Sherlock - Saison 4

Rubrique consacrée à la série Sherlock

Sherlock - Saison 4

Message non lupar Fila » 10 Jan 2017, 15:52

Ce topic est fait pour parler des épisodes de la saison 4 de Sherlock.

Merci de bien indiquer au début de votre post de quel épisode vous parlez de façon à ne pas spoiler les personnes qui auraient du retard sur vous.
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Fila
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Re: Sherlock - Saison 4

Message non lupar Tyr » 27 Jan 2017, 14:34

4x01 The six Thatchers

-we'd like you to be godfather.
-God is a ludicrous fiction,dreamt up by inadequates who abnegate all responsibility to an invisible magic friend.
-Yeah, but there'll be cake.


Et voilà, après une courte interruption d’un an (c’est fou comme ce fandom permet de relativiser les périodes d’attente), Sherlock revient sur nos écrans. J’avais personnellement apprécié l’épisode précédent et j’attendais bien sûr beaucoup de cette nouvelle reprise de saison, d’autant plus que les épisodes 1 de Sherlock m’avaient pour l’instant toujours enchantée. Est-ce une réussite cette année ? Hmmm…non, pas vraiment. Je n’ai certes pas du tout passé un mauvais moment mais je ne peux m’empêcher d’être un peu déçue même si je réserve bien évidemment mon jugement jusqu’au 15 janvier (difficile de juger un épisode de Sherlock en dehors de sa saison). Je commencerai par ce qui m’a réellement dérangé avant de consacrer une partie à ce qui me semble plus réussi puis je terminerai sur les personnages principaux et leur évolution puisque je suis incapable de reviewer une série sans consacrer une partie à mon/mes personnage(s) favori(s).


I. Facilités et épidémie de crétineries

Sherlock a toujours été (et c’est pour le poisson rouge que je suis un de ses points forts) un monstrueux méli-mélo d’influences, de storylines et de genres différents plus ou moins habilement condensés en un carcan d’ 1h30. Il est donc, je le conçois, difficile de reprocher à la série d’être un fourre-tout mais c’est pourtant en partie ce qui m’a gênée cette semaine. Plus précisément, j’ai eu l’impression que Gatiss avait un post-it lui rappelant ce qu’un épisode de Sherlock devait nécessairement contenir et qu’il a appliqué la recette à la lettre sans se soucier totalement de la continuité et du rendu global.

Commençons par les nombreuses enquêtes que Sherlock et Watson doivent résoudre durant l’épisode. 5 ou six au bas mot, ce qui n’est probablement même pas le record dans la série. Problème extrêmement gênant… elles ne sont pas du tout développées. Nous avons droit à l’intrigue de base et, parfois, à une phrase ambiguë sur la résolution mais RIEN au milieu et le spectateur ne peut donc pas deviner de quoi il s’agissait.


On touche ici à la célèbre règle du « show, don’t tell » que les scénaristes sont censés respecter : ces morceaux d’intrigue nous DISENT que Sherlock est toujours un brillant détective mais ne nous le MONTRENT pas puisque nous sommes incapables de suivre son raisonnement. « if dog can’t swim, brother is the killer », « it’s never twins »… Je peux bien sûr apprécier l’aspect absurde de ces résolutions qu’on nous envoie pêle-mêle sans explication (mention spéciale au « arrest the Jellyfish, que j’ai personnellement pris pour un clin d’œil à Jim the Fish de Dr Who, tout aussi peu traité par Moffat) mais le fait est que c’est une monstrueuse solution de facilité. On ne prend pas le temps de construire une storyline, on la résume en deux trois phrases dont le seul but est de faire sourire le spectateur.

Tous les épisodes précédents de Sherlock ont joué sur ce ressort mais tous jusqu’à présent nous proposaient au minimum trois ou quatre storylines à peu près compréhensibles par le spectateur . Nous n’avons cette fois que l’intrigue principale (sur les défauts de laquelle je reviendrai), celle du jeune homme dans sa voiture et celle de l’homme que sa femme trompe (et encore, pour cette dernière, une bonne moitié de la résolution est un délire de Sherlock qui m’a cela dit bien amusé). D’ailleurs, s’il y a des médecins parmi vous… est-ce possible que le légiste puisse conclure que le jeune homme était mort depuis une semaine alors qu’il ne reste qu’un squelette carbonisé ? Franchement, je me sens flouée sur ce qui est sans aucun doute un de mes aspects favoris de la série (j’ai une nette tendance à faire passer l’intrigue principale au second plan).

Parlons donc de cette fameuse intrigue principale, Mary II le retour. Je ne parlerai pas pour l’instant de la résolution tragique de celle-ci, que je garde pour ma partie suivante vu qu’elle ne m’a en réalité pas dérangée plus que ça (ce moment de cruauté vous a été offert par Tyr^^). En revanche, je ne suis pas vraiment rentrée dans l’intrigue pour la même raison que dans le précédent épisode « Mary centered » : je ne suis tout simplement pas très intéressée par les intrigues d’espionnage et ce n’est pas ce que je recherche dans Sherlock.

J’ai conscience qu’il ne s’agit là que d’un ressenti subjectif mais c’est comme ça.^^ Je peux en revanche plus objectivement vous faire part de ma déception devant certaines facilités de cette intrigue comme le fait que les personnages les plus intelligents deviennent stupides aux moments les plus opportuns. Ainsi Mary la super-agent ne se débarrasse pas de la clé USB (alors qu’elle a laissé son mari brûler le sien et qu’il s’agit de toute manière d’un énorme risque si elle est arrêté avec) parce que… bah on ne sait pas. A sa place, j’aurai lu avec attention la partie concernant Ajay avant de me débarrasser du tout mais je suppose que je ne suis pas une super-agent. Plus généralement, que ces quatre soi-disant super agents partent en mission avec ladite clé USB est complétement débile : si l’un d’eux est capturé, les trois autres tombent, qu’il les trahisse ou pas.

De même, Sherlock dit stupidement à l’homme qui veut tuer Mary qu’il la connait (sachant qu’il s’est présenté avant, ce sur quoi je reviendrai) et, lorsqu’il part rechercher Mary, ne semble pas avoir pris la peine de s’assurer qu’il n’était pas suivi par celui-ci. Quant-à Mycroft, soi-disant l’homme le plus intelligent du Royaume uni, il n’a pas été foutu de remarquer que sa réceptionniste était une taupe.

Je passe sur le fait que les méchants ayant torturé l’agent se soient amusés à lui répéter 1000 fois le nom de code de celle qui les a trahis, on nous explique au moins que ce sont des sadiques (au point de garder un type prisonnier six ans juste pour le fun cela dit, mais admettons…) mais je trouve que l’agent en question fait une conclusion un tantinet hâtive : Mary n’est pas l’unique « english lady » au courant de la mission. Bref, encore un professionnel qui semble déconner au moment le plus favorable pour l’intrigue mais on va dire que la torture lui a dérangé l’esprit.

Dans le genre conclusion hâtive, si la prof de latin que je suis apprécie le jeu de mot entre ammo et amo, je vois mal comment on a pu un instant accuser celle qui a le nom de code « love » : quelle personne si haut gradée dans le business du top secret serait assez débile pour donner son nom de code à peine déguisé aux terroristes qu’elle aurait avertie ? D’autant plus que lesdits terroristes n’avaient certainement pas exigé un nom de code de la part de la mystérieuse personne très bien informée qui leur donnait une information cruciale. Bref, beaucoup de facilités dans cet épisode : ce n’est pas la première fois bien sûr mais je trouve ça assez flagrant cette semaine.

Bref, des mini enquêtes bâclées et une intrigue principale dont le style me plait moyennement et reposant sur pas mal de facilités. Je dois admettre que je suis un peu déçue. Fort heureusement, d’autres points me semblent bien plus intéressants et m’ont permis de passer un moment agréable.


II Mofftiss, le retour

Vous avez peut être remarqué que je n’ai pas évoqué la mort de Mary dans ce qui m’a déçue sur l’intrigue principale. Je vois bien ce que Mofftiss a voulu faire ici et je ne peux pas le leur reprocher. Toute personne ayant lu les livres (et pas mal des autres fans j’en suis sûre) savait que Mary devait mourir cette saison : malgré tout le soin que les showrunners avaient mis à l’intégrer au duo (et je trouve qu’ils se sont vraiment bien débrouillés), elle perturbait par sa simple existence leur dynamique. Comme le dit Sherlock lui-même au milieu de l’épisode, Mary est tout simplement plus utile que Watson et il est plus logique pour le détective, qu’on ne peut pas accuser d’être sentimental, de l’utiliser elle plutôt que son mari. Mais surtout, les deux showrunners sont bien trop fans du canon pour conserver longtemps un personnage qui est mort (ou du moins a disparu) assez rapidement dans les romans. Ajoutons à cela le fait que les trailers de la saison étaient tous très sombres et je pense qu’on était tous plus ou moins sûrs que Mary ne survivrait pas au mois de janvier.

De ce fait, le seul moyen de surprendre le spectateur était de tuer Mary dès l’épisode 1 et cette idée est je trouve intéressante. Outre l’effet de surprise (et je n’y ai franchement pas cru pendant cinq bonnes minutes et je ne suis toujours pas à 100% sûre de sa mort), cela permet de nous montrer immédiatement les répercussions de ce décès sur le « couple » Holmes/Watson, ce qui est je pense plus pertinent que de nous faire patienter jusqu’à la prochaine saison (si nous en avons une…). J’ai d’ailleurs hâte de voir ce qu’il en est dimanche prochain. J’apprécie de plus le contraste entre la scène de son agonie et celle du début où elle accouche (à part que mon cerveau m’a immédiatement chanté en boucle Circle of life mais Mofftiss n’est pas responsable de mes auto-trollages). Bon, je trouve surprenant le peu de réflexes des policiers normalement entrainés à ce genre de choses lorsque la coupable braque Sherlock ainsi que le fait que Watson, après tout médecin, ne tente rien pour sauver sa femme blessée mais…heu…le choc ?

Je me suis également bien amusée avec les habituelles références au canon. J’avais justement relu récemment The six Napoleons donc les références ne m’ont pas échappées mais il faut admettre qu’elles n’étaient VRAIMENT pas subtiles. Non seulement l’intrigue de départ est la même mais l’ami hacker de Sherlock prend même la peine d’assimiler Thatcher à Napoléon pour ceux qui n’avaient pas compris (on aurait pu s’en passer je pense). Dans cette nouvelle, la « black pearl of the Borgia » est l’objet précieux caché dans un des bustes de Napoléon mais je dois dire que je n’ai pas cru un instant que c’était le cas ici, la fausse piste étant bien trop évidente.

Replacer Napoléon par Thatcher permet également à Gatiss de glisser quelques petites piques anti Tories, franchement moins méchantes que je ne le pensais : une remarque désobligeante de Sherlock sur le physique de Thatcher et, bien sûr, le fait que les deux maisons de propriétaires du buste soient de véritables châteaux (ce serait surprenant cela dit de tomber sur un buste de Thatcher dans la maison d’un mineur du nord de l’Angleterre^^). En revanche, les deux familles Tories sont présentées comme aimantes et il n’y a aucune référence à la politique conservatrice actuelle ou de l’époque de Thatcher, la BBC devrait peut être éviter les habituelles plaintes la traitant de ramassis de gauchistes.^^

Si l’adaptation de The six Napoleons n’est vraiment pas subtile, quelques détails le sont un peu plus afin de faire plaisir aux fans du canon les plus acharnés. Ainsi, le fait que l’un des bustes ait été cassé sous la lampe en dehors de la maison pour que le coupable puisse voir ce qui était à l’intérieur, indiquant ainsi à Sherlock le véritable motif de cette destruction, est directement tiré de la nouvelle, de même que le fait que le destructeur de buste tue un des propriétaires.

De même, nous avons comme toujours quelques citations des nouvelles reprises telles quelles dans l’épisode mais dans un contexte différent. Je suis sûre que j’en ai raté un bon nombre mais j’ai au moins reconnu les deux références à The Adventure of the yellow face, que j’avais également relu récemment. Tout d’abord le passage où Watson dit à Mary “I am not a very good man but I think I am a better one than you have given me credit for being", textuellement ce que le client de Sherlock Holmes dit à sa femme à la fin de la nouvelle. J’avais sur le coup trouvé cette reprise peu pertinente puisque le Watson de la série est un sacré brave type avec la patience d’un saint mais le passage où on voit ce dernier flirter avec l’inconnue ( j’y reviendrai) rend cette phrase bien plus crédible puisque c’est sa culpabilité qui parle.

L’autre référence, bien plus visible puisqu’il s’agit d’un passage vraiment célèbre, est celui où Sherlock demande à Mme Hudson de lui dire « Norbury » si jamais elle le trouve un jour trop sûr de lui (ce qui devrait arriver relativement souvent^^). Il s’agit ici du nom de la traitresse qui tue Mary, symbole de l’échec cuisant de Sherlock à tenir le serment qu’il avait fait aux Watson ; mais c’est également le lieu où se déroule The Adventure of the Yellow Face, une des rares nouvelles où Holmes se trompe complètement dans ses déductions, ce qui le pousse à demander à Watson exactement le même service que notre Sherlock demande à Mme Hudson. Bref, si la référence de base à The Six Napoleons n’est pas subtile pour deux sous, d’autres le sont heureusement un peu plus.

Passons maintenant à un autre intérêt de l’épisode, Wikipedia…heu, Mycroft. Bon, c’est de toute manière toujours un plaisir de revoir ce personnage, que Gatiss interprète avec brio. Il est amusant de constater que si Sherlock (j’y reviendrai) s’est beaucoup humanisé au fil du temps, Mycroft semble quant-à lui être de pire en pire, en particulier lorsqu’il est seul avec son frère. Sa réaction devant la photo du bébé est délicieuse, il faut vraiment que ce soit un incroyable génie pour avoir pu survivre en politique malgré un tel refus des codes sociaux. Je suis d’ailleurs persuadée que c’est à lui que fait référence le nom de code si charmant de “Antartica” lorsqu’il énumère en début d’épisode ceux de tous les agents présents dans la pièce.

Cela dit, l’intérêt principal de l’apparition de Mycroft dans cet épisode se trouve bien sûr à la fin, lorsqu’il téléphone à Sherrinford. Pour ceux qui ne sont pas des inconditionnels de Conan Doyle ou qui ne passent pas leur temps sur internet à lire les spéculations des fans, c’est le nom que Doyle souhaitait d’après ses notes donner au troisième frère Holmes. Cela dit, nul besoin d’avoir compris cette référence pour se douter de ce dont il s’agit puisque le résumé des épisodes précédents dans le pré-générique nous rappelle sans grande subtilité que Mycroft avait fait “référence” à un “other one” de ses frères envers qui il n’avait clairement pas fait preuve de compassion.

On ne peut que supposer que ce Sherrinford est interné, en prison ou en hôpital psychiatrique, vu que Mycroft ne peut pas le joindre directement et doit passer par un opérateur : il n’empêche que le fait que ce dernier se soit fait un petit mémo pour penser à l’appeler une fois par mois montre bien que s’il n’est vraiment pas au fait des relations humaines, il a en revanche un sens de la famille très développé. Je savais bien qu’il avait un grand cœur au fond, très au fond.^^ Dans tous les cas, il est fort probable que l’intrigue Sherrinford soit liée à l’intrigue Moriarty : je recycle donc (c’est important le développement durable) ma vieille théorie comme quoi Moriarty n’était pas tant un homme qu’un titre qu’endossait le chef de l’immense organisation criminelle que Sherlock a cru démanteler la saison dernière. Je suppose que Sherrinford fait également partie de ladite organisation, voire était le Moriarty précédent… ou l’éminence grise derrière les précédents vu que j’ai du mal à imaginer un Holmes dans une autre position que leader, caché ou assumé. A voir dans les prochains épisodes en tenant compte de mon peu de succès concernant les théories.^^


III. Sherlock, Watson(s) et nous
- Give the people what they want.
-No, never do that, people are stupid.

Après le succès fulgurant de leur première saison, les showrunners ont été très vite conscients de l’ardeur de leur fandom (il faut dire qu’ils ont eu tout loisir de s’en apercevoir vu le temps qu’ils ont pris entre chaque saison^^) et n’ont cessé de jouer sur les tropes et les thèmes abordés par celui-ci, de TumblR à fanfiction.net. De la moquerie plus ou moins acerbe (comme dans la citation ci-dessus ou lors de la caricature de convention de fans au début de la saison précédente) au petit clin d’œil plus discret et affectueux (les amateurs de TumblR et de ses codes auront sûrement souri devant Watson et sa petite fleur sur l’oreille, même si ce n’est pas une couronne complète^^), les coups de coude appuyés à leur public ne manquent pas. On retrouve même l’aspect délicieusement pointilleux du fan hardcore lorsque Watson fait remarquer à mary que The Omen et The exorcism sont deux œuvres différentes qui ne sont pas compatibles.

Cela dit, même le scénariste le plus obtus aurait pu réaliser que l’obsession première du fandom en général, plus que les intrigues et la réalisation (souvent excellents cela dit), est la bromance Sherlock-Watson, violemment mise à mal en fin d’épisode même si on se doute bien qu’elle se rétablira au cours de la saison. Concentrons-nous donc sur ces deux personnages et sur l’évènement qui les a séparés.

Commençons par Sherlock. Mofftiss prend bien soin de nous montrer qu’il n’a apparemment pas changé : il est toujours aussi obsédé par les réseaux sociaux (il faudrait qu’il apprenne à faire un hashtag correct par contre^^) et son téléphone (la scène du baptême est très drôle), toujours aussi impoli envers ceux qu’il estime ennuyeux (Lestrade et la pauvre dame d’Interpol en savent quelque chose) et refuse toujours de suivre les conventions sociales de base lorsqu’elles le gênent. Cela donne d’ailleurs lieu à l’échange qui a bien failli détruire le clavier de ma mère (je devrais savoir que boire en regardant cette série est une activité dangereuse) lorsque Sherlock est plus intéressé par la disparition du buste de Thatcher que par les parents en deuil qui attendent qu’il leur explique comment leur fils est mort :
“ Is your friend quite mad?
-No, he's an arsehole, but it's an easy mistake.”

Cela dit, si son comportement reste, pour reprendre la comparaison de Lestrade, celui d’un bébé hyperactif, il est absolument évident que ce Sherlock est différent du personnage que nous avons découvert en saison 1. Il est désormais parfaitement capable d’admettre publiquement son affection pour Watson même s’il ne peut s’empêcher de le faire de manière insultante en le comparant au chien et il est absolument évident qu’il adore Mary et la respecte comme une quasi égale. Mycroft lui-même s’en est aperçu et lui fait remarquer qu’il est désormais guidé par ses émotions.

Cela dit, plus que son comportement lui-même, c’est surtout la manière dont les autres le perçoivent qui a évolué. Plus personne dans son cercle de fréquentation n’a de doute sur le fait qu’au fond il s’agisse d’un brave type alors que Lestrade lui-même n’en était absolument pas convaincu en saison 1 et qu’une partie de ses collaborateurs le pensait même extrêmement dangereux : ce changement de regard a évidemment dû influer sur leurs relations.

De même, ils le connaissent désormais assez (en particulier Watson) pour réaliser qu’une bonne partie du comportement « inhumain » de Sherlock est une façade. Par exemple, le fait que Sherlock semble parfaitement ignorant de tout ce qui ne l’intéresse pas personnellement, même les faits les plus connus, est clairement une exagération de sa part et Watson n’est plus dupe : il réalise par exemple que Sherlock ment quand il fait mine de ne pas connaître Thatcher, ce qui tombe bien puisque je m’apprêtais en bonne fan tatillonne à hurler à l’absurdité puisque Sherlock n’aurait pas pu deviner que le mot de passe du général dans l’épisode 2x02 était « Maggie » s’il ne connaissait pas Thatcher. Vu que c’était aussi Gatiss qui avait écrit cet épisode, l’erreur aurait été étrange.

Mais si une chose n’a absolument pas changé chez Sherlock, c’est son égo démesuré et son goût pour la mise en scène. C’est d’ailleurs probablement l’aspect de son caractère le plus mis en valeur durant cet épisode… et bien sûr une des causes de la fin tragique de celui-ci.

Tout comme le marchand dans le conte que l’on nous ressasse tout au long de l’épisode, il manque plusieurs fois causer la fin qu’il redoute en tentant de l’éviter et c’est à sa trop grande confiance en soi et son goût pour la théâtralité qu’il le doit. Persuadé qu’il est capable de sauver Mary de son passé, et ce même quand Mycroft l’avertit qu’il lui sera impossible de la préserver de ses ennemis ad vitam aeternam, il manque être responsable de sa mort en ne s’apercevant pas que le tueur l’a suivi.

De même, il mène directement ce dernier à Mary en lui donnant son véritable nom lors de leur combat pour le simple plaisir de lui apprendre qui l’a démasqué puis en admettant connaitre Mary. Bien sûr, il a admis cela sous le choc de découvrir la clé USB à la place de la perle qu’il croyait découvrir mais pour un génie il a été étonnament transparent. Je ne parle même pas de la manière extrêmement gamine dont il annonce sa victoire au tueur : « now you've met me and you're not so clever, are you?” est digne d’une réplique de maternelle, Lestrade n’a vraiment pas tort en le comparant à un gosse. Et que dire du fait qu’il manque se faire tuer par Ajay parce qu’il préfère mettre en scène sa découverte de la perle puis monologuer sa surprise en voyant la clé USB plutôt que de veiller à désarmer le tueur qu’il a réussi à mettre à terre !

“I never could resist a touch of the dramatic” avoue-t-il à Norbury à la fin, et c’était franchement inutile de nous le rappeler encore une fois vu que l’épisode tout entier est un étalage de cet aspect de la personnalité de Sherlock. Il parvient même à se moment à refaire LA MEME ERREUR que ce qui a précédemment failli lui coûter la vie, préférant confronter Norbury seul et en ne prévenant que Mary et Watson plutôt que d’attendre la police (qu’il n’a visiblement même pas avertie cette fois, c’est Watson qui prévient Mycroft et ce dernier qui vient avec les policiers).

De même, il décide ENCORE UNE FOIS de narguer la criminelle qu’il a démasqué, étalant les aspects les plus douloureux de sa vie pour le simple plaisir de montrer la brillance de ses déductions et alors même que Mary lui demande d’arrêter puis concluant sa victoire par une réplique toute aussi peu mature que celle qu’il offre à Ajay : « Vivian Norbury,who out-smarted them all. All except Sherlock Holmes. ». Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il manque encore une fois se faire tirer dessus…mais cette fois Mary en paie le prix.

Bref, le goût de Sherlock pour se mettre en scène et sa trop grande confiance en ses capacités ont précipité la mort de Mary et la colère de Watson envers Sherlock ne me semble absolument pas injustifiée. Cependant, il n’est pas le seul responsable de ce fiasco et Watson n’a pas besoin de chercher bien loin qui est au moins autant coupable.

Watson a toujours été un personnage « parfait ». D’une patience angélique devant le comportement toujours extrêmement limite de Sherlock, réussissant à cohabiter dans le même appartement que lui plusieurs années, prêt à risquer sa vie pour lui et parvenant à ne lui casser la figure que deux fois en 10 épisodes, ce qui devrait être un critère suffisant pour sa canonisation. De même, il pardonne deux fois à Mary des choses qui auraient fait fuir n’importe qui : le fait qu’elle soit un ancien assassin, qu’elle ait tenté et bien failli tuer son meilleur ami tout juste ressuscité puis cette fois qu’elle ait préféré fuir plutôt que de lui demander son aide. Mais cette fois-ci, crise de la quarantaine je suppose, le médecin/ami/père parfait « chute » et a une aventure, même si tout semble indiquer qu’elle s’est résumée à un échange de textos (d’ailleurs, sans vouloir mettre en doute le charme de Watson, je pense que la demoiselle n’est pas nette et travaille pour le méchant de la saison). Inutile d’être un expert en dramaturgie pour comprendre que cette faute va lui coûter très cher et le retour de karma est en effet fort rapide.

Mais si cette faute de Watson indique déjà au spectateur habitué aux ressorts narratifs qu’il va perdre sa femme d’une manière ou d’une autre, ce n’est évidemment pas ce qui cause la mort de Mary dans l’épisode. En revanche, le comportement fortement irresponsable du couple est au moins autant à blâmer que celui de Sherlock. On parle quand même de jeunes parents qui, alors même qu’ils se sont promis de ne pas faire courir le moindre risque à leur progéniture, partent avec le bébé suivre Sherlock et son chien dans tout Londres afin d’attraper un dangereux tueur. Toute cette scène assez WTF (je doute que même un chien exceptionnel puisse suivre un homme blessé dans une ville aussi peuplée que Londres, ce dernier n’avait de toute manière qu’à prendre un transport en commun pour que la piste disparaisse) n’a d’ailleurs comme seul intérêt que de montrer que Watson et Mary sont au moins aussi inconscients que Sherlock lorsque « the game is on ».

Je me permets également de remarquer que Watson dit à Mary que c’était son idée de mettre un traqueur dans la clé USB. Cela signifie que Sherlock avait fait ce qu’il fallait et prévenu Watson : les deux ont donc décidé de concert que Holmes serait celui qui confronterait Mary dans un endroit bien isolé (l’affection pour les « touch of the dramatic » du personnage est un festival cette semaine^^) afin de lui laisser tout loisir de fuir. Pourquoi ? Si ce n’est pour faire fonctionner l’industrie du transport aérien, en crise depuis quelques années, et pour nous offrir une scène de confrontation Mary/Watson qui fait un bel écho à celle de His last Vow en saison 3, je ne sais pas. Il aurait été bien moins dangereux (et coûteux) de la confronter tous les deux avec la clé.

Bref, si la colère de Watson envers Sherlock en fin d’épisode est parfaitement compréhensible (ce dernier n’est pas sans reproches et la colère et le chagrins sont souvent aveugles), je pense que Watson et Mary sont au moins autant à blâmer. A mon avis Watson le sait parfaitement, sans compter que son « adultère » doit sacrément augmenter son sentiment de culpabilité, mais préfère blâmer Sherlock pour ne pas avoir à examiner sa propre culpabilité.


Conclusion de cet épisode et de cette review (enfin !) : Mary est morte (du moins j’espère, je me méfie de Moffat et de son incapacité à tuer réellement ses personnages), Sherlock est assez démoli psychologiquement pour non seulement demander à Mme Hudson de le prévenir lorsqu’il retombera dans l’hubris (il va vraiment falloir songer à l’augmenter cette pauvre dame^^) mais aussi pour voir un psy (à moins que ce ne soit une « ruse », j’ai vraiment du mal à imaginer le personnage recourir à cette méthode) et Watson s’est enfermé dans son chagrin et refuse de voir Sherlock. Le dernier message de Mary semble cela dit indiquer que la brouille entre les deux personnages ne durera pas et que Sherlock trouvera un moyen de remonter le moral à John, ne serait-ce que parce que ce sont les dernières volontés de Mary.

Cela dit, son dernier message semble indiquer une fin encore plus tragique pour la saison. “The danger was the fun part but you can't outrun that forever. You need to remember that” dit-elle à Sherlock qui prend au moins autant de risques dans son “travail » de détective qu’elle dans toute sa carrière s’assassin. Vu le titre du dernier épisode, il est clair que Mofftiss veut nous faire croire que Sherlock ne survivra pas à la saison et les rumeurs selon lesquelles la saison 4 serait la dernière sont nombreuses. J’avoue que je n’y crois pas (la série est un immense succès et le staff semble beaucoup s’amuser) mais rien n’empêche en revanche Mofftiss de nous faire patienter plus encore que d’habitude pour la saison 5. A voir donc… Dans tous les cas, même si je n’ai pas trouvé cet épisode transcendant, j’ai hâte de découvrir le prochain : j’ai toujours adoré les épisodes où les bromances détruites se renouent, je pense que je vais être servie.^^
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Re: Sherlock - Saison 4

Message non lupar Tyr » 27 Jan 2017, 14:35

4x02 The lying detective

Ah, c’est mieux! Si l’épisode précédent m’avait laissé une impression mitigée, celui-ci, malgré quelques longueurs, est nettement plus digne de la série. Du comique, du tragique, un peu d’absurde, des rebondissements incroyables, une réalisation magnifique et de chouettes personnages… Sherlock est de retour ! Il y a beaucoup à dire sur cet épisode mais un fil rouge se dessine néanmoins : Mofftiss semble avoir consacré cette semaine à la psychologie de ses personnages et à jouer sur la frontière parfois fort ténue entre le normal et l’anormal.


I. Sherlock et Watson
- You're actually out of control!
- When have I ever been that?
- Since the day I met you.
- Oh, clever boy.I've missed you bumbling round the place.


Comme je l’avais suggéré la semaine dernière, la destruction de la bromance Watson/Sherlock n’aura pas duré. Bon, ce n’était pas non plus bien difficile à deviner puisque ladite bromance est un des éléments les plus cruciaux de la série et que vu son peu d’épisode celle-ci ne peut pas se permettre de faire traîner la brouille entre les deux personnages. Si le dénouement de la dispute est sans surprises, la manière dont Mofftiss résout le problème est intéressante. La mort de Mary avait profondément déséquilibré la relation entre Watson et Sherlock, ce dernier étant pour les deux personnages la cause du décès qui a détruit la vie du premier : l’épisode prend soin de rétablir l’équilibre en Sherlockisant Watson et Watsonisant Sherlock.

Sans surprises, le Watson du début de l’épisode est au plus bas. Rongé par le chagrin et la culpabilité il ne dort plus, boit et se retrouve dans l’incapacité de s’occuper de son bébé, enfin de ses bébés si on compte Sherlock.^^ Or, ce deuil a l’effet narrativement intéressant de faire basculer Watson, jusqu’alors le personnage qui apportait à Sherlock une dose fort bienvenue de normalité, dans l’anormal le plus total. Lui qui jusqu’à présent était défini par les rôles qu’il accomplissait parfaitement (ami/garde-fou de Sherlock, médecin, mari et père), est désormais incapable de les endosser : il a perdu sa femme, Molly (quelle bonne poire tout de même) s'occupe de son enfant, il ne veut plus voir Sherlock et deux personnes (Smith et Sherlock) dans le même épisode mettent en cause ses qualités de médecin dont lui-même semble douter (il demande à Molly un contre-examen pour Sherlock). Il est d’ailleurs parfaitement conscient de cet échec et rejette les platitudes de sa psy sur ce sujet : “Why? Why is it understandable? Why does everything have to be understandable? Why can't some things be unacceptable and we just say that?”

Son chagrin et sa colère le rendent également plus instable, comme on peut le voir lorsqu’il casse la figure à Sherlock et semble incapable de s’arrêter : bon, ça devait faire 3 saisons qu’il en rêvait et cela fait sans aucun doute 11 épisodes que ce dernier le méritait mais ce n’est quand même clairement pas le comportement normal de Watson. De même, il est assez déstabilisé pour complètement perdre confiance en Sherlock, comme le montre sa discussion avec Lestrade : ce n’est pas la première fois que ce dernier doute de la conscience et/ou de la santé mentale de Sherlock mais Watson avait jusqu’à présent été beaucoup plus fidèle. La caractérisation de base de Watson, personnage jusqu’à présent très prévisible, est apparemment complètement bouleversée et le rend plus difficile à cerner, ce qui le rend paradoxalement bien plus proche de celle de Sherlock.

Mais l’élément qui « anormalise » complètement Watson est bien sûr ses hallucinations/rêves éveillés de Mary. J’offre d’ailleurs un point de trollage à Moffat, qui est clairement conscient de sa réputation bien trop méritée d’être incapable de vraiment tuer ses personnages et nous fait croire pendant quelques longues secondes que Mary est vivante et se cache chez Watson. Les fantômes ayant de toute manière droit à une longue et belle retraite dans Sherlock (demandez à Moriarty), Mary revient donc pour (au moins) un épisode en tant que conscience de Watson. Je ne suis pas une experte en psychologie mais je suis à peu près sûre que ce n’est pas normal de pouvoir discuter avec sa femme décédée, cette dernière est d’ailleurs visiblement d’accord avec moi puisqu’elle ne cesse de rappeler à Watson qu’elle est morte et de le pousser à en parler à sa psy.

Ces hallucinations lui permettent néanmoins, comme je le disais, de se rapprocher de Sherlock dont la capacité à discerner le réel de l’irréel est fortement atteinte cette semaine et qui croit d’ailleurs pendant une bonne partie de l’épisode avoir totalement hallucinée le personnage de Faith. Il est aussi très intéressant de constater que Watson, que nous avons jusqu’à présent vu comme difficilement capable de comprendre sans explications comment Sherlock déduit les choses (il a d’ailleurs tendance à refuser d’écouter lesdites explications lorsqu’il est énervé/que les scénaristes n’ont pas envie de se fouler à expliquer), est en fait tout à fait capable de faire aussi bien. Il/Mary comprend comment Sherlock a pu deviner quelle nouvelle psy il choisirait et à quel jour et quelle heure il y serait, ce qui nous donne d’ailleurs un joli clin d’œil au mansplaining, Moffat étant visiblement très déterminé à se debarrasser de sa réputation de sexiste (« you are done with the world being explained to you by a man.Well, who isn't? »)

Watson est également capable de remarquer le lapsus de Mycroft et de déduire qu’il existe un Holmes caché et réalise avec un simple son que Adler est vivante et qu’il s’agit de l’anniversaire de Sherlock. Bref, le recul que cette hallucination lui permet de prendre sur ses pensées/sentiments le Sherlockise beaucoup et Mary a en fait le même rôle pour Watson que les indices incrustés à l’écran pour Sherlock.

Instable, incapable d’assumer son rôle social, à la limite de la folie mais en parallèle beaucoup plus apte à déduire les faits : Watson s’est clairement Sherlockisé. La scène où il laisse sa canne dans la chambre d’hôpital comme cadeau d’adieu est d’ailleurs très symbolique : il estime n’avoir plus besoin de Sherlock, qui avait remplacé sa béquille en lui amenant le danger et l’imprévu qui avait fait disparaître sa douleur psychosomatique, mais refuse également de servir à nouveau de béquille à ce dernier comme il l’a fait toutes ces années en lui servant à la fois d’homme de main et d’interface avec le reste de l’humanité. Bref, Watson n’est plus Watson… jusqu’au moment où l’on réalise que Sherlock complètement drogué et Mary post mortem sont capable de prévoir l’intégralité de ses réactions.

Passons désormais à l’autre membre du duo. Ce n’est pas la première fois que nous voyons Sherlock complètement drogué et, comme dans le 3x03, il s’agit en réalité d’une partie d’un plan élaboré, cette fois pour « reconquérir » John. Je digresse d’ailleurs quelques lignes mais… si Sherlock est parfois à la limite de l’autisme, Mary est une complète psychopathe ! Elle a tout de même exigé de Sherlock, qu’elle a déjà bien failli tuer l’année précédente, de se redroguer au point d’être en grave danger puis de risquer sa vie en s’attaquant à une personne dangereuse afin que son mari se sente utile ! Et elle ne pouvait évidemment pas savoir au moment où elle a enregistré ce message qu’elle mourrait pour sauver Sherlock, c’est donc une demande on ne peut plus gonflée. Avec des amis comme ça, pas besoin d’ennemis.

Bref, revenons à Sherlock, qui passe donc la quasi intégralité de l’épisode complètement high. Sherlock drogué ressemble d’ailleurs à une partie de Kamoulox : « -Je tire sur les murs en beuglant du Shakespeare puis me désarme pour sauver ma tasse de thé.- Impossible, vous avez Mme Hudson en mode James Bond girl en opposition ! » La réalisation s’en donne à cœur joie pour faire partager au spectateur l’état de Sherlock et certains plans comme lorsqu’il passe sans s’en rendre compte de du bord de la Tamise à un carrefour puis à son appartement et ce dernier se met à tourner sont vraiment réussis : je me demande d’ailleurs si une des résolutions d’enquête que l’on entraperçoit dans l’épisode précédent (« the room was spinning ! » est un petit clin d’œil des scénaristes à ce qui nous attendait cette semaine. Ce ne serait pas la première fois que Mofftiss joue à ça. Je trouve néanmoins la partie avant son petit voyage dans le coffre de Mme Hudson un tantinet longue, comme par exemple les deux bonnes minutes à expliquer l’importance de la disposition de la fenêtre et de la taille de la pièce pour comprendre la décoloration du papier.

Les effets de la drogue sur Sherlock sont en tout cas très intéressants. Pas le fait qu’il ait tendance à douter de ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, ce qui est classique, mais qu’il ne soit soudain plus assez rapide pour suivre les constatations de son propre cerveau. Il parvient à observer et enregistrer les indices mais peine à les interpréter immédiatement ou, çà l’inverse, déduit immédiatement certaines choses mais ne sait pas comment il en est arrivé à cette conclusion. Cela rejoint d’ailleurs encore une fois une idée mentionnée dans l’épisode de la semaine dernière, lorsque Sherlock émet la théorie que les intuitions sont en réalité des « data processed too fast for the conscious mind to comprehend. » Bref, son cerveau lagge autant que mon vieil ordinateur durant une partie de Fallout IV, ce qui est un léger handicap dans son métier (et durant mes parties Sad ).

Là encore, la réalisation s’en donne à cœur joie pour montrer cet état à grand coup de ralentis et en reprenant les méthodes utilisées dans le 3x02 pour montrer son état d’ébriété, remplaçant les habituels messages incrustés par de simples mots (« damp ») voire un simple « something » lorsque Sherlock n’est même plus capable de comprendre ce qu’il remarque. Il est également amusant de constater que Sherlock, dans son état, est capable d’exploser allégrement le 4eme mur : il voit réellement les messages incrustés et utilise ses mains pour les effacer. J’ai passé l’épisode à attendre qu’il donne un coup de poing à la caméra en grommelant qu’il se sent observé mais Mofftiss n’a pas osé aller aussi loin : la saison prochaine peut-être.^^

Même complètement drogué, Sherlock reste Sherlock. Sa seule « erreur » est de ne pas avoir réalisé qui était Faith, ce qui est fort pardonnable vu qu’il ne la connaissait pas. Pour le reste, il parvient parfaitement à prévoir les réactions de Watson, Mme Hudson, Molly et Culverton Smith et ce malgré le handicap d’avoir un cerveau à moitié fonctionnel. Il reste également le sale gosse qu’il est absolument toujours lorsque son frère est concerné et parvient à l’insulter à plusieurs kilomètres de distance pour le plus grand plaisir de tout le service d’espionnage britannique. Quant-à son idée de faire un véritable meth lab dans sa cuisine, c'est est profondément…lui. On retrouve enfin son goût pour la weblife lorsqu’il cite au méchant de la semaine le célèbre meme « It’s funny cause it’s true » et son égo surdimensionné quand il ne prend pas la peine de corriger ceux qui pensent qu’il est l’auteur du blog de Watson.

Même son goût pour la mise en scène est intact et ce malgré le fait qu’il a indirectement contribué à la mort de Mary. Il donne ainsi à Culverton et Molly l’adresse de la psy de Watson avec deux semaines d’avance alors qu’il lui aurait été plus simple d’attendre confirmation mais cela a au moins un but, montrer à ce dernier que ses capacités intellectuelles sont intactes malgré la drogue. En revanche, son petit jeu de compte à rebours avec Culverton est complètement m’as- tu-vu, Sherlock admet lui-même d’ailleurs qu’il a arrondi le temps qu’il reste avant sa révélation « for dramatic purpose ».

Cela dit, une différence dans le comportement de Sherlock est évidemment le fait qu’il soit très visiblement rongé par le remord. Il se sent directement responsable de la mort de Mary, ce qui explique sans doute qu’il n’ait pas hésité à suivre son plan si dangereux même si Sherlock est probablement assez fou et attaché à Watson pour avoir accepté de toute manière. Tout comme dans le final de la saison 2 lorsqu’il s’agissait de sauver ceux qu’il aime, il est prêt également à accepter que sa réputation soit détruite si cela lui permet d’arrêter Culverton, ce qui donne lieu à une autre pichenette au 4eme mur lorsque Lestrade, convaincu comme Watson de la culpabilité de Sherlock, se demande s’il n’aurait pas dû voir venir : « We did see it coming.We always saw it coming, but it was fun » s’adresse tout autant à Lestrade et Watson qu’aux spectateurs en train de se régaler devant la descente aux enfers de Sherlock (à qui le look drogué avec barbe de 3 jours va fort bien d’ailleurs^^).

Son remord est tel qu’il a clairement manipulé Watson pour que ce dernier le roue de coups : certes, cela lui permet de pénétrer l’hôpital mais il y avait d’autres moyens de le faire vu son état physique après des semaines de drogues. Pire encore, lui qui de saison en saison s’était assez humanisé pour admettre sans gêne son affection se considère à nouveau comme en dehors du genre humain, comme le montre sa conclusion quand il dit à celle qu’il croit être Faith que quelqu’un qui aurait vu ses cicatrices d’auto-mutilation aurait certainement tenté de l’aider : « Isn’t it what you people do ? ». C’est bien sûr d’autant plus ridicule qu’il vient de passer quelques heures, malgré son état lamentable, à marcher dans tout Londres pour empêcher une suicidaire de passer à l’acte (et insulter son frangin mais ce n’est qu’un bonus^^).

En début d’épisode, Watson accuse Sherlock d’être un simulateur, idée bien sûr renforcée par le titre de l’épisode. Or, il est amusant de constater que c’est probablement un des épisodes où Sherlock dissimule le moins la vérité. Il admet immédiatement à Watson qu’il s’agit d’un plan même s’il ne développe pas parce qu’il sait que cela ne lui plairait pas. De plus, comme le dit Mme Hudson à Mycroft, les indices évidents montrant les émotions de Sherlock sont partout. Lesdites émotions transparaissent même dans ses dialogues, comme lorsqu’il dit à Watson en parlant de sa ruse pour voler le portable de Culverton « I needed a hug » : il est évident qu’il ne parlait pas que de sa méthode pour subtiliser le téléphone et le câlin final (et si maladroitement touchant^^) que Sherlock fait à Watson le prouve bien. Je trouve d’ailleurs Mary (enfin, Watson du coup) bien dur(e) quand il/elle dit qu’il s’agit d’un monstre : il a rarement été aussi humain.

Bref, Sherlock est paradoxalement dans cet épisode plus ouvert que Watson, qui refuse d’admettre ses sentiments à sa psy et à sa Mary intérieure : un Sherlock watsonisé et un Watson sherlockisé, la balance est rétablie et la bromance peut à nouveau fonctionner. Leur discussion finale résume d’ailleurs tout à fait cet échange de personnalité .Watson avoue ne pas réellement être un brave type mais uniquement chercher à être l’homme que Mary croyait qu’il était (même si je pense franchement qu’il exagère, seul un quasi saint aurait pu supporter Sherlock aussi longtemps^^). Quant-à Sherlock, il est contraint d’avouer qu’il a sauvé Adler et qu’elle ne le laisse pas indifférent, ce qui me laisse d’ailleurs une impression mitigée : j’aime beaucoup Adler et la réflexion de Mary à ce propos ( «Oh, the posh boy loves the dominatrix. He's never knowingly under-cliched, is he?”) m’a fait hurler de rire mais je tiens beaucoup à l’asexualité de Sherlock, ce n’est pas comme si on avait des masses de représentations dans les œuvres populaires. J’espère que ça en restera là.^^


II. Les personnages secondaires

Je disais dans mon introduction que cet épisode jouait beaucoup sur les notions de normalité. Le parangon de normalité qu’était Watson devient ici instable et flirte avec la folie, la caricature d’anormalité qu’est Sherlock devient ici très humain. On retrouve ce jeu avec les autres personnages du cercle de Sherlock.

La révélation de l’épisode est bien sûr Mme Hudson. Enfin, révélation… en réalité rien n’est nouveau. On savait déjà qu’elle était la veuve d’un dealer et l’épisode 3x03 nous avait fait la révélation de son passé de danseuse exotique mais il est si facile d’oublier tout cela devant cette caricature de charmante grand-mère british. Le début de l’épisode est clairement le Hudson show et j’ai adoré ça. En effet, pourquoi cette femme que l’on sait être riche (effectivement, être propriétaire au centre de Londres n’est pas donné à tous) n’aurait-elle pas une voiture de luxe ? Pourquoi se gênerait-elle pour conduire à toute vitesse alors qu’elle a au téléphone l’homme le plus puissant du royaume uni qui ne demande qu’à lui arranger les choses ? Pourquoi ne se permettrait-elle pas d’emprunter les menottes de son locataire à qui elle passe déjà tant de choses lorsqu’elle souhaite s’amuser? Et pourquoi la veuve d’un criminel hésiterait-elle à menacer d’une arme et mettre dans le coffre ledit locataire indélicat lorsqu’il va trop loin ou à faire semblant de pleurer pour arriver à ses fins? On sait bien qu’une personne normale aurait évincé Sherlock depuis longtemps et elle-même ne cesse de répéter depuis l’épisode 1 qu’elle n’est pas une « housekeeper » mais c’est très simple d’ oublier que Mme Hudson est en réalité tout aussi déjantée que Sherlock malgré son style plus sobre et l’épisode nous fait une piqûre de rappel tout à fait bienvenue.

Et puis nous avons Mycroft. Ce personnage est capable de faire passer Sherlock pour un modèle d’intégration sociale même s’il a troqué le coté imprévisible et anarchiste du reste de la fratrie contre un aspect manipulateur glacial. Fidèle à lui-même, il n’hésite pas à utiliser toute une équipe d’espionnage pour surveiller Sherlock sous le prétexte fort léger que ce dernier est dangereux lorsqu’il est en roue libre. De même, il est si éloigné des interactions humaines qu’il met un temps franchement gênant pour un homme de son âge à comprendre que lady Smallwood le drague sans aucune finesse. Il est d’ailleurs le premier à admettre son inhumanité (tout comme son frère d’ailleurs, ces deux là se ressemblent plus qu’ils ne l’avouent) et, lorsque Mme Hudson s’écrie « anyone who stays here a minute longer is admitting to me personally they do not have a single spark of human decency », il ne songe pas un instant à bouger.

Mais cet épisode semble s’amuser à inverser ce que l’on sait des personnages et l’inhumanité de Mycroft ne tient pas la route cette semaine. Tout d’abord, il est absolument évident que son utilisation des espions n’est pas une question de sécurité nationale : Sherlock n’est dangereux que pour lui-même et ceux qui s’attaquent à ceux qu’il aime, même quelqu’un d’aussi paranoïaque que Mycroft doit le savoir. Comme toujours depuis le début de la série et comme on peut le remarquer sans le moindre doute dans le 3x03, Mycroft s’inquiète pour son petit frère et cherche à le protéger. Ce passage permet aussi à Mofftiss de glisser la petite pique anti Tories qui n’était qu’amorcée la semaine dernière : lady Smallwood comme Mycroft sous-entendent fortement que le premier ministre est profondément chiant et il s’agit probablement bien de l’actuelle puisqu’ils précisent « she ».

Pour revenir à Mycroft, il est amusant de constater que celui qui, de l’aveu même de Sherlock à l’égo pourtant surdimensionné, est bien plus intelligent que lui, puisse encore faire des erreurs aussi grossières sur le caractère de son frère. Il lui a pourtant dit lui-même dans l’épisode précédent que Sherlock était devenu trop émotif mais il ne pense pas un instant que la raison de l’état de son frère puisse être liée à l’émotion ou à interroger les deux personnes qui connaissent le mieux ses états d’âme. Je le soupçonne tout simplement de ne pas avoir vu les épisodes précédents et d’être resté au début de la saison 1, quand Sherlock était effectivement bien plus conduit par son mental que par ses émotions : c’est ça les grands frères, incapables de remarquer que vous grandissez !^^

Pour ceux qui doutent de la dévotion totale de Mycroft à sa famille, on peut remarquer qu’il a clairement gardé contact avec sa sœur (probablement) internée, et ce sans rien dire aux autres membres importants du gouvernement (lady Smallwood est surprise) et que la situation le trouble assez pour qu’il fasse un énorme lapsus assez visible pour que sa collègue et Watson le comprennent. Enfin, le fait qu’il rebrousse chemin pour prendre la carte de lady Smallwood montre que cette dernière ne le laisse pas indifférent, ce qui éveille en moi les mêmes sentiments mitigés que pour l’histoire Sherlock/Adler, et ce pour exactement les mêmes raisons même si je ne doute pas du coté cocasse que pourrait apporter une relation entre Mycroft et cette lady au caractère bien trempé.


III. Les ennemis

Comme à peu près tous les méchants de cette série, Smith et Eurus sont tous les deux clairement anormaux. Il est en revanche intéressant de constater qu’ils le sont de manière totalement opposée.

Culverton Smith est une caricature du méchant qui ne manquera pas de rappeler de mauvais souvenirs aux britanniques et je félicite Mofftiss d’avoir osé proposer sur la BBC un personnage qui est clairement le miroir de Jimmy Savile. Pour ceux d’entre vous qui ont raté cette affaire qui a profondément ébranlé la confiance des britanniques en leurs institutions d’enterteinmant, Jimmy Savile était un présentateur britannique fort aimé du public mais il a été révélé après sa mort qu’il avait abusé de centaines d’enfants et jeunes filles. La BBC a été quant-à elle accusée d’avoir étouffé l’affaire pendant des années.

Il ne fait aucun doute que Culverton Smith est Savile. Comme ce dernier, il s’agit d’un « enterteiner » (on n’en sait pas beaucoup plus). Comme ce dernier, il est connu pour ses nombreuses actions charitables, en particulier autour des hôpitaux. On le voit même à un moment sur vidéo courir un marathon pour une quelconque organisation caritative, ce qui était aussi une spécialité de Savile.

Surtout, comme Savile, Smith se cache à peine. Des rumeurs sur la pédophilie de Savile circulaient tout de même de son vivant et il ne les rejetait que du bout des lèvres tout en cultivant son ambiguité, Smith semble quant-à lui adorer avouer être un monstre.« You wouldn’t believe the things they let me get away with” avoue-t-il aux journalistes sur un des articles que Sherlock a découpé et affiché dans son appartement, et toutes les apparitions publiques que nous avons du personnage sont de cet acabit.

Il force son conseil administratif à prendre une drogue effaçant la mémoire, il tourne une pub où il est un cereal killer (je n’arrive pas à croire qu’ils aient réussi à caser ce calembour Smile ), il parle de tueurs en série devant des enfants et menace de manière à peine voilée ceux qui travaillent pour lui en demandant sur un ton menaçant depuis combien de temps ils travaillent pour lui. Dernier parallèle, et ce sans vouloir faire du délit de faciès, Savile comme Toby Jones (que les whoviens ont pu déjà admirer dans la saison 5 sous les traits du dream lord) ont un physique très…particulier, que la caméra ne cesse ici de déformer à coup de gros plan et angles étranges.

Sherlock, lors de la scène avec les enfants, dit que les tueurs en série ont besoin d’une reconnaissance du public et c’est très clairement le cas de ce méchant qui semble incapable de ne pas confesser son crime. Il n’est donc pas surprenant que nous apprenions à la fin que c’est Smith lui-même qui a donné le papier servant de preuve à Eurus, comment aurait-il pu résister à un bras de fer avec le plus grand des détectives ? Bref, ce méchant est profondément anormal mais tellement public qu’il en est paradoxalement presque invisible .

Eurus quant-à elle est l’exact opposé. Je tiens d’ailleurs à féliciter Mofftiss pour ce qui est à la fois très facile et magistralement trouvé…faire du dernier Holmes une femme. Je me suis bien sûr fait avoir alors même que je soupçonnais fort la dame du bus de la semaine dernière de travailler pour le méchant de la saison. Il faut dire que l’aspect assez gender neutral de l’anglais n’aide pas à penser au féminin, j’espère donc que la VF ne s’est pas plantée quand elle a traduit « the other one » en saison 3.^^

Pourtant les indices ne manquaient pas : la voix enfantine dans les flash back de Sherlock était plutôt féminine et une des premières choses que la psy de Watson lui dit en début d’épisode est qu’elle pense qu’elle lui rappelle Sherlock. J’apprécie également la continuité avec la saison précédente : nous savons désormais que le vent d’est dont parlait Mycroft pour menacer son frère d’un danger intangible n’était pas une figure poétique.

Que sait-on donc d’Eurus ? Elle a clairement disparu depuis assez longtemps pour que Sherlock ne la reconnaisse pas à deux occasions (certes, il est drogué et elle est déguisé mais on parle de Sherlock) et pour qu’il n’ait pas compris lui-même la référence de Mycroft au vent d’est (à moins qu’il n’en ait tout simplement pas parlé à Watson). Elle est passée maître dans l’art du déguisement, ce qui est amusant puisque c’est une qualité de Sherlock dans les livres mais que Mofftiss ne l’avait en effet que très peu développée dans la série.

Elle semble apprécier Sherlock et détester Mycroft, comme le montre le « You’re nicer » qui lui échappe lorsque Sherlock et elle marchent tout en insultant « big brother ». Certes, elle complète après par « than anyone » mais c’est visiblement juste pour que Sherlock puisse réaliser que le nom unique de la victime de Smith était « anyone » : même une suicidaire à qui Sherlock vient d’offrir de délicieuses frites ne devrait pas trouver que ce dernier est plus gentil que n’importe qui.^^

Clairement aussi brillante, voire plus, que ses deux frères, elle parvient non seulement à manipuler parfaitement Sherlock mais également Watson, qu’elle ne connait pourtant que par ses échanges de textos et quelques sessions de thérapie. Elle est aussi clairement liée à Moriarty (je persiste à penser que c’est un titre plus qu’un nom, laissez-moi ma théorie^^) même si je suppose que le « miss me » qu’elle a mis sur la feuille pourrait être du bluff : il semble assez évident que le « mutual friend » qui a mis en contact Eurus et Culverton Smith est le Moriarty actuel, ou du moins quelqu’un de son organisation. Oh, et elle est aussi visiblement complètement folle, ce qui accrédite l’idée qu’elle était jusqu’à présent internée, Sherrinford étant sans doute le nom de l’institution qui la détenait.

Bref, si les deux méchants de l’épisode sont clairement anormaux, Eurus est l’exact opposé de Smith. Il était une figure publique célèbre qui ne cessait de confesser indirectement ses crimes, elle ne fait que se dissimuler et endosser différentes personnalités au point que nous ne connaissons pas encore sa véritable apparence. Vu ma grande difficulté à reconnaître les visages, je sens que je n’ai pas fini d’en baver si Eurus devient un méchant récurrent.^^


Pour conclure, si cet épisode n’est bien sûr pas parfait, il est déjà bien plus proche de ce qui me plait dans la série et j’ai hâte de voir ce qui nous attend ce soir. J’achèverai sur cette remarque ambiguë de Sherlock, qui est décidément très enclin à ébranler le 4eme mur quand il est drogué : « Must be something comforting about the number three,people always give up after three. » Il parle bien sûr du fait que Smith se soit arrêté aux trois micros dans ses vêtements mais l’allusion au fait que chaque saison de Sherlock ait trois épisodes est évidente.

J’ai entendu dire que certains fans avaient pris cette phrase comme la promesse d’un 4eme épisode caché mais j’ai du mal à y croire : la BBC n’a jamais été excellente pour ce qui est de garder un secret, l’épisode de ce soir a d’ailleurs déjà été leaké même si j’ai personnellement resisté (bon, ok, j’ai testé une petite minute par curiosité et je peux vous dire que la voix russe de Cumberbatch est fort sexy^^). Personnellement, je prends plus cette phrase comme une promesse d’une saison 5, que de nombreux fans semblent penser très compromise, mais c’est peut être juste mon refus de voir partir cette série qui parle. Et puis le chiffre trois peut faire allusion à bien des choses, pour ce que j’en sais on va peut être entendre parler d’un quatrième frangin Holmes.^^ Dans tous les cas nous serons fixé dans quelques heures, à bientôt donc pour la review du final.
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Re: Sherlock - Saison 4

Message non lupar Tyr » 27 Jan 2017, 14:37

4x03 The final problem (snif! reviens Sherlock :( )



Et voilà. La saison, voire peut-être la série est désormais terminée et il ne reste plus qu’à disséquer le dernier épisode/la saison/la série dans son ensemble, ce qu’internet n’a bien sûr pas manqué de faire. La majorité des critiques « professionnelles que j’ai pu lire semblent être plus ou moins fortement déçue de la direction que Sherlock a prise ses dernières années et que l’on retrouve en effet complètement dans ce final : moins d’enquête, plus de drama. Je comprends ce point de vue mais ayant passé la moitié de l’épisode à pleurer comme une madeleine et l’autre à retenir mon souffle entre deux ricanements, je pourrais difficilement casser beaucoup de sucre sur le dos de l’épisode malgré certains défauts assez évidents.

Le fait est que Mofftiss n’a jamais prétendu faire de Sherlock une série policière et n’a cessé au fil des saisons de raccourcir la partie enquêtes au profit de l’aspect émotionnel, du jeu sur le format et de la caractérisation des personnages : ça peut bien sûr ne pas plaire mais c’est un choix qui se tient et que je trouve personnellement intéressant. Pour moi, le but de la série dans son ensemble n’est pas de présenter un ensemble d’enquêtes joliment réalisées (même si j’aime beaucoup cet aspect également) imbriquées dans un joli fil rouge mais bien de montrer comment le duo Sherlock/Watson s’est créé et de nous montrer la lente évolution du personnage principal, de génie glacial et amoral à brave type un peu abrupt. Lors d’une récente interview, Moffat admettait d’ailleurs que lui et son collègue Gatiss avaient hésité à finir l’épisode en affichant à l’écran « the beginning », avant de changer d’avis afin de laisser au spectateur tout loisir de conclure par lui-même.

Je vais donc pour une fois déroger à ma sacro-sainte loi des trois parties et me pencher d’abord sur l’intrigue (de l’épisode et de la saison) puis sur les personnages même si les deux aspects sont évidemment liés.


I. The final problem

Je disais dans ma review de l’épisode précédent que le titre The lying detective, était paradoxalement un mensonge puisque Sherlock était étonnamment honnête et ouvert dans ce dernier (ce qui ne me surprend pas d’un épisode de Moffat, ce dernier adore mentir au public même lorsqu’il dit qu’il ment^^). Ici encore nous avons un titre fortement trompeur : déjà parce qu’il met les fans de l’œuvre de Conan Doyle sur une fausse piste en reprenant le titre de la nouvelle qui confronte Sherlock Holmes et Moriarty alors que ce dernier n’est qu’un gimmick dans l’épisode mais aussi parce que ce final problem n’a rien de final. Contrairement à ce que la bande annonce très sombre de la saison ou l’aspect fortement pessimiste du titre pouvait nous faire craindre, aucun personnage principal ne meurt et, s’il peut tout à fait s’agir du final de la série, rien n’empêche que celle-ci continue encore et encore jusqu’à ce que Mofftiss se lasse ou que Cumberbatch et Freeman ne trouvent plus le temps de revenir tourner entre deux blockbuster.

Ce final problem se trouve donc être la confrontation avec le 3eme membre de la fratrie Holmes, une sœur brillante mais amorale et très dangereuse internée dans un asile de haute sécurité. Que dire de cette intrigue en tant que telle ? Elle est à la fois très intéressante scénaristiquement parlant et prétexte à une avalanche de facilités plus ou moins assumées qui ont certainement dû faire hurler les membres du public les plus attachés à la logique interne, voire à la logique tout court d’ailleurs.^^

Comment Sherlock et Watson parviennent-ils à créer un scénario aussi alambiqué chez Mycroft alors que ce dernier est dans sa maison et doit être paranoïaque au point de vue de la sécurité (ils parviennent même à faire pleurer du sang à une peinture !) ? Mystère ! Comment nos trois larrons parviennent-ils à survivre à la bombe intacts alors que deux d’entre eux ont dû se jeter par la fenêtre ? Ta gueule, c’est magique (et esthétiquement très réussi) !

Pourquoi une ruse si complexe pour s’introduire dans l’asile alors que Mycroft aurait pu réunir l’armée d’espions à sa disposition, exiger l’entrée et remplacer l’ensemble du personnel par mesure de sécurité ? Rhoo, vous voudriez vraiment vous passer de la scène où Mycroft est déguisé en vieux loup de mer et admet avoir failli renfiler son costume de Lady Bracknell pour une simple raison de logique interne ? Smile Comment Eurus a-t-elle en juste cinq minutes à la fois convaincu Moriarty et enregistré toutes ces vidéos ? Avec quel matériel ? Pourquoi Mycroft ne prévient-il apparemment pas du tout Sherlock de l’état psychique et de la puissance persuasive de sa sœur alors qu’il doit la rencontrer seul ? Les questions sans réponses ne manquent pas.

Soyons honnête, si on regarde l’intrigue avec un peu trop d’attention elle se tient à peu près autant qu’un plan du Master dans un épisode classique de Doctor Who. Cela dit, et j’apprécie beaucoup l’œuvre de Conan Doyle, certaines storylines de l’œuvre originales sont tout aussi peu crédibles : l’intérêt des nouvelles a toujours plus été l’interaction entre les personnages et les intrigues tarabiscotées que la logique pure et dure, la série a à mon avis le droit de faire de même… à condition cependant de l’assumer et de proposer d’autres intérêts.

Et pour ce qui est d’assumer, nous sommes servis. Mofftiss ne fait même pas mine de donner du sens au sauvetage miraculeux des frères Holmes et de Watson, qui n’ont pas la moindre égratignure après l’explosion alors même que la rumeur (probablement lancée par Mycroft) disait qu’au moins ce dernier était entre la vie et la mort. Quant-à l’infiltration dans l’asile, le directeur lui-même ne peut s’empêcher de s’exclamer quand il réalise que l’un des intrus est Mycrof « This is insane, this is unnecessary » : je ne vous le fais pas dire mon cher ! :D

Quelques passages de cette intrigue sont néanmoins fort réussis, comme le fait que la vitre séparant Eurus du reste du monde ait été enlevée, ce qui explique rétrospectivement pourquoi elle ne cesse de dire à Sherlock qu’il voit mais ne comprend pas. J’ai aussi bien ri à l’énième retour de Moriarty (quelle belle arrivée !^^) même si je n’ai pas cru une seconde qu’il était en vie et que ces trolls de Mofftiss ne m’ont donc pas eue en attendant quelques secondes avant de mettre la mention « 5 ans plus tôt ». Il faut dire qu’ils nous avaient déjà fait le même coup à l’épisode précédent en laissant planer le doute quelques secondes sur la résurrection de Mary. N’empêche, Sherlock doit être la seule série où un acteur peut apparaître aussi souvent avant qu’après la mort de son personnage.^^

Mais de manière plus détaillée, que nous propose donc l’épisode ? Mofftiss a souvent joué avec le style de la série, passant du policier pur au fantastique (The hounds of Baskerville), à la comédie romantique (The sign of Three) ou au thriller d’espionnage (His last vow/The six Thatchers) : il nous manquait le huis clos oppressant, c’est chose faite.

Là encore, les références sont totalement assumées et un des personnages prévient même Sherlock que l’endroit où il pénètre est complètement dans le style du Silence des agneaux, idée renforcée par l’aveu du directeur qu’il y a effectivement trois cannibales dans les lieux : je parie d’ailleurs qu’Eurus elle-même est un des trois et que c’est pour cela qu’il était impossible de savoir si la nurse qu’elle a attaquée était mâle ou femelle après qu’elle l’a agressée. L’asile quant-à lui ressemble à un croisement entre Azkaban et Arkham (avec visiblement les mêmes problèmes de sécurité) et le jeu auquel se livre Eurus en faisant passer de pièce en pièce les deux Holmes et Watson avec un dilemme ou une énigme à résoudre à chaque fois est un mélange de Saw et Cube. Eurus elle-même, en particulier dans la vidéo où elle parle au directeur, est clairement présentée comme un de ces fantômes japonais très pâles à la longue chevelure noire (j’en profite pour féliciter l’actrice, franchement flippante !), idée renforcée par l’accusation de Sherlock qui reproche à Mycroft d’avoir transformé sa sœur en « horror story ».

Les différents « jeux » d’Eurus sont d’intérêt assez inégal. Le premier, consistant à tuer le directeur pour sauver sa femme, a surtout un intérêt rétrospectif lorsque l’on réalise que, contrairement à Watson et Mycroft, Sherlock n’est pas placé par Eurus dans la position de cobaye mais de joueur. Ce n’est pas lui qui doit tirer, il doit tel un joueur d’échec choisir quelle pièce utiliser pour atteindre son but. De même, dans la pièce suivante, il doit sur les ordres d’Eurus utiliser les connaissances de ses deux comparses afin de trouver la solution de l’énigme (qui offre un petit clin d’œil sympathique à la nouvelle The Adventure of the Three Garridebs même si l’intrigue n’a presque rien à voir) : s’il doit choisir qui condamner, ce n’est là encore pas lui qui presse la détente. L’épreuve avec le cercueil est déjà plus personnelle mais là encore il doit manipuler une « pièce », Molly.

“People always give up after three” disait Sherlock la semaine dernière, et c’est en effet à la 4eme pièce qu’il refuse de continuer le jeu. Cette décision est bien sûr due au fait qu’il se refuse de tuer Watson ou Mycroft mais cela va je pense plus loin : cette fois Eurus ne le traite plus comme un joueur qui manipule ses pions mais comme un cobaye dans un test qui rappelle assez celui de la première pièce malgré l’enjeu plus personnel. Sherlock a jusqu’à présent accepter de jouer, poussé par la nécessité de sauver la petite fille, mais il n’accepte pas ce nouveau développement et fait un choix rétrospectivement évident : il est clair depuis le début qu’Eurus focalise son intérêt sur Sherlock et ne voit Mycroft et Watson que comme des pions, le seul moyen de stopper la partie est donc pour Sherlock de se menacer lui-même.

Arrive alors le dernier chapitre de cette intrigue, cette fois ci plus étroitement inspirée par « The Adventure of the Musgrave Ritual ». Comme dans la nouvelle, nous avons une chasse au trésor avec pour simple indice une petite comptine même si Mofftiss ajoute bien sûr à l’intrigue une dimension d’urgence puisque la vie de Watson est en jeu.

La résolution de ladite comptine n’est franchement pas le point fort de l’épisode. Malgré mon cerveau à moitié sur pause à cause de l’émotion, la manière dont on insistait sur le cimetière et ses fausses dates dans le flash back de Mycroft m’avait bien fait comprendre que cela serait la clé de l’intrigue. De plus, en tant que latiniste, je sais que « nemo » veut dire personne et je me doutais donc que cette tombe aurait une importance (même si je pensais personnellement que Watson était enterré dedans) : c’est à se demander si Mofftiss a lu le programme de notre ministre de l’éducation nationale vu le nombre de références aux langues anciennes cette saison^^.

Enfin, le peu de temps que la caméra passe devant les tombes et la rapidité de la déduction de Sherlock fait que le spectateur n’a aucune chance de décoder la comptine lui-même, ce qui est toujours un peu dommage mais hélas fréquent : le « I am SHERlocked » de la saison 2 reste la plus grande réussite de la série sur ce point, on aurait tous pu y penser mais je doute que beaucoup l’aient fait. Heureusement, le décodage de la comptine n’est pas la résolution la plus importante de l’épisode.

Nous savons donc désormais la vérité concernant Redbeard et je dois dire que j’ai tout simplement adoré ce plot twist. Cela explique déjà l’étendue du traumatisme de Sherlock : même si j’adore les animaux, j’avais toujours trouvé que la mort d’un chien était une raison un peu faiblarde pour expliquer l’état psychologique franchement préoccupant de Sherlock à l’âge adulte, un meilleur ami tué de manière aussi glauque par sa propre petite sœur est déjà plus convaincant. Le spectateur attentif avait même la possibilité de deviner cette révélation puisque les dessins que fait Eurus dans le flash back de Mycroft après qu’elle a emprisonné Redbeard montrent un petit bonhomme aux cheveux roux.

Mais surtout, cela explique rétrospectivement un détail qui m’avait agacée pendant toute la saison 3. : je trouvais que les références de Mycroft à Redbeard et au vent d’est sonnaient « faux », dans le sens où je ne voyais pas trop pourquoi il en parlait à ce moment précis. Réponse deux ans après, c’était en réalité un moyen pour lui de vérifier à l’aide de trigger words que Sherlock n’avait pas recouvré la mémoire. J’aime quand la série donne l’impression d’être pensée sur le long terme. Bon, je m’inquiète en revanche un tantinet pour ma santé mentale vu que j’ai été soulagée que Redbeard ne soit pas un chien mais un enfant : j’ai toujours un mal fou à supporter les morts d’animaux à l’écran au point qu’ un des pires passages de la gorissime série Hannibal est pour moi la mort d’un cerf.^^

Enfin, nous apprenons que la petite fille de l’avion prêt à se crasher sur le générique de début…heu…le london eye est en réalité Eurus. Je trouve personnellement cette idée très sympathique : je me doutais bien que la petite fille n’était pas réellement dans un avion en détresse vu que rien n’expliquait comment elle pouvait être la seule consciente mais j’avoue que je n’avais pas du tout pensé à ça. De plus, comme le dit Sherlock, la métaphore est bien trouvée : Eurus est seule, bien au dessus du reste de l’humanité, incapable de communiquer ni avec sa famille (sa mère métaphorique est inconsciente) ni avec le reste du monde (la petite fille dit bien à Sherlock que rien ne ressemble à une radio dans le cockpit). Seul Sherlock peut réussir à communiquer avec elle mais de façon discontinue et imparfaite et même lui ne pourra jamais l’aider à atterrir.

Beaucoup de critiques ont trouvé très décevant que le génie diabolique de l’épisode se révèle être une gamine ayant besoin que son grand frère joue avec elle et lui fasse un câlin mais je trouve ça très cohérent avec le reste non seulement de l’épisode mais de la série. Comme très souvent, l’épisode précédent fait un clin d’œil à la résolution de celui-ci et le « I needed a hug » de Sherlock prend donc plus de sens. Mais surtout, et j’y reviendrai, la série toute entière n’a cessé de montrer que ce qui fait la force de Sherlock, par rapport par exemple à Mycroft objectivement plus brillant que lui, est sa capacité à aimer et ressentir des émotions : je trouve donc élégant que ce soit justement cet aspect qui lui permettre de résoudre l’intrigue.

Enfin, l’épisode ne cesse de nous préparer à cette révélation : on voit dans le flash back de Mycroft combien la petite Eurus cherche à suivre son frère et son obsession pour lui est évidente : elle demande à voir Moriarty (l’autre « creepy fan » de Sherlock), elle exige qu’il se joue lui-même lorsqu’il joue au violon, elle le met systématiquement en position de force dans les différentes épreuves qu’elle fait subir au groupe… De plus, on sait depuis le moment où elle révèle que la vitre n'existe pas qu'elle peut trafiquer sa voix par radio.

Mofftiss met également fortement l’accent sur l’aspect enfantin du mental d’Eurus . Au moment où Sherlock lui parle pour la première fois, elle lui demande l’élastique qu’elle lui a fait voler une 30aine d’années auparavant comme si cela s’était déroulé il y a quelques heures. Même les soi-disant expériences auxquelles elle soumet Watson et les frères Holmes n’en sont pas réellement. Elle ne cherche pas tant à comprendre les réactions humaines qu’à prouver, telle une enfant obstinée, ce qu’elle affirmait au directeur dans la vidéo (que le bien et le mal n’existent pas vraiment). Elle veut prouver qu’une décision morale (ne pas tuer le dircteur) n’en fait pas une décision bonne (lui et sa femme meurent) et qu’une décision bonne (convaincre Molly d’avouer son amour) n’en fait pas une décision morale (Sherlock a dû encore une fois lui briser le cœur).

Cette incompréhension des notions de bien et de mal est typiquement enfantine, comme on peut par exemple le remarquer dans l’excellent roman Peter Pan où le héros éponyme, par ailleurs attachant, commet parfois des actes monstrueux parce que lesdites notions lui échappent. Contrairement par exemple à Moriarty, il n’y a pas une once de sadisme dans les actes de Eurus : juste de la curiosité, une profonde indifférence des conséquences de ses actes et une capacité d’attention digne d’un élève de 6eme par temps de neige. Elle le dit lui-même, le directeur, « dead or alive wasn’t very interesting » et c’est clairement la vraie raison de sa mort et de celle de sa femme. Je mets d’ailleurs dans la même catégorie d’incompréhension « enfantine » le fait qu’elle appelle « sexe » ce qui semble être un massacre gorissime. En parlant de sexe, cela m’a amusée que Sherlock se refuse à répondre à la question de sa sœur : nous ne saurons donc jamais s’il a effectivement conclu ou pas avec the Woman (head canon, NON !).

Après tous ces éléments, j’ai donc trouvé la fin de l’intrigue Eurus à la fois très logique et très belle : elle ne peut toujours pas atterrir et a même perdu tout espoir de le faire, elle s’est donc totalement renfermée sur elle-même et a cessé de communiquer avec le reste du monde. En revanche son plus grand souhait est réalisé et elle peut enfin jouer avec son frère…par le biais du violon.


II. La famille Holmes

Comme je le disais dans l’introduction, il me semble évident que Mofftiss n’a pas essayé de faire de Sherlock une série policière au sens propre et les personnages, leur évolutions et leurs interactions m’ont toujours semblé être ce sur quoi ils se focalisaient le plus. Cet épisode n’introduit pas d’incroyables révélations sur la psyché de nos différents personnages mais conclut huit années de lents et subtils changements.

Watson (que je compte dans la famille à la demande fort appuyée de Sherlock lui-même en début d’épisode^^) a cessé de faire mine de tenir Sherlock pour responsable de la mort de Mary : il est d’ailleurs étonnant de constater que l’épisode se déroule visiblement fort peu de temps après le précédent vu que Sherlock semble à nouveau en pleine forme et qu’il n’y a pourtant pas une once de tension entre les deux amis. Watson a conquis petit à petit le statut de quasi égal dans cette famille de génies.

Il est capable d’apporter sa contribution (cf sa reconnaissance du fusil utilisé) et a appris à manipuler ses « frères », ce qui semble être un rite de passage dans la famille : de son propre aveu, c’est lui qui dit à Sherlock que le seul moyen de faire avouer à Mycroft l’existence d’Eurus est de le terrifier et toute la mise en scène du pré-générique est donc son idée. Enfin, alors même que Mycroft est de l’aveu de tous parfaitement brillant, c’est Watson qui réalise que le directeur est compromis puisqu’il s’agit de sa voix sur la bande.

Quant-à son importance pour Sherlock, si elle n’est franchement plus à prouver depuis le tout début de la série, elle est subtilement rappelée ici avec le clin d’œil à la nouvelle « The Adventure of the Three Garridebs » que je mentionnais précédemment : dans celle-ci, Watson finit légèrement blessé et Sherlock Holmes en est tout retourné, ce qui fait extrêmement plaisir à John qui réalise à ce moment-là qu’il compte réellement beaucoup pour le détective. L’intrigue des trois frères Garridebs de cet épisode n’a absolument rien à voir mais je pense que ce n’est pas un hasard si c’est durant cet épisode que Sherlock dit enfin clairement que John fait partie de sa famille.

Au fil des épisodes, Watson a perdu de sa fascination admirative pour le génie des Holmes. Il a appris à déduire de lui-même (on le voyait déjà dans l’épisode précédent lorsque sa Mary interne comprenait comment Sherlock avait pu deviner où il serait et à quel moment) même s’il ne sera jamais aussi brillant et rapide. Surtout, il est désormais capable de ne plus se laisser aveugler par cette brillance : il refuse d’écouter Sherlock dans le 3x01 ou le 4x01 quand ce dernier veut lui expliquer ses déductions parce que cela lui ferait trop plaisir (et parce que les scénaristes ont parfois la flemme de s’expliquer eux-mêmes^^).

Watson est de ce fait plus utile en tant que sidekick mais permet aussi à Sherlock de se remettre un peu en question et à prendre du recul sur lui-même : ce dernier n’a cessé au fil de la saison d’avouer son goût pour les effets dramatiques et Watson est je pense celui qui le lui a fait admettre (il refusait « encore de l’accepter dans le 2x02 quand Watson se moquait de son goût pour les pauses héroïques). Il prend visiblement son rôle de contrôleur d’égo très au sérieux et je crois qu’il ne passe pas un épisode sans qu’il ne lance une petite pique à Sherlock (son « Middle child. Explains a lot » cette semaine m’a bien amusée^^).

Il a également récupéré le sens des priorités parfois fort étrange de la famille, comme lorsqu’il farfouille dans le puits pour trouver les ossements et prévient Sherlock que Redbeard était un enfant alors même qu’il est lui-même sur le point de mourir noyé. Cependant, malgré son recul, il reste profondément lucide sur le fait qu’il n’est intellectuellement pas à la hauteur du reste de la fratrie comme le montre le fait qu’il soit très vite d’accord avec ce que dit Mycroft lorsque ce dernier fait mine de vouloir sacrifier Watson puisque les épreuves semblent être de nature intellectuelle .

Bref, Watson est à la fin de cette saison prêt à endosser le rôle de sidekick fidèle (il l’est depuis le début), relativement libre (veuf) et néanmoins apte à envoyer balader son associé si souvent trop sûr de lui et à continuer à lui apporter la dose d’humanité qui lui manquait. Passons donc à celui qui a ENFIN droit à plus de deux minutes par épisodes, Mycroft.

Le pauvre, ce n’est VRAIMENT pas son épisode malgré le fait que ce soit celui où il est le plus présent. Tout est fait pour décrédibiliser son personnage. Il est de l’avis de tous et même de Sherlock un esprit plus brillant que ce dernier ? Même celui-ci finit par en douter en apprenant que son grand frère a accepté que Eurus et Moriarty se rencontrent sans supervision. Il faut dire que c’est la deuxième fois qu’on apprend que Mycroft a passé un deal avec Moriarty, toujours bien sûr pour de sacro-saintes raisons d’état, et que la première fois (en saison 2) avait bien failli tuer Sherlock : que Mycroft n’ait pas vu arriver les conséquences catastrophiques de ce deal est assez impardonnable et il le sait. Il suffit de le voir s’acharner contre le directeur qui lui a désobéi et a parlé à sa sœur tout en faisant mine d’ignorer celui-ci quand il lui fait remarquer qu’il a foiré tout autant !

On a également pour la première fois l’occasion de voir Mycroft avoir peur pour lui-même (on l’a déjà vu en revanche s’inquiéter pour Sherlock) et il est clair que sa sœur le terrifie. Non seulement il supplie son frère de l’aider lors de la mascarade du pré-générique (bon, il a peut être juste la phobie des clowns^^) mais il est prêt à accepter l’humiliation de demander de l’aide à Sherlock et Watson et même de s’asseoir dans la chaise comme un simple client. Sa peur de sa sœur et sa certitude qu’elle est quasi omnisciente sont telles que même lors de son propre flash-back il l’imagine détruire le 4eme mur et s’apercevoir que sa version adulte l’observe.

On a également l’occasion de découvrir que si, comme tout politicien dans les plus hautes sphères du pouvoir, il n’a pas de scrupules à prendre des décisions lourdes de conséquences (il admet lui-même durant l’épisode avoir commandé plusieurs drones avec bombes du type qui manque les tuer tous les trois), il est absolument incapable de se salir les mains directement et ne supporte pas d’être témoin d’actes de violence. Cela remet du coup en perspective tous les moments où il a demandé à Sherlock de résoudre une enquête parce que lui-même n’avait pas le temps et ni le goût pour le « legwork » : ce n’était peut-être pas la paresse mais son incapacité à se mouiller directement qui l’arrêtait.

Ce trait de caractère est d’autant plus tourné en ridicule que s’il se refuse à appuyer sur la gâchette et manque vomir lorsque le directeur se suicide devant lui, il n’hésite pas en revanche à proposer de mentir à la petite fille pour qu’elle fasse écraser l’avion dans lequel elle se trouve dans le but purement mathématique de diminuer le nombre de victimes. Bref, Mycroft est ici montré comme un personnage dont le génie indéniable cache un fond profondément pleutre, idée renforcée par le fait que non seulement sa fidèle canne est une canne épée (comme son frère, « he's never knowingly under-cliched »^^) mais que le pommeau contient également un pistolet qu’il n’hésite pas à utiliser dès qu’il pense être en position d’infériorité.

Mais si cet épisode est indubitablement celui où Mycroft est au plus bas, c’est aussi celui où il montre le plus d’humanité, ce qui est loin d’être évident pour un personnage qui a toujours été bien plus glacial que Sherlock lui-même. N’est-il pas choupi à sourire jusqu’aux oreilles quand il revoit une vieille vidéo de famille où il batifole avec sa fratrie (vidéo qui offre d’ailleurs un énième petit clin d’œil aux problèmes de poids de Mycroft dans l’œuvre originale), et ce alors qu’il devrait déjà bondir vu que ce ne peut pas être par accident qu’une bobine qu’il a lui-même installée change soudain ? Même son goût pour les vieux films aux dialogues pas très fins est assez attachant… et explique peut-être pourquoi il n’a pas immédiatement compris que lady Smallwood le draguait si ce genre de rentre-dedans lourdissime est ce qu’il prend pour du flirt.^^

Il montre aussi plusieurs fois son attachement à Sherlock et l’importance qu’il accorde à son opinion. Regardez, alors qu’il est probablement sur le point de mourir, son visage s’éclairer de fierté quand il apprend que Sherlock a apprécié sa prestation en tant que lady Bracknell (pitié, dites-moi que Mofftiss va ajouter ladite prestation aux scènes coupées du futur dvd Smile ). Et il semble si heureux, malgré le contexte qui prête peu à rire, de se déguiser en vieux marin pour laisser à son frère le temps d’infiltrer l’asile.

Et puis il y a bien sûr la scène où il essaie de se sacrifier pour Watson. Enfin, pour Sherlock plus probablement vu qu’il me semble assez évident qu’il a simplement conclu que Sherlock supporterait plus la perte d’un frère avec lequel les relations étaient conflictuelles que celle d’un autre meilleur ami : vu les conséquences psychologiques du précédent décès, je pense d’ailleurs qu’il n’a pas forcément tort. Je n’ai personnellement pas douté un instant que les paroles méprisantes de Mycroft étaient un coup de bluff mais la scène est néanmoins fort touchante et nous permet de nous rappeler que Mycroft est capable de ressentir du remord puisque c’est une des raisons de sa décision.

Bref, Mycroft est ici à la fois fortement humanisé et déchu de son piédestal : il finit même la storyline principale abandonné par Eurus dans sa cellule comme un jouet sans intérêt qui ne mérite pas de subir une vengeance plus sanglante. Même son aspect machiavélique et manipulateur est mis à mal lorsqu’il nous apprend au détour d’une phrase que sa décision de faire passer Eurus pour morte est en réalité celle de son mystérieux oncle Rudy, qui semble être son mentor et que j’espère bien voir apparaître un jour dans la série vu qu’il a l’air capable de faire passer son poulain pour un modèle de chaleur humaine.

Quant-à Sherlock, son évolution est à l’opposé de celle de son frère et il n’a jamais fini en telle position de supériorité. Intellectuellement parlant, il prend sa revanche sur son frère puisqu’il résout l’énigme que ni ce dernier ni ses parents n’avaient pu comprendre (pour la défense de Mycroft, il n’était qu’adolescent à cette époque) et voit clair dans le bluff de ce dernier lorsqu’il tente de se sacrifier. Mais c’est bien sûr émotionnellement qu’il prend sans conteste le dessus.

En effet, Sherlock n’a jamais autant montré et assumé ses émotions que durant cet épisode : il crie sur son frère lorsque ce dernier fait mine de demander à Watson de partir et, lorsque les trois sont sur le point d’exploser, il cherche immédiatement à sauver Mme Hudson, donner le moyen à John de dire adieu à sa fille et rassurer Mycroft sur le fait qu’il est un bon acteur. De même, il est visiblement très ému lorsqu’il se voit poussé à faire du mal à Molly et son second « I love you » a clairement des accents de vérité. Il montre une rage jamais vue auparavant lorsqu’il détruit le cercueil et , enfin, il est clairement sincère lorsqu’il prend sa sœur dans les bras après l’avoir « retrouvée », comme le montre le fait qu’il prévienne leurs parents de sa survie et continue de communiquer avec elle par violon interposé.

Résultat de cette émotivité retrouvée : après plusieurs saisons où lui et Mycroft n’ont cessé de mépriser l’influence des émotions sur le mental, Sherlock est celui qui parvient à sauver Watson et recomposer la famille Holmes en grande partie grâce à celles-ci. Cela pousse ses parents à le considérer désormais comme l’adulte de la fratrie et Lestrade (dont il a enfin retenu le nom^^) à admettre publiquement qu’il est désormais un homme bien, lui qui espérait si fort qu’il le devienne un jour dans le pilote de la série.

Conséquences de cette évolution, Sherlock peut enfin enterrer la hache de guerre avec Mycroft maintenant qu’il n’a plus cet écrasant complexe d’infériorité envers lui : il le protège de la colère (méritée !) de ses parents et demande à Lestrade de veiller sur lui lorsqu’ils le libèrent de la cellule ( le bruit que vous avez entendu à ce moment précis est celui des millions de fanfiqueurs adepte du shipping Mycroft/Lestrade^^). Sherlock a enfin réalisé que son frère n’est pas le géant indestructible qu’il croyait être et leur relation est désormais presque inversée : c’est lui qui s’inquiète de l’ état mental de ce dernier et demande aux autres de le surveiller.


Pour conclure, cet épisode n’est pas tant une succession d’enquêtes que la fin de la lente mais nécessaire évolution des personnages de la série afin qu’ils puissent enfin jouer le rôle que Conan Doyle avait prévu pour eux. Il est donc, je le comprends bien, décevant pour ceux qui recherchaient avant tout l’aspect enquêtes brillantes, déjantées et rythmées et trouvaient le côté drama émotionnel ennuyeux (cette partie du public a dû être fort peu satisfaite des deux dernières saisons dans leur ensemble d’ailleurs).

Personnellement, je trouve qu’il s’agit malgré ses indéniables facilités scénaristiques d’une excellente fin de saison… et, parlons de l’évident sujet qui fâche, de série. Pour la première fois, Mofftiss n’achève pas sa saison sur un cliffhanger : au contraire, ils utilisent le fantôme de Mary, désormais narratrice officielle par dvd interposés, pour offrir une conclusion qui pousse le spectateur à « laisser partir » les personnages avec la promesse que ces derniers continueront à résoudre des enquêtes. Je prends ça clairement pour une incitation à (re)découvrir l’œuvre originale, se gaver de fanfictions, en écrire et attendre les innombrables adaptations futures.

Est-ce pour autant la fin de la série ? Franchement, je ne pense pas. Même si les audiences live du dernier épisode ont été étrangement décevantes, Sherlock reste un énorme succès et l’intégralité du cast a annoncé adorer travailler sur ses plateaux. Il n’empêche que Moffat comme Gatiss sont deux showrunners à succès qui ont certainement envie de jouer avec d’autres univers et que la carrière des acteurs, en particulier Cumberbatch, fait qu’il est délicat de leur demander de revenir tourner trois petits films tous les deux ans. Je pense comme beaucoup que la série reviendra de temps à autres pour quelques épisodes, séparés par un laps de temps plus ou moins long. Ce n’est pas la situation idéale pour les fans assidus mais, pour reprendre les mots de Watson, « it is what it is ».

Je conclurai là et laisserai Mary la narratrice achever cette review que j’espère ne pas être la dernière dans ce topic : « It's all about the legend.The stories, the adventures. for the desperate,the unloved, the persecuted. There is a final court of appeal for everyone. When life gets too strange,too impossible, too frightening,there is always one last hope. When all else fails,there are two men sitting arguing in a scruffy flat like they've always been there, and they always will. The best and wisest men I have ever known. My Baker Street boys. Sherlock Holmes and Dr Watson.”
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Tyr
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