaristes ne sont pas fans de Donald Trump^^). Bill doit alors se sacrifier pour détruire l’emprise des moines d’une manière qui m’a d’ailleurs beaucoup fait penser au final de la saison 3 de Torchwood :
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même le commentaire cynique de Missy à cette idée («You couldn't even get on Celebrity Love Island ») fait fortement penser au « that child's gonna fry » amusé de Decker lorsque Jack réalise qu’il va devoir sacrifier son petit fils .
Ses adieux au Docteur sont certainement touchants (j’ai en tout cas beaucoup aimé son « It was worth it ! » résolu) mais je n’ai pas cru un instant qu’elle mourrait, ce qui a bien sûr un tantinet influé sur mon ressenti. Quant au fait qu’elle utilise le souvenir de sa mère pour détruire l’emprise des monks, dificile bien sûr de ne pas penser à la résolution de Rings of Akhaten ou même de The lodger et Closing time mais l’idée en soi aurait pu être très bonne.

Après tout, ce n’est pas le pouvoir de l’amour qui sauve Bill mais le fait que le souvenir qu’elle utilise soit imaginaire et donc en dehors de l’emprise des monks. Or, cette résolution ne vient pas du tout de nulle part. C’est seulement à partir de The Pilot que Bill apprend, grâce au cadeau du Docteur, à quoi ressemble sa mère, il n’est donc pas incroyable qu’elle se mette à l’imaginer en détail. On voit également dans Knock Knock qu’elle lui parle lorsqu’elle est seule. C’est en fait assez rare dans la série qu’une résolution ait été aussi bien introduite : le problème vient du fait que la tirade explicative du Docteur ne met pas l’accent là-dessus mais plutôt sur le fait, en fait presque hors sujet, que Bill aime sa mère.

« Her voice, her smile, the Monks can't get near it. She's filling its mind with one pure, uncorrupted, irresistible image. And it's broadcasting it to the world, because it can't help it. All those years you kept her alive inside you, an isolated subroutine in a living mind. Perfect, untouchable. She's a window on the world without the Monks. Absolutely loved, absolutely trusted. And that window is opening everywhere. » Il est assez facile de penser, si l’on n’est pas très attentif à ce moment précis que c’est parce que Bill aime sa mère de tout son cœur que son souvenir fonctionne contre les moines alors que c’est en fait parce qu’il ne s’agit pas d’un vrai souvenir mais d’une complète création ; je pense vraiment que le scénariste aurait dû être plus clair sur le sujet parce que le rapide coup d’œil que j’ai jeté à Gallifreybase avant ma review m’a montré que beaucoup étaient déçus qu’il s’agisse d’un énième deus ex machina sur le thème du power of love alors que ce n’est justement pas le cas.

Tout est bien qui finit bien et l’humanité s’empresse donc d’oublier toute cette gênante affaire. Je me demande tout de même comment ils ont pu justifier le fait qu’une partie de la population est enfermée dans des camps (ou morte parfois) et qu’ils portent tous les mêmes habits mais c’est une facilité acceptable et d’ailleurs très souvent utilisé dans Doctor Who (il suffit de voir les raisons complètement absurdes pour lesquelles Donna a « raté » les différentes invasions alien avant de rencontrer le Docteur). Bill n’a donc plus qu’à aller faire ses devoirs parce que le Docteur, en bon prof, ne considère pas qu’une invasion alien est une bonne raison pour ne pas rendre ses dissertations (« because the world was invaded by zombie monks » reste néanmoins la meilleure excuse que j'aie pu entendre^^).


Pour conclure, je n’ai pas passé un mauvais moment devant l’épisode : il était drôle, très bien joué et contient deux scènes que j’ai trouvées excellentes. Je pense en revanche qu’il est décevant en tant que conclusion d’une trilogie : les ennemis s’avèrent être sans grands intérêts, les incohérences et facilités sont tout de même bien nombreuses et la résolution, pourtant intéressante, est assez maladroitement expliquée. Ma réaction « à chaud » en sortant de l’épisode aurait pu se résumer à « Tout ça pour ça ? ».

C’est dommage, on n’était vraiment pas si loin d’avoir une très bonne trilogie mais je pense que je ne les reverrai pas de sitôt, en particulier celui du milieu qui du coup tombe rétrospectivement complètement à plat puisqu’il sert en très grande partie à installer une menace qui s’avère ridicule. Ce n’est pas bien grave et j’apprécie néanmoins la prise de risque de Moffat et son équipe : tenter une trilogie alors même que nous ne sommes pas en fin de saison est ambitieux et j’apprécie toujours que les scénaristes cherchent à faire du différent même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur (je continue d’ailleurs pour cela à défendre bec et ongles Sleep no more et Love and monsters^^).
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 14 Juin 2017, 18:09

10x09 The empress of Mars

Si tout fandom actuel est par nature un groupe hétérogène aux goûts très différents (ne serait-ce que parce qu’il touche des nationalités, tranches d’âge et classes sociales diverses), celui de Doctor Who l’est nettement plus que les autres. Cela est dû au principe même de la série, qui change régulièrement l’intégralité de son casting et de ses scénaristes et showrunners à la grande joie de certains et au désespoir des autres, mais aussi au fait qu’il s’agisse d’une série familiale qui doit donc contenter à la fois grand papa et sa petite fille. Enfin, et surtout, il s’agit en réalité de deux séries en une puisque celle-ci est revenue en 2005 après un très long hiatus et sous une forme tout de même assez différente.

Avec un public aussi divers, il est bien sûr impossible pou un showrunner de satisfaire tout le monde. Comme il serait très dommageable pour la série de tenter malgré tout de le faire systématiquement (le résultat serait probablement très médiocre et sans aucune prise de risque), il lui est donc parfois nécessaire de proposer des épisodes visant spécifiquement une partie du fandom pour que chacun y trouve son compte à la fin de la saison. C’est pour ça par bien sûr qu’une saison varie au maximum les genres (historique, sci-fi, horreur, comédie…) mais aussi les tranches d’âge ciblées (Heaven sent n’a clairement pas le même public visé que l’épisode avec Robin des bois).

Tout ça pour dire que cet épisode est clairement destiné à un groupe spécifique du fandom, les fans de la série classique. Cela n’est bien sûr pas étonnant puisque le scénariste, Mark Gatiss, en est un lui-même. Manque de chance pour moi (pas taper !), je n’apprécie pas la série classique. J’ai vraiment essayé : j’ai vu le film de 96, l’intégralité des épisodes du 6eme et septième Docteur, un tiers de ceux du quatrième et quelques épisodes de chacun des autres. J’estime donc avoir fait ce que j’ai pu mais la lenteur de l’action, les remplissages et le manque de budget criant dans les effets spéciaux et les décors m’ont totalement rebutée alors même que j’aime énormément Star Trek original qui n’a que 3 ans d’écart ; ce n’est donc pas qu’un problème d’âge.

Si je ne l’ai pas détesté, cet épisode ne restera hélas pas bien longtemps dans ma mémoire tout simplement parce qu’il n’est pas pour moi. Tant pis, je dois dire que je m’en doutais fort dès que j’ai vu 1) que Gatiss serait le scénariste (je l’apprécie beaucoup comme acteur mais rarement derrière la caméra) 2) la bande annonce qui annonçait déjà clairement l’hommage aux classiques. Le fait qu’il ne soit pas pour moi ne signifiant évidemment pas qu’il est mauvais, je vais tenter d’en faire la critique la plus objective possible tout en pointant du doigt ce qui a fonctionné et ce qui m’a rebutée.

I. Un épisode classique

Comme je le disais précédemment, The empress of Mars a clairement pour but d’émuler les épisodes classiques. Il aurait suffi d’ajouter une 20 aine de minutes d’exploration et courses poursuites dans les tunnels, de diviser l’épisode en plusieurs parties et de remplacer Twelve et Bill par Four et Sarah Jane par exemple et on aurait pu s’y tromper (bon, on est tout de même clairement un cran au dessus au niveau du budget effets spéciaux/décors^^).Cette impression vient bien sûr de la réutilisation des iconiques Ice warriors mais aussi du décor très minimaliste -une grotte- et de certains points du scénario comme le moment où la compagne tombe dans un trou (au moins elle ne s’est pas tordu la cheville^^). La manière de tuer des Ice warriors elle même fait très classique dans son aspect volontairement étrange, à la limite du ridicule (c'est en tout cas comme ça que je l'ai ressenti).

N’ayant vu qu’un épisode avec le 3eme Docteur, je ne connaissais pas le personnage d’ Alpha Centauri mais la manière dont la scène est réalisée (le personnage invisible pendant quelque temps qui ne se présente pas tout de suite puis la petite pause après son apparition pour laisser au fandom le temps de faire « squeeeee ») laissait peu de doute sur le fait qu’il s’agisse d’un caméo pour faire plaisir aux fans des classiques. Vu l’explosion de joie dans ma timeline twitter whovienne, je pense que ledit caméo a été fort bien reçu, bien joué donc.

Cela dit, cet épisode est également un « classique » dans le sens où il reprend des tropes de la série dans son ensemble. On retrouve donc le fait que le tournevis ne fonctionne toujours pas sur du bois (Twelve semble avoir oublié qu’il peut télépathiquement demander aux portes de s’ouvrir depuis Heaven sent^^). Le « lefty agenda » de la série, que le Daily mail déplore tant, est également bien présent : Jackdow chante une chanson sur l’injustice sociale et le méchant de l’épisode se sert sans hésiter du seul Noir comme bouclier humain histoire de bien nous montrer combien il est méchant. On peut ajouter à cette catégorie la grimace méprisante que fait Bill lorsqu’elle réalise que les Britanniques ont nommé l’Ice warrior Friday en référence au personnage de Robinson Crusoé, un Indien réduit au rang de serviteur par le héros qui l’a sauvé sans que cela ne choque personne ; ils traitent effectivement leur Friday de la même manière.

Le scénario lui-même reprend une ficelle plusieurs fois utilisée non seulement dans les classiques mais ces dernières années : le Docteur qui se retrouve non pas à sauver une race oppressée par une autre mais à tenter d’arbitrer un conflit dans lequel il n’y a pas un rapport évident de méchant/gentil. C’est par exemple le scénario du double épisode avec les siluriens en saison 5 ou du double épisode avec les Zygons en saison 9 (dans les deux cas d'ailleurs il s'agit comme ici d'un monstre de la série classique disputant aux humains un territoire). Le Docteur explique dès le début de l’épisode le dilemme qui l’empêche de prendre parti : « The humans are the invaders.On the other hand, the Ice Warriors have vastly superior armementswhich will wipe the humans out. So what am I supposed to do? ». Et effectivement, il ne fera rien : si la situation est comme je l’ai dit très classique, rares en revanche sont les épisodes où le Docteur et sa compagne sont si peu utiles à la résolution du conflit. Les deux passent leur temps à tenter de négocier sans le moindre succès et c’est le colonel, qu’ils n’ont même pas eux-mêmes libérés, qui apportera la résolution.

Enfin, cet épisode n’est pas seulement classique par rapport à sa série mais aussi en tant que fiction. Nous avons là une histoire étonnamment simple avec des personnages volontairement caricaturaux qui ont tous un rôle que l’immense majorité des spectateurs est capable d’identifier immédiatement. Le méchant que l’on repère au bout de cinq minutes tant son insubordination vis-à-vis de son gentil chef et son complexe de supériorité sont visibles. Le soldat sympathique mais magouilleur et malhonnête, le jeune innocent influencé par ce dernier, le sergent pas méchant mais gourmand et stupide… En fait, ils m’ont beaucoup fait penser aux membres du Guet dans les romans de Terry Pratchett qui ont la même caractérisation, probablement pas parce que Gatiss voulait y faire référence mais tout simplement parce que les deux auteurs utilisent les mêmes stéréotypes. Ajoutez à cela des réflexions et tournures de langues typiquement victoriennes et nous avons pour personnages une belle collection de caricatures assumées dont le rôle est immédiatement identifiable ; ce que l’on perd évidemment en profondeur de caractérisation et en effet de surprise se gagne en revanche en temps que l’on peut consacrer au reste de l’intrigue.

Ladite intrigue s'appuie d'ailleurs elle aussi sur des ressorts extrêmement classiques : par exemple, je pense que personne dans le public n'a été surpris par la mort du soldat noir, non seulement parce que le "Noir qui meurt juste avant la fin" est un trope mais, surtout, parce qu'il venait de passer un certain temps à raconter son futur mariage et ses plans pour l'avenir, ce qui est une condamnation à mort dans n'importe quel film d'horreur/aventure. L'esthétique elle même est très classique puisque l'épisode ne dissimule pas ses emprunts (pas trop appuyés cela dit) au sous-genre du steampunk : félicitations à l'épisode sur ce point d'ailleurs, les scaphandres des soldats sont superbes.

Bref, nous avons là un épisode résolument classique. S'il est visible que c'est un choix assumé de la part du scénariste et que je ne peux pas le lui reprocher, je dois dire que cela ne m'a pas transportée : j'aime les épisodes un peu plus surprenants. Il y a cependant deux reproches objectifs que je peux faire à l'épisode. Tout d'abord, il n'est pas normal que les Ice warriors et les humains puissent se comprendre alors que le TARDIS a disparu : si on peut admettre que Friday a eu le temps d'apprendre le langage des humains, ce n'est évidemment pas le cas de l'impératrice. Parfois, les incohérences ne me gênent pas mais celle là m'a vraiment titillée, sans doute parce que je n'étais pas vraiment absorbée par l'épisode. Autre problème, je trouve que certains passages manquent cruellement de subtilité dans le jeu d'acteur : je pense en particulier au moment de rédemption du colonnel, qui je trouve en fait des tonnes au point que cela m'a fait sortir de l'épisode. J'ai eu le même ressenti avec Missy dans le TARDIS à la fin mais je réserve mon jugement sur ce point (j'y reviendrai).


II. Les spécificités

Si l'épisode ne brille pas par son originalité, il n'est bien sûr pas dénué d'intérêt. J'ai trouvé par exemple intéressant le jeu de miroirs et de miroirs inversés entre les personnages cette semaine. On peut ainsi constater les parallélismes évidents entre Friday et Bill, chacun tentant de convaincre sa race que le combat n'est pas la solution, mais surtout entre Friday et le Docteur, tous deux pacifistes mais malgré tout guerriers (le Docteur rappelle encore ici qu'il ne peut s'empêcher d'en avoir la mentalité).

Il est difficile de rater cette ressemblance quand au début de l'épisode Friday est appelé par Catchlove "the last of his race" alors que le public (et visiblement le Docteur) se doute qu'il n'en est rien, puis lorsque l' Ice warrior dit être "old and spent" mais prouve ses réflexes de guerrier en rattrapant l'assiette (le vieil alien fatigué mais plein d'énergie, toujours dangereux et qui ne baisse pas les bras étant une caractérisation qui me rappelle quelqu’un^^). Plus généralement, la description que le Docteur fait des Ice warriors (« They could slaughter whole civilisations, yet weep at the crushing of a flower. ») pourrait tout aussi bien s’appliquer à lui. C'est loin d'être la première fois bien sûr que le Docteur est comparé au "monstre" de la semaine, c'est même un trope de l'ère Moffat.

On repère également un jeu de miroir inversé entre Catchlove et le colonel. Catchlove est d'abord représenté comme un "parfait" officier de l'empire britannique, courageux, combatif et galant (même si Bill ne semble pas impressionnée sur ce point^^) mais n'hésite pas à trahir ses hommes et même à causer la mort directe de l'un d'eux en s'en servant de bouclier humain. Quant au colonel, il passe du lâche assumé à l'officier courageux qui sauve la situation et est prêt à mourir pour ses hommes.

Enfin, on constate un jeu de miroir très intéressant entre l'impératrice et Missy. Deux femmes fortes emprisonnées puis libérées par un homme, caractérisées comme dangereuses mais qui à la fin sauvent la situation. La question est bien sûr de savoir s'il s'agit d'un miroir ou d'un miroir inversé: tout dépend de si Missy est sincère ou non, ce que nous ne saurons qu'en fin de saison.

J'ai également apprécié les moments d'humour. Comme le savent tous ceux qui ont testé sa série The League of Gentlemen, Gatiss aime beaucoup l'absurde et cela se voit sacrément cette semaine. La scène du pré-générique avec le God save the queen qui apparait sur Mars et le sourire ravi du Docteur est très drôle, de même que celle où Bill et le Docteur se retrouvent à prendre le thé avec des gentlemen britanniques sur Mars. Ce qui je pense m'a le plus amusée reste cependant l'excuse donnée par le papier psychique à leur présence sur la planète: ils auraient été dans le vaisseau de Friday. Cela n'est évidemment pas crédible (Friday ne les connait pas et les soldats ont dû fouiller le vaisseau de fond en comble lorsqu'ils l'ont réparé et pendant qu'ils voyageaient vers Mars)et le « that sound… convincing ? » très dubitatif de Bill et du Docteur insiste sur cette absurdité.

Gatiss utilise également une autre forme d'humour que j'apprécie particulièrement, le jeu sur le 4eme mur. Cela commence dès le pré-générique lorsque Bill affirme " I'm the human in this set up" : elle veut bien sûr dire que c'est elle l'humaine du trio mais "set up" signifie aussi décor et cela semble indiquer qu'elle est consciente de son statut de personnage. Cette impression se confirme peu de temps après lorsque le Docteur et elle prennent le thé avec les officiers et discutent en chuchotant sur leur situation sans que les britanniques ne semblent le remarquer. On peut certes penser qu'en bon gentlemen ces derniers font mine de ne rien entendre mais la scène donne clairement l'impression d'un aparté théâtral où des acteurs chuchotent assez fort pour que les spectateurs entendent pendant que les autres personnages semblent ne rien remarquer.

De même, lorsque le Docteur explique à Bill son dilemme l'empêchant d'intervenir entre les Ice warriors et les Anglais, il utilise carrément l'expression "In this scenario". Si on ajoute à tout cela le fait que l’impératrice, pour réveiller ses troupes, cite carrément le nom de l’épisode précédent du scénariste (« sleep no more ! »), il est difficile de croire à une série de coïncidences.

Enfin, les nombreuses références filmiques faites par Bill participent évidemment à ce jeu sur le 4eme mur. Elle évoque ainsi deux classiques de la science-fiction, Terminator et The Thing, tout en faisant remarquer combien le Docteur les apprécierait puisqu’ils traitent respectivement de robots tueurs et de massacre dont personne ne réchappe. Or, les robots tueurs et les base under siege où un alien métamorphe fait un massacre sont également deux scénarios classiques de la série : Bill, en mettant l’accent sur l’aspect fictionnel de ces scénarios et sur le fait que le Docteur les apprécierait certainement puisqu’il a vécu maintes aventures de ce type, semble donc là encore être plus ou moins consciente du statut de personnage de son compagnon.

Quant au Docteur, s’il semble inculte en matière de films (on le savait depuis l’épisode de Noël d’il y a deux ans où il admet n’avoir jamais entendu parler d’Alien) à l’exception de certains Walt Disney, il est en revanche très au fait des tropes narratifs que ceux-ci utilisent. Ainsi, quand la tombe de l’impératrice est découverte, il murmure « I have a bad feeling about this », réflexion que toute personne ayant déjà vu quelques films d’horreur ou d’aventure aurait pu se faire avec lui. De même, lorsqu’ils sont enfermés dans la cellule et que le Docteur fait remarquer que tout semble calme, il ajoute immédiatement « It's traditional, at this point, to say, "too quiet" », preuve encore une fois de sa bonne maîtrise des clichés narratifs.



Pour conclure cette review plus courte que d’habitude, je n’ai objectivement que peu de choses à reprocher à cet épisode puisqu’une bonne partie de ce qui ne m‘a pas plu est tout simplement un ensemble de choix assumés de Gatiss qui ne correspondent pas à mes goûts. Tant pis pour moi, tant mieux pour ceux qui ont adoré : j’ai croisé sur le net quelques fans de la série classique déçus par cette saison qui ont été très enthousiastes cette semaine et cela me fait bien plaisir pour eux, chacun son tour. Je n'ai au moins pas passé un mauvais moment et cela n'a pas été désagréable de le revoir le lendemain pour prendre des notes (j'avais beaucoup plus de mal pour le précédent épisode de Gatiss avec les Ice warriors). Reste bien sûr le double mystère de l’épisode, que je n’ai pas évoqué jusqu’à présent mais pour lequel je vais maintenant théoriser rapidement : la disparition du TARDIS et le comportement de Missy. Je mets mes idées entre balises puisqu’elles évoquent des éléments du trailer de la saison.
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Je pense que le TARDIS est piloté par le Master version Simm qui a récupéré la montre d’invisibilité du Docteur dont on n’a plus reparlé depuis la saison 8 (ou tout autre objet de même nature) et a renvoyé le TARDIS à l’université avec Nardole pour que ce dernier libère Missy. Cette dernière savait bien sûr que ce serait le cas puisqu’il s’agit pour elle de son passé.

Quant à Missy et son « are you ok ?» répété que j’ai trouvé fort surjoué, soit elle tente tout simplement d’endormir les suspicions du Docteur en en faisant des tonnes pour paraître avoir réellement changé (je serais un peu déçue vu que bien sûr Missy en fait toujours des tonnes mais que ça sonne en général plus vrai que ça) soit elle a réellement senti chez le Docteur quelque chose qui n’allait pas. Nous approchons après tout de la fin de l’ère Twelve, peut-être que sa régénération ne sera pas si soudaine et que quelques symptômes transparaissent déjà. Cela expliquerait en plus rétrospectivement le fait qu'il ait dépensé son énergie à faire une "fausse" régénération au précédent épisode : peut-être qu'il se sait mourant et que ça n'avait donc pas d'importance.
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Re: Doctor Who - saison 10

Message non lupar Tyr » 22 Juin 2017, 19:01

10X10 The Eaters of light

-But what could do that?
-A complete and total absence of any kind of sunlight.
-Death by Scotland.

La semaine dernière, j’avais déploré le fait que l’épisode, sans être objectivement mauvais, s’adressait à la partie du fandom à laquelle je n’appartenais pas : les fans de la série classique. C’est certes un crime abominable mais dans ma grande bonté j’avais pardonné le fait que parfois les scénaristes n’écrivent pas juste pour me faire plaisir et cherchent aussi à toucher les fans de la première heure, ceux qui ont après tout permis le retour de la série en 2005 : oui, je suis très généreuse.^^
Je dois dire que je craignais fort que The Eaters of light soit là encore destiné au même public : le fait que la scénariste soit la première du new Who à avoir aussi écrit pour la série classique, de plus pour un épisode que je n’avais pas apprécié plus que ça, la bande annonce qui annonçait un stand alone historique (en général mes bêtes noires)… tout cela faisait que je n’étais pas très confiante même si j’apprécie en général beaucoup tout ce qui touche à Rome. Résultat, après deux visionnages, je dois dire que je trouve qu’il s’agit d’un très bon épisode.


I. Le scénario

J’ai eu assez peur les 20 premières minutes. Non, pas devant le monstre de la semaine, à peu près aussi effrayant qu’un Dalek désarmé, mais parce que le scénario est TRES proche de The Empress of Mars. Bill et le Docteur arrivent quelque part dans le but précis de résoudre un mystère dont ils connaissent l’existence mais pas l'explication, sont séparés ponctuellement parce que Bill tombe dans un trou et se retrouvent à devoir empêcher un massacre entre deux groupes qui veulent s’entre-tuer parce qu’ils ne se comprennent pas. On retrouve même encore une fois le trope du « Noir qui meurt avant la fin » (heureusement que Bill est noire également parce que je pense que Moffat commencerait à attirer les critiques sur ce point^^).

En fait, si on veut être pointilleux, l’épisode offre même pas mal de similarités avec le précédent essai whovien de la scénariste, Survival : encore une fois, un portail dimensionnel permet à des aliens chasseurs de tuer des proies humaines et, encore une fois, la haine est un facteur décisif (il faut tout de même avouer que Missy a en revanche plus de classe que le Master version chaton de Survival^^). Heureusement pour moi, la même recette de base ne donne pas forcément le même plat et ce canevas fort classique ne m’a pas laissé une forte sensation de déjà vu, ce qui était clairement le cas la semaine dernière. Qu’est-ce qui a donc fonctionné ?

Déjà, je trouve le décor très chouette. Je déteste les huis clos pour une question de rythme et de claustrophobie visuelle (j’ai tendance à vouloir zapper quand une action se déroule trop longtemps dans le même décor) et avais donc un peu souffert la semaine dernière : les grandes étendues écossaises (enfin, galloises en réalité^^) m’ont donc fait le plus grand bien.

Pour ce qui est du décor historique, si j’ai comme je disais apprécié le fait qu’il mette en scène des Romains, je vais sortir quelques minutes ma casquette (enfin, mon casque) de prof de latin et faire remarquer quelques aberrations. Non, « centurion» n’est pas un synonyme de légionnaire mais un grade d’officier, j’ai donc serré les dents à chaque fois que « Granddad » appelait l’intégralité de ses camarades ainsi (aucun d'eux ne peut avoir ce grade à cet âge, encore moins le groupe entier). De plus, Lucius est bien un prénom Romain mais Cornelius en revanche est un nom de famille : les soldats ne s’interpellent donc pas de la même façon, ce qui est étrange. Heureusement que l’épisode se « sauve » avec une élégante citation de Tacite (« Où ils font un désert, ils disent qu'ils ont fait la paix. »), ce qui a appaisé mon côté classique.^^

Je ne rangerais pas dans la catégorie "erreurs historiques ennuyeuses" la tolérance des Romains de l'épisode concernant la sexualité de Bill, même s’il s’agit d’une TRES grosse approximation (par exemple, le soldat gay risquerait la mort s’il osait fricoter avec un de ses camarades, il n'aurait donc certainement pas fait son coming out ou en tout cas ne plaisanterait pas sur le fait qu'il cherche des hommes plus mignons que son frère d'arme). Cela ne m'a pas dérangée, tout simplement parce qu’il s’agit clairement d’un moment d’humour et que celui-ci fonctionne très bien : j’ai en tout cas bien ri devant la tête de Bill lorsqu’elle réalise qu’elle passe pour adorablement vieux-jeu et « restricted » parce qu’elle se réserve uniquement pour les femmes au lieu d’apprécier le charme des deux sexes comme toute personne moderne.

L’humour est d’ailleurs très présent durant cet épisode et a beaucoup plus fonctionné chez moi que la semaine dernière. J’ai bien ri aux différentes petites piques sur l’Ecosse, aux réflexions sarcastiques du Docteur et à certaines scènes ouvertement WTF comme le moment où, alors que Romains et Celtes sont sur le point de s’entre tuer derrière eux, Bill et le Docteur, tout contents de se retrouver, discutent tranquillement de leur pari pendant que Nardole mange du pop corn.

J’ai aussi beaucoup aimé le trollage très Moffatien (je parie d’ailleurs que la réplique est de lui) lorsque le Docteur avoue avoir été une vestale, rôle bien sûr réservé aux femmes, ce qui relance encore une fois le thème de l’aspect possiblement gender fluid du Docteur selon ses incarnations tout en rappelant également l’asexualité dont il fait preuve durant la majorité de celles-ci. J’ai d’autant plus ri que Nardole semble ne trouver surprenant que le fait que le Docteur ait été une vestale « de seconde classe » et que ce dernier lui réponde par un équivalent du « I’ll explain later ».

Enfin, j’ai bien ri aux allusions plus ou moins subtiles aux Monty Pythons. Ainsi, le Docteur se moque de l’affirmation de Kar selon laquelle elle a détruit la légion en lui disant « What did you do? Throw your action figures at them? » (référence au « What are you going to do ? Bleed on me ? » de Arthur au chevalier noir dans Sacré Graal) et le moment où Kar énumère les atrocités des Romains et que le Docteur l’interrompt pour faire remarquer qu’ils ont tout de même apporté les toilettes intérieures ressemble fort au célèbre dialogue « What have the Romans ever done for us ? » de La vie de Brian (ici si vous voulez découvrir la scène, c'est ici https://www.youtube.com/watch?v=Y7tvauOJMHo ).

Pour ce qui est de Nardole, si je persiste à le trouver en bonne partie inutile dans cette saison, j’apprécie qu’il nous ait enfin dévoilé le sort de la Marie –Celeste (en précisant même pourquoi le canot de sauvetage n’a jamais été retrouvé^^). Je pense néanmoins que son utilisation comme simple comic relief est un gâchis : la série est assez drôle pour s’en passer (en ce qui me concerne, ce n’est presque jamais lui qui me fait rire) et son temps d’écran aurait été mieux employé à étoffer le fil rouge ou, mieux encore, à faire venir Missy dans le TARDIS quelques épisodes plus tôt. Je n’aurais VRAIMENT pas dit non à un trio Bill-Twelve-Missy de 4 épisodes (pas plus cependant, il ne faut pas abuser des bonnes choses et il fallait de toute manière du temps pour que le duo Bill-Twelve se construise).

L’utilisation de la musique dans l’épisode est également très intéressante, assez pour que même moi m’en aperçoive (je n’ai aucune oreille musicale). Omniprésente en arrière-plan, elle devient au fil du temps personnage à part entière : elle sert à attirer le monstre de la semaine (« it homes in on sound »), permet au Docteur d’éviter de dévoiler son plan à Bill en l’interrompant juste au bon moment, gagne la capacité (comme le Docteur) de traverser l’espace-temps et prévient même le spectateur attentif que Missy est dans le TARDIS (la musique qu’on entend juste après le moment où le Docteur indique justement que « music is funny like that » est très proche de son thème). Cette dernière semble d’ailleurs aussi peu musicienne que moi : non seulement elle a beaucoup de mal elle aussi à entendre la musique mais elle ose, sacrilège, chercher à cacher la guitare du Docteur.

Quant au scénario, s’il ne brille pas par son originalité, j’ai trouvé comme la semaine dernière (décidément, les deux histoires sont proches) que l’effet miroir était fort intéressant. Miroir bien sûr entre les deux clans qui s'affrontent, les Romains et les Celtes : tous deux ont perdu tous leurs adultes et ressentent une honte qu'ils cherchent à expier (les Romains pour avoir fui et les Celtes, du moins Kar, pour avoir causé l'évasion du monstre). Cet effet miroir est d'autant plus visible que Bill et le Docteur vont du coup se retrouver à avoir des conversations très similaires avec leur groupe respectif pour les motiver : tout d'abord les rassurer sur le fait que leur peur n'a rien de honteux avant de leur faire comprendre qu'il faut l'affronter. “You're not cowards. You're scared. Scared is fine, scared is human. But I'll tell you what it isn't. It isn't a plan.” déclare Bill aux Romains pour les pousser à sortir de leur trou et affronter le monstre. Quant-au Docteur, il répond à Kar qui avoue sa peur “Who isn't? But you've still got to face your beast anyway.”

Mais l'effet miroir le plus évident est bien sûr entre Kar et le Docteur, ce que l'on réalise dès que l'on apprend que Kar a causé le massacre en libérant le monstre. Twelve semble ne pas réaliser tout de suite cette ressemblance et se permet tout d'abord de la rabrouer et de critiquer vertement sa décision : « To protect a muddy little hillside,you doomed your whole world”. C'est certes vrai mais un peu hypocrite de la part de celui qui a longtemps cru avoir sacrifié sa planète et une bonne partie de la galaxie pour sauver le reste de l'univers. On retrouve également cette ressemblance entre les personnages (ainsi que la mauvaise foi du Docteur) lorsqu’il l’accuse de ne pas être efficace en lui disant « you just stand around making speeches », ce qui est en gros la marque de fabrique du Docteur.

Il se rend cela dit vite compte que Kar est son miroir et profite de cette ressemblance pour la conseiller. Ainsi, lorsqu'il demande les raisons de son silence et qu'elle admet se souvenir des morts, il lui répond “Save that for old age” puis, lorsqu'il comprend qu' elle est paralysée par le remord, il admet leur ressemblance afin de la pousser à ne pas faire les mêmes erreurs que lui : “You know, every moment you waste wallowing about in that happy thought means more of the living are going to join them. When you want to win a war, remember this... it's not about you.Believe me. I know.”

L'effet d'écho dans l'épisode est enfin symbolisé par le corbeau qui répète encore et encore le même message à travers les âges. Cet écho symbolique est d'ailleurs souligné par l'erreur d'interprétation récurrente du Docteur. Ainsi, il accuse Kar de bouder lorsqu'il la voit silencieuse mais celle-ci le détrompe aussitôt en lui disant qu'elle se souvient des morts ; or, en début d'épisode, Twelve accusait les corbeaux d'avoir cessé de parler à notre époque parce qu'ils boudaient devant le manque de conversation des humains et on réalise à la fin qu'ils ne boudent pas mais se souviennent eux aussi des morts, en particulier de Kar, en répétant son nom. J'ai trouvé cette utilisation des corbeaux très poétique (il faut admettre que c'est nettement plus classe que de nommer une vache en son honneur^^), d'autant plus que le corbeau est traditionnellement assorti à la Morrigan, la divinité guerrière qui annonce la mort des combattants dans la mythologie celtique.

Pêle-mêle, j’ai apprécié le retour d’une tonalité plus onirique et poétique que le Docteur lui-même semble ressentir lorsqu’il compare la situation à un conte de fée (« there's a big bad wolf of a monster out there and you live in a house of sticks. »). Je me suis également demandée si le fait que Kar libère une force qu’elle ne maîtrise pas pour empêcher une évasion et se retrouve à causer également le malheur de sa tribu n’est pas une référence voilée à Trident, le programme nucléaire britannique, justement situé en Ecosse et sujet à débats houleux ces derniers temps : il est cela dit possible que j’extrapole, ce ne serait pas la première fois.^^


II. Bill et le Docteur

J’avais un peu abandonné cette partie sur les deux personnages principaux ces derniers temps vu que leur relation était plus stable et creusée mais je pense qu’il y a pas mal à dire cette semaine sur le sujet.

J’apprécie toujours beaucoup le personnage de Bill et je la trouve très bien utilisée ici. Sa séparation du Docteur dans la première partie de l’épisode lui permet de prendre de l’indépendance et de montrer au public qu’elle est parfaitement capable de se débrouiller seule. Elle prend ainsi rapidement le contrôle du groupe de Romains non pas, comme le Docteur (ou Clara d’ailleurs) l’aurait fait, en affirmant avoir un plan, en s’imposant et, pour reprendre la très bonne description de Bill, « usually by annoying them » mais en utilisant calmement la raison et l’honnêteté : « If you come with me, I can't promise that you won't all die. But I can promise you this ; you won't all die in a hole in the ground. »

On retrouve aussi ici un de ses traits de caractère assez unique (et franchement pas évident à écrire vu la longévité de la série) : sa capacité à mettre le doigt sur des aberrations du canon que les fans n’avaient pas encore relevées. Après avoir par exemple remarqué que l’acronyme TARDIS ne marche qu’en anglais, voilà qu’elle remarque ce qui aurait dû nous sembler évident mais que j’avoue sans hésiter n’avoir jamais réalisé : le TARDIS ne se contente pas de traduire, il s’occupe aussi de la synchronisation labiale. Étrangement, sa perspicacité sur ce sujet semblait être en veille le reste du temps puisqu’elle ne réalise qu’à l’épisode 10 qu’il n’est pas normal que l’univers entier (aliens, gens du passés, humains du futur…) parle sa langue. Elle se rattrape néanmoins en utilisant sa culture geek pour deviner que le TARDIS et/ou le Docteur (la symbiose des deux je pense) génère un « télépathic field » permettant à tout le monde de se comprendre (sauf les Judoons… et les bébés… et les chevaux… et les papes italiens…oui, bon, c’est Doctor who, pas une science exacte !).

Bill est également assez sûre d’elle dans cet épisode pour tenir tête plusieurs fois au Docteur. D’abord académiquement en prétendant en savoir plus que lui sur un point d’histoire romaine mais également, et c’est plus important, en refusant d’accepter aveuglement ses décisions. Ainsi, lorsque le Docteur affirme avoir un plan pour que les Pictes n’aient pas à se sacrifier, elle proteste « - Which is the part you never tell me! », ce qui est effectivement un doctorisme récurrent qui n’a rien à voir, comme il tente de le faire croire, avec le fait qu’il soit toujours interrompu (et beaucoup avec le fait que cela permette au scénariste de créer un effet de surprise sur la résolution^^). De même, lorsqu’elle comprend enfin que le Docteur compte se sacrifier, elle proteste énergiquement et n’hésite pas à conclure à la fin « You're wrong, Doctor. It's their destiny, not yours. »

Bill n’est évidemment pas la première compagne capable de tenir tête au Docteur, cela fait partie de ses attributions traditionnelles et Bill est loin d’être la plus énergique sur cet aspect (coucou Donna^^), mais ce trait de caractère est d’autant plus intéressant que sa relation avec le Docteur n’est pas égalitaire. Elle est son élève et il est son mentor, elle est très jeune et il a dépassé les 2000 ans et, si elle a compris depuis Thin Ice qu’il n’est pas parfait et a commis beaucoup d’actes très discutables, il est évident qu’elle a pour lui une admiration sans bornes que les précédentes compagnes dissimulaient un peu plus. Il suffit de voir la manière quasi religieuse dont elle parle de lui aux Romains : « Come and meet him. He came here to meet you. He's met loads of people like you. The terrified, the desperate. And he always helps. He always makes a difference. » Après des années de “super compagnes”, je trouve très rafraichissant de retrouver une compagne encore subjuguée par le mythe du Docteur mais qui apprend malgré tout, petit à petit, à lui tenir tête. J’espère que Bill aura droit à une autre saison pour que cette évolution se poursuive.

Mais ce qui est pour moi un des aspects les plus intéressants de l'épisode est la caractérisation (et le jeu) du Docteur. Je l'ai trouvé absolument délicieux tout au long de l'épisode, bien sûr parce que Capaldi est un excellent acteur mais aussi parce que nous avons droit cette semaine à un échantillon de tout ce qui fait du Docteur un personnage fascinant.

On retrouve ainsi dès le début sa caractérisation de base : le fait qu'il s'agisse avant tout d'un héros qui non seulement ne recule pas devant le danger mais le recherche activement. Il le résume parfaitement lorsqu'il explique à Nardole « we're looking for the maximum danger in the immediate area and walking right into it.” En bon héros, il est bien sûr prêt à faire l'ultime sacrifice et à passer sa vie (enfin, ses vies) à défendre la Terre contre les monstres de la semaine pour que la tribu celte n'ait pas à le faire, répondant à Bill qui lui fait remarquer que ce n'est pas son boulot “It's who I am.I've been standing by thegates of your world, keeping you all safe, since you crawled out of the slime. I'm not stopping now! ». J'ai également trouvé très doctoresque les outils qu'il utilise cette semaine : pas d'armes bien sûr, et ce malgré le fait qu'il se fasse menacer environ la moitié de l'épisode, mais le bluff, le refus de montrer la moindre peur, une sorte de loupe et... un paquet de pop corn.

Cet épisode est également l'occasion pour le Docteur de se livrer à son activité favorite, faire de beaux discours épiques et inspirés. J'ai déjà parlé du moment où il parvient à redonner du courage à Kar en lui disant d'affronter sa peur mais le passage le plus réussi sur ce point est à mon avis le moment où il parvient à convaincre les Celtes et les Romains de ne pas s'entre-tuer. Son ton est parfait et il est possible que je me sois repassée plusieurs fois la scène juste pour le plaisir de voir Capaldi en mode professeur en colère exigeant le calme dans sa classe (j'en profite pour prendre des notes au cas où cela fonctionnerait avec les 6emes surexcités par la fin de l'année^^) : « OK, kids, pay attention. She slaughtered your legion. You slaughtered everything that she loves. Now you all have a choice. You can carry on slaughtering each other till no-one is left standing, or you grow the hell up! Because there's a new war now.” Dans le même genre, tous les moments où il ne montre aucune inquiétude mais beaucoup d'irritation face aux enfants celtes qui le menacent sont très drôles, surtout par contraste avec la peur visible de Nardole.

Mais tout fan sait que malgré ses nombreuses qualités le Docteur est loin d’être parfait. On retrouve donc aussi cette semaine la mauvaise foi caractéristique du personnage. C'est d'ailleurs un point que l'ère Moffat explore assez souvent, les Docteurs de ces dernières années ayant une tendance encore plus nette qu’avant au « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». On le voit, comme je le disais précédemment dans sa manière de critiquer Kar qui se comporte pourtant comme son double mais aussi lorsqu'il tente d'empêcher la 9eme légion et les Celtes de combattre le monstre en leur disant « Oh, stop being brave. I can't bear brave people”… alors même qu'il est sur le point de se sacrifier pour eux.

Cette mauvaise foi est bien sûr loin d’être l’aspect le plus gros défaut du Docteur. A ma grande joie (j’aime beaucoup quand cet aspect de son caractère est évoqué), nous pouvions deviner dès le début de l’épisode que nous allions avoir droit à un petit aperçu du côté obscur du personnage puisque le corbeau, qui répète les derniers mots qu’il entend, se met soudain à croasser « Dark…Doctor ». Et en effet, si nous sommes tout de même bien loin du Time Lord victorious, nous avons en revanche droit à un Docteur revêche qui refuse de faire des efforts (« I'm against charm») et se montre parfois méprisant comme lorsqu’il évoque encore une fois le « hilarious lifespan » des humains Mais surtout nous avons droit au grand retour de ce trait de caractère que Danny Pink avait si bien repéré dans la saison 8 (et Davros avant lui avec d’autres mots) : le Docteur « officier » qui pousse ceux qui l’entourent à se battre et, parfois, à mourir. Il est évident que les incessants « time to grow up » et « time to fight » qu’il répète aux Celtes et en particulier à Kar ont fortement influé sur leur décision finale de se sacrifier et c’est d’autant plus triste que ce n’était clairement pas son intention. Ma théorie est que l’effet miroir entre Kar et lui l’a poussé à se montrer aussi dur avec elle qu’il ne l’est avec lui-même ; rien d’étonnant à ce qu’elle ait du coup décidé d’agir comme lui l’aurait fait.

Enfin, même si sa décision de se sacrifier et de passer ses vies à combattre les monstres voulant passer le portail est très généreuse, elle respire l’hubris : il ne dévoile son plan qu’au dernier moment, ne demande son avis à personne, tente de refuser aux jeunes héros le droit de faire eux-même ce sacrifice et s’exclame même « No-one else can do this, not like I can », ce qui est bien sûr la vérité (aucun d’eux n’est quasi immortel) mais rappelle encore une fois la tendance du Docteur à penser qu’il est systématiquement la meilleure voire unique solution pour chaque problème.

Bref, nous avons droit cette semaine à un Docteur toujours héroïque et profondément attachant (en particulier dans son refus total d’envisager une seconde que Bill est morte) mais beaucoup moins humain et chaleureux que durant le reste de la saison : je lui ai personnellement trouvé pas mal de ressemblance avec sa caractérisation de la saison 8 même s’il est tout de même plus accessible. Nardole lui-même en rajoute d’ailleurs une couche lorsqu’il lui dit en fin d’épisode « I know you're inclined to bear a grudge, so just remember I know about 10% of your secrets. The dark secrets. », rappelant ainsi une dernière fois aux spectateurs que le Docteur est tout à fait capable d’être rancunier et qu’il a un certain nombre de squelettes dans son placard.


III. Missy

Cette semaine, la scénette Missy que nous avons pris l’habitude de retrouver régulièrement ces dernières semaines (quand je vous dit qu’il y a une certaine ressemblance avec la saison 8 !^^) dure cinq bonnes minutes puisque le Docteur a apparemment décidé de l’embaucher comme mécanicienne après avoir pris un ensemble de précautions que nous savons tous être insuffisantes. Elle est « biolocked » et ne peut donc pas toucher aux commandes ni sortir du TARDIS ? Cela ne l’empêche pas de saboter la machine ou, tout simplement, de passer outre le biolock si elle régénère (je suppose qu’elle n’aurait alors plus le même ADN). Sans compter qu’il m’a toujours semblé assez clair que le Master maîtrisait mieux la technologie timelord que le Docteur, qui ne sait déjà pas conduire correctement son TARDIS, et que je pense donc que Missy n’aura pas trop de mal à trouver une parade même sans avoir à régénérer.

De plus, je sais bien que l’empathie n’est pas la qualité première de Twelve mais il aurait tout de même pu se souvenir que la dernière fois que le Master a touché au TARDIS il l’a cannibalisé et transformé en machine à paradoxe, ce qui ne lui a à mon avis pas beaucoup plu. Je doute que le TARDIS soit ravie de son nouveau mécano même si je ne doute pas en revanche qu’elle soit beaucoup plus compétente que le Docteur, qui n’est même pas fichu de faire la maintenance de base. Bref, ce plan me parait profondément foireux, ce qui bien sûr ne veut pas dire qu’il s’agit d’une mauvaise idée scénaristiquement parlant.

Déjà, c’est totalement en accord avec la caractérisation du Docteur. On se souvient qu’il était prêt à garder Master Simm avec lui après la saison 3 alors même que ce dernier l’avait emprisonné et humilié des mois durant, c’est donc d’autant plus vrai pour cette incarnation qui semble prête à faire des efforts et pourrait ressentir du remord. Lui qui était prêt à sacrifier de son énergie vitale pour Davros, son pire ennemi, simplement parce qu’il le croyait mourant et un minimum repentant, comment pourrait-il résister à la possibilité de retrouver son plus vieil ami ?

« That's the trouble with hope. It's hard to resist» avoue-t-il à la fin de l’épisode, et on sait tous que le Docteur préfèrera se faire avoir encore et encore plutôt que de laisser passer une telle chance de retrouver l’amitié de la seule personne qu’il considère comme son égal. Je suis d’ailleurs persuadée que c’est d’elle qu’il parle lorsque Bill demande si, lorsque l’on comprend l’univers tout entier, tout le monde donne l’impression d’être des enfants et qu’il répond qu’il y a des exceptions. Bref, si ce plan du Docteur a un potentiel de capotage énorme, c’ est en tout cas totalement son style. Nul doute de toute manière qu’il a échafaudé un plan de secours pour le cas où Missy s’ avérerait ne pas être sincère, ce qui est tout de même assez probable.

Enfin, et surtout, quelle bonne idée pour le fil rouge ! J’adore Missy (c’est mon incarnation favorite du Master) et je me régale d’avance à l’idée de la voir intégrer même brièvement la team TARDIS. Je suis d’ailleurs ravie de constater que, comme en saison 8 où elle passait son temps à regarder les épisodes sur son I pad, elle persiste cette année à exploser joyeusement le quatrième mur. Elle a donc cette semaine suivi avec nous les aventures du trio via l’écran du TARDIS et a même eu la possibilité de critiquer l’épisode (j’avoue avoir reposé mon stylo avec une certaine gêne devant le « Oh, is she reviewing us now? » indigné de Nardole^^).

En bonne revieweuse, lorsque le Docteur lui fait remarquer que, malgré sa très bonne compréhension générale, elle n’a clairement pas fait attention à la bande son (ce que j’ai là aussi pris assez personnellement vu que c’est un problème récurrent chez moi^^)… elle se la repasse en boucle une fois qu’elle se croit seule ! Franchement, c’est la moindre des choses vu que son premier essai de review (« All those little people, trapped in a hill, fighting forever. Is that really up to your bleeding heart standards? ») est tout de même sacrément succinct et montre qu’elle a clairement raté tout l’intérêt de l’épisode.


Pour conclure, j’ai vraiment beaucoup apprécié cet épisode. Il n'est clairement pas très original et donne tout d’abord l’impression d’être un stand alone classique mais il est bien construit et plein d’humour et Bill et le Docteur ont vraiment la possibilité de montrer tout leur intérêt (et celui de leurs acteurs). Quant-à la fin, elle est fort alléchante (sans compter le next time, dont je parlerai en spoiler).

Si j’avais un défaut à lui reprocher, outre son peu d'originalité, c’est son placement dans la saison. A l’exception des minutes avec Missy, je trouve que l’épisode est bien trop tardif et qu’il aurait vraiment gagné à être placé en cinquième position, après Knock Knock. Déjà, le fait qu’il soit juste après The Empress of Mars met évidemment le doigt sur la grande similarité des scénarios alors que je suis persuadée que cela n’aurait pas été visible s’ils avaient été espacés de quelques épisodes. De plus, il aurait été à mon sens préférable que la nouvelle compagne et les nouveaux spectateurs découvrent en début de saison ce Docteur ambigu, certes héroïque mais revêche et orgueilleux, d’autant plus que Thin Ice avait déjà dévoilé à ceux-ci son côté obscur.

Quant-à Bill, son aspect très débrouillard aurait peut-être gagné à ne pas être aussi tardif : après Clara la compagne très (parfois trop à mon avis) compétente, Bill semble par contraste assez peu efficace, ce qui est comme je l'ai dit normal vu sa jeunesse et sa relation inégalitaire avec le Docteur mais a dû agacer une partie du public (encore une fois, je fais partie de ceux qui apprécient ce changement donc je peux me tromper sur ce point). Ce contraste avec les compagnes précédentes aurait pu être atténué si nous l’avions vu se comporter ainsi dès l’épisode 5, d’autant plus que le mélange d’indépendance et de foi totale en son Docteur dont elle fait preuve cette semaine donne vraiment l’impression qu’elle est en transition et en train de se construire en tant que compagne.

Enfin, dernier argument pour un placement en cinquième position, je trouve illogique qu’une geek comme Bill ait mis autant de temps à réaliser qu’il n’est pas normal que tout l’univers parle anglais : son expérience avec les robots et humains de Smile (dans un futur lointain) et avec l’Angleterre du 19eme siècle dans Thin Ice aurait dû suffire à la mettre sur la voie et le fait qu’elle réalise immédiatement qu’il doit s’agir d’un champ télépathique généré par le TARDIS met encore plus l’accent sur cet étrange aveuglement de sa part. Bref, je pense qu’une bonne partie de ce que l’on peut objectivement reprocher à cet épisode est dû à son placement tardif et c’est un peu dommage.

Pour finir (pour de bon, juré^^) sur le next time :
Spoiler: Afficher
Il semblerait que le 4eme mur continue à prendre des coups la semaine prochaine avec cette fois ci le Docteur dans le rôle du revieweur, j’ai hâte. Et oui, il est possible que j’aie poussé un petit cri de fangirl fort peu distingué à l’arrivée de Master Simm (qui a donc désormais sa barbichette, qu’on ne me fasse pas croire que cette saison n’est pas un immense hommage à la série classique^^).

Ma théorie : Missy désire réellement changer mais son moi du passé va l’en empêcher. Or, comme elle se souvient de son propre passé, elle sait déjà qu’elle va échouer. Ses larmes en fin d’épisode sont donc sincères parce qu’elle sait qu’elle ne va pas tarder à trahir le Docteur mais ne peut pas s’en empêcher vu que cela s’est déjà produit dans sa timeline et qu’elle ne peut pas changer son propre passé. Cela permettra donc à Moffat de nous caser un petit timey wimey avant de conclure la saison, le pauvre doit commencer à trembler devant tout cette linéarité.^^
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Jack l'éventreur
 
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