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Doctor Who - Saison 11

Message non luPosté: 09 Oct 2018, 19:23
par Fila
Ce topic est fait pour parler des épisodes de la saison 11 de Doctor Who 2005.

Merci de bien indiquer au début de votre post de quel épisode vous parlez de façon à ne pas spoiler les personnes qui auraient du retard sur vous.

Re: Doctor Who - Saison 11

Message non luPosté: 16 Oct 2018, 19:34
par Tyr
11x01 The woman who fell to earth

Sorry, half an hour ago I was a white-haired Scotsman.

J’éprouvais une certaine appréhension en attendant l’épisode. Même si je ne connais que très peu Whittaker, je ne doutais pas que ce serait un bon Docteur (je vois mal la BBC se planter sur le casting du personnage principal d’une de ses séries iconiques).
J’avais beaucoup plus de doute concernant Chibnall comme showrunner vu que j’ai beaucoup de mal avec son travail dans Doctor Who même si j’admets tout à fait qu’il sait en revanche très bien écrire les dramas. Ses épisodes ont un rythme beaucoup trop lent pour moi (je frémis encore en repensant au double-épisode avec les Silurians) et je trouve qu’il a beaucoup de mal avec les aspects science-fiction de ses épisodes (c’est d’ailleurs le principal reproche que je faisais à The power of three).
The woman who fell to earth a-t-il réussi à me rassurer ? En bonne partie, oui. Je consacrerai ma première partie à l’histoire de l’épisode, ma deuxième aux nouveaux compagnons et ma troisième à notre tout nouveau…heu, notre toute nouvelle Docteur.

I. L’épisode
Le cahier des charges d’un épisode de ce type, un quasi pilote qui doit nous présenter un tout nouveau staff devant et derrière la caméra, est toujours le même. Il faut en un laps de temps assez court proposer un monstre de la semaine assez crédible, présenter les nouveaux compagnons, les faire interagir avec ce monstre et le Docteur et, bien sûr, gérer la traditionnelle « post regeneration sickness » de celui-ci tout en commençant à nous présenter son nouveau caractère. Oh, et si possible en gardant tout au long de l’épisode une certaine cohérence interne. Chibnall a un petit peu triché sur cet exercice puisque, comme Moffat avant lui, il a allongé le format de cet épisode pour tout faire rentrer. Voyons si ce quart d’heure supplémentaire a été profitable.

Le monstre de la semaine est donc double puisque nous avons tout d’abord droit … à notre seigneur et maître The Flying Spaghetti Monster (loué soit son nom), visiblement dans une grande colère. J’avais tout d’abord pensé à Saquedeneu mais il s’agit comme chacun sait d’un pokemon de type plante et non électrique, ça ne collait donc pas du tout. Tant pis pour mon pokedex.

Plus sérieusement, le design de celui-ci n’est pas mauvais du tout (un petit côté gribouillis de Fear her mais avec du budget) et la scène du train où nous le voyons pour la première fois est très réussie… mais les incohérences commencent déjà. Si l’idée de la DNA bomb est sympa, ce n’est pas, contrairement à ce que dit plus tard le Docteur, une idée intelligente d’implanter celles-ci dans le corps des témoins gênants dont le monstre doit se débarrasser puisqu’il ne les fait pas exploser immédiatement. Cela laisse largement le temps à ces derniers d’avertir d’autres personnes de ce qui s’est passé, rendant leur élimination inutile.

Bon, je pardonne à moitié cette incohérence vu que Chibnall, avec une généreuse dose de lampshade hanging, met lui-même le doigt sur cette incohérence lorsque le Docteur dit à Karl, qi pense que le Spaghetti monster va le tuer, « He could have done it already ». Je ne te le fais pas dire… Bon, disons que notre monstre de la semaine est arrivé bon dernier au partiel de discrétion à la fac des super-vilains et passons à la véritable apparence de ce dernier.
Nous apprenons donc que notre seigneur et maître n’est en fait qu’une machine et que le véritable monstre est un Predator . Enfin, un membre d’une énième race guerrière générique de Doctor Who qui prend la terre pour un terrain de chasse. Certes, Tzim Sha…heu, Tim Shaw ne révolutionnera pas le bestiaire du whonivers mais je lui mets un bon point pour l’aspect cool de son armure et, bien sûr, la généreuse dose de body horror que nous offre la découverte de son visage incrusté de dents de ceux qu’il a tués.

A l’exception de son design, il s’agit d’un méchant extrêmement caricatural : il tue soit complètement gratuitement soit pour son profit, en plus en trichant et, bien sûr, prend soin de ne surtout jamais tenter de tuer le groupe de gentils qui le confronte plusieurs fois, se contentant de leur énoncer son plan dans les moindres détails. Je m’attendais franchement à ce qu’il caresse un chat persan en ricanant en fin d’épisode. Oh, et il a la même version très contestable du consentement que les Monks de la saison précédente : non, attendre qu’un humain random touche un spot lumineux ne signifie pas que la race humaine vous a invités à un safari sur leur planète. #NoMeansNo

Je pardonne encore une fois à Chibnall cet aspect caricatural vu qu’il est là encore complètement assumé : il suffit de voir combien le scénariste joue avec les tropes du genre du thriller/horreur comme lorsque le Stenza met un temps fou à escalader la grue (ils ont le temps d’évacuer tout le chantier), lorsqu’il fait à peine 3 m en trainant Karl pendant que le Docteur s’apprête à sauter d’une grue à l’autre, saute, reprend son équilibre et se hisse sur la plateforme ou quand Shaz essaie dans l’urgence 20 clefs différentes et que c’est bien sûr la dernière qui actionne la grue. J’apprécie aussi beaucoup le comique visuel des panneaux de warning, comme lorsque Karl tente de traverser la grue en se répétant qu’il peut le faire… alors que le spectateur voit en gros plan un « danger, damaged handtail » ou lorsque Grace s’apprête à électrocuter le spaghetti monster alors que le panneau « do not climb, risk of death » est à quelques centimètres d’elle à un angle différent.

Que dire enfin du fait que ce « jeu » de la race Stenza est censé se dérouler sur la Terre entière mais que la victime vienne au moins deux fois en sept ans de la charmante petite ville de Sheffield ? Je l’ai dit et je le répète, faute avouée est à moitié pardonnée. Bon, la droguée de la continuité que je suis a cependant du mal à admettre que le Docteur a oublié, lorsque Tim Shaw s’enfuit, qu’elle peut à l’aide de son sonic screwdriver inverser la téléportation à courte distance, d’autant plus que je viens de revoir Boomtown où Nine le fait 4 fois de suite : disons que 13 a du mal avec sa mémoire immédiate.

D’ailleurs, en parlant de Boom town, ce petit malin de Chibnall lui a piqué son élément de résolution : le coup de la technologie alien qui doit être utilisée plus tard par le personnage mais qui est sabotée par l’adversaire pour provoquer un dangereux disfonctionnement, c’est la même chose dans les deux épisodes. Cela dit, je trouve cela infiniment plus crédible ici : le Docteur, surtout dans cette incarnation visiblement très McGyver, est infiniment plus compétente que Margaret la Slitheen et le spaghetti monster en jette plus que le surf de l’espace.

Passons à l’épisode dans son ensemble. Comme je le craignais, Chibnall impose un rythme bien plus posé que celui de Moffat, qui convenait très bien au poisson rouge que je suis. Cet épisode est clairement un peu trop lent pour moi : ce n’est pas là une critique objective mais un pur ressenti, je ne doute pas qu’une partie du fandom ait poussé un ouf de soulagement. Cela permet à Chibnall, qui a toujours privilégié le background des personnages à l’intrigue elle-même, de nous proposer des compagnons et compagnons potentiels crédibles et approfondis (j’y reviendrai). Cela dit, je pense qu’il aurait pu économiser quelques minutes de temps à autres, par exemple lorsque l’on suit Shaz ou Graham partant en voiture demander s’il y a eu des évènements étranges dans la ville alors qu’un simple coup de fil aurait eu le même effet.

En revanche, moi qui craignais au vu des premières interviews que la série ne prenne un peu trop un virage vers l’enfantin, j’ai beaucoup aimé le fait que… purée, quelle hécatombe ! RIP madame la conductrice de train innocente, Rahul qui cherche sa soeur, l’ivrogne random dont le seul crime est de ne pas aimer les légumes, le gentil gardien de nuit et la pauvre Grace : Chibnall tue en un épisode plus de personnages nommés (et même parfois au background approfondi) que Moffat en une saison (bon, sauf la 8, faut pas déconner !), ça promet ! Vu que 13 est clairement plus light que son prédécesseur, ce n’est pas plus mal de proposer un univers plus sombre, d’ailleurs renforcé ici par le fait que cet épisode se passe en bonne partie de nuit. Mention spéciale au plan lors de la mort de Grace, où l’on voit au ralenti la machine qu’elle tient lorsqu’elle tombe s’écraser au sol : c’est tout aussi clair que si on l’avait vu s’écraser mais bien plus élégant.


II. Les compagnons
L’épisode étant particulièrement long, il permet comme je le disais d’approfondir assez vite les futurs compagnons. Je féliciterais bien Chibnall de nous présenter trois compagnons, me proposant ainsi trois sous-parties toutes faites, mais cet empêcheur de reviewer en rond nous propose également plusieurs compagnons potentiels : tant pis pour la symétrie de mon plan.

Commençons par Graham. Il part auprès du public anglais avec un certain capital sympathie, l’acteur étant un présentateur relativement connu. Il avait ce même bonus avec moi parce que j’attendais depuis longtemps un compagnon âgé dans le TARDIS. En bon « vieux » de série, il a bien sûr le rôle du bougon qui nie longtemps ce qu’il voit de ses propres yeux et n’a aucune envie de courir vers le danger mais ce trait, que j’attendais, n’est pas aussi exagéré que je ne le craignais. Ce n’est pas plus mal qu’un compagnon soit un peu plus prudent que la moyenne, à voir si ses réticences à foncer au cœur du danger n’alourdiront pas trop les futurs épisodes.

Que dire d’autre sur lui ? Il fait ce qu’il peut avec Ryan mais est clairement très maladroit (il suffit de le voir l’appeler « mate » avec un sourire un peu figé) et ne comprend pas vraiment ce qu’est la dyspraxie, qu’il semble prendre pour de la mauvaise volonté de la part de son petit fils par alliance (c’est assez visible lorsqu’il lui demande s’il va aussi blâmer sa dyspraxie pour le fait qu’il soit techniquement à l’origine de l’invasion). Cela va sans doute occasionner des tensions à bord du TARDIS mais je suis prête à parier que Ryan finira par l’appeler « grandfather ». Dans tous les cas, son couple avec Grace est très crédible et son discours lors de l’enterrement fort touchant.
Passons à Ryan. Il cumule donc le fait d’être Noir et dyspraxique, ce qui va sans nul doute faire hurler les lecteurs du daily mail (et une partie de Gallifreybase) l’habituel « political correctness gone mad » : il part donc bien sûr avec un évident bonus sympathie de la part du reste du fandom.^^ Plus sérieusement, c’est une bonne idée de proposer enfin un compagnon avec handicap, celui-ci étant tout de même assez gérable pour que Ryan puisse suivre le rythme d’une aventure doctoresque mais permettant certainement d’ajouter quelques plot twists. Sinon, on retrouve pour ce personnage le trope assez whovien du père absent (voir quasiment toutes les compagnes précédentes). D’ailleurs, sa mère est toute aussi absente mais vu qu’elle n’est pas attendue pour l’enterrement j’en déduis qu’elle est morte.
Enfin nous avons Yaz, si je ne m’abuse la première policière à rentrer dans le TARDIS (ça rendra au moins le camouflage de celui-ci plus crédible^^). Elle est pour l’instant assez caricaturale, la jeune flic zélée refusant d’être mise sur la touche et demandant à voir de l’action se retrouvant dans beaucoup de série policière. C’est probablement le personnage principal le moins approfondi pour l’instant (on ne sait rien de sa famille par exemple) mais je pense qu’avoir un membre des forces de l’ordre dans l’équipe n’est pas une mauvaise idée : le Docteur a parfois besoin qu’on lui rappelle que les actions ont des conséquences même si cette incarnation semble clairement plus maîtriser le concept que ses prédécesseurs.

L’épisode étant plus long, Chibnall a le temps de nous proposer également quelques « faux » compagnons. Il est dommage que la promotion de la série présente obligatoirement les futurs compagnons des mois à l‘avance et qu’on ne puisse pas y échapper si on utilise le net car certaines de ces fausses pistes étaient parfaitement crédibles.

Nous avons tout d’abord Rahul, dont le CV semblait parfait pour un compagnon. Il est intelligent (non seulement il construit toutes ces machines pour calculer les fluctuations lui permettant de repérer le retour de l’alien mais ENFIN quelqu’un pense à filmer la rencontre du 3eme type de la semaine, même si la caméra explose^^) et a déjà eu un contact avec les extra-terrestres, ce qui le rend évidemment plus ouvert d’esprit. Il avait de plus un background intéressant avec l’histoire de sa sœur disparue et, surtout, un sacré courage qui frisait même l’inconscience : non seulement il confronte l’alien sans l’aide de personne mais il est armé d’un simple pied de biche. Je lui décerne donc le Clara d’or du compagnon potentiel le plus suicidaire mais sa mort ne m’a pas du coup énormément surprise, surtout à partir du moment où il dit « See you on Monday » à son pote (encore un qui n’a pas regardé assez de films d’horreur). RIP Rahul, qui rejoint donc la jeune musulmane de The God complex dont le nom m’échappe, Astrid du Titanic, Jabe de The end of the world et Lynda du final de la saison 1 dans le panthéon des compagnons potentiels morts avant de pouvoir rejoindre le TARDIS.

Nous découvrons également Karl, le sympathique looser trouillard, paralysé par son manque d’estime de soi et qui se soigne aux enregistrements de renforcement positif. Sa manière d’affronter ses peurs lorsqu’il escalade le bras de la grue le qualifiait comme compagnon potentiel, en particulier le moment où il s’apprête à sauter, mais il échoue au moment où il se débarrasse de Tim Shaw d’une manière fort peu fair play (bon, après on le comprend un peu, c’était quand même pas sa soirée). Pas de bol Karl, ça n’aurait pas forcément stoppé Ten mais pour 13, c’est visiblement rédhibitoire.

Et bien sûr il y a Grace. Courageuse (rien que dans le train elle se met toujours entre le monstre et les autres), généreuse, compétente (il fallait y penser d’aller électrocuter le spaghetti monster) et visiblement très attirée par le danger, elle était parfaite. Trop parfaite bien sûr. Encore une fois, la promo de la BBC a un tantinet gâché la surprise : on savait qu’il n’y aurait que trois compagnons et qui ils étaient et il était évident qu’un personnage de ce type n’allait pas laisser son mari et son petit-fils partir à l’aventure sans elle.

Nous avons donc trois compagnons pour l’instant très involontaires puisque 13 les téléporte par accident. Je préfère cette solution d’ailleurs : après ce qu’ils ont vécu, pas sûr qu’il ait été très logique qu’ils suivent le Docteur volontairement ; pas juste après l’enterrement en tout cas. Espérons que 13 parvienne vite à retrouver une atmosphère parce que si elle se retrouve aveugle suite à l’exposition au vide sidéral ça risque de faire légèrement redite.^^

Il est en tout cas intéressant que le Docteur ne soit plus le centre du monde de ses compagnons. Aucun ne donne pour l’instant l’impression de tomber amoureux d’elle ou même de l’admirer plus que de raison. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé que la phrase que prononce Ryan sur son blog youtube ("So today, I want to talk about the greatest woman I ever met") désigne en réalité sa grand-mère et non le Docteur.

Une chose en revanche me titille : sur les trois compagnons, un est en rémission d’un cancer, l’autre est dyspraxique et va bientôt vivre des aventures dangereuses et la dernière est une jeune fliquette qui brûle de faire ses preuves. Or, Chibnall vient de nous prouver encore et encore qu’il est un tueur et n’hésite pas à se débarrasser de ses personnages. Vous le sentez comme moi le potentiel de décès d’un compagnon ? Sachant que le seul compagnon mort à l’écran dans Dr Who est Adric et qu’il y avait justement trois compagnons à ce moment-là, je dirais que ça se tient. Bon, après, mes théories valent ce qu’elles valent….^^


III Doctor Who ?
Passons donc à la partie sur notre tout nouveau Docteur. Comme je le disais, je ne suis pas surprise que l’actrice soit crédible et que 13 me plaise mais je tiens à féliciter Chibnall sur deux points précis.

Déjà, sa scène d’intro (et sa musique bien sûr) est parfaite : aucune explication sur comment elle survit à une chute de plusieurs kilomètres (deux situations ont complètement le droit de jouer sur le Ta gueule c’est magique dans le whonivers : la survie du Master et celle du Docteur post régénération) mais quel beau baptême du feu ! Ce nouveau Docteur a droit a exactement 5 secondes de répit avant de devoir combattre un monstre random pour sauver une poignée d’humains en détresse. Quand je pense que ce flemmard de Ten a passé la moitié de son premier épisode au lit ! Heureusement que les femmes se mettent un peu plus vite au boulot. Photo by Denizen24 source http://www.flickr.com/photos/39311243@N05/4273391516/

Ensuite et surtout Chibnall n’en fait pas trop sur l’obligatoire délire post régénération. Une petite amnésie concernant son nom (on ne peut pas dire qu’elle soit la seule à ne pas le connaître^^) mais qui n’affecte pas ses connaissances de bases (elle se souvient d’ être un alien, de son TARDIS et de son sonic screwdriver), une course poursuite et c’est réglé : « Bit of adrenaline, dash of outrage and a hint of panic knitted my brain back together». 13 est probablement la moins atteinte depuis Nine et ça me va fort bien, j’aime que mon Docteur ne soit pas complètement out of character pendant 45 minutes alors même que je brûle de découvrir ledit caractère. Cette post-régénération nous offre en tout cas une belle définition de cette période de transition : "There's this moment where you're sure you're about to die. And then... Reborn. [...] There's echoes of who I was. And a sort of call to who I am."

Qui est donc 13 ? Déjà, c’est une femme. Comme on pouvait se douter, Chibnall ne passe que quelques secondes à souligner ce changement. Un bref « Am I? Does it suit me? » et l’on passe à autre chose. Bon, nous avons droit à ce que je prends pour un petit clin d’œil en direction des fans contre ce changement lorsque 13 dit à Karl et Graham, qui ont clairement du mal à digérer ce qu’ils viennent de voir, « All of this is new to you and new can be scary. ». Oh, et nous avons également ce que je considère être un trollage lorsque 13 admet « It's been a long time since I bought women's clothes. » Certes, ça pouvait être pour quelqu’un d’autre (qui sait, peut-être que 12 faisait tout le shopping de Missy pendant la saison 10… voilà, c’est désormais mon headcanon^^) mais je prends clairement cela pour une allusion au fait que le Docteur a déjà été une femme.

Niveau accessoire, nous avons donc droit au milieu d’épisode au tout nouveau sonic screwdriver (que je trouve franchement plus beau que celui de tous ses prédécesseurs) et à la fin au nouveau costume, que nous avions tous je pense déjà vu. Crise post Brexit oblige, 13 est obligée de s’habiller dans une charity shop et même là elle ne peut pas payer : bon, c’est bien connu cela dit que le Docteur, comme la reine, n’a jamais d’argent sur elle.^^ Pour le TARDIS, nous attendrons encore une semaine (de même que pour le générique) et c’est tant mieux, j’aime qu’on étale les surprises. Enfin, notre Docteur arbore désormais un accent du Nord tout à fait charmant (et bien plus compréhensible que je ne le pensais) : « Lots of planets have a north ».

Pour ce qui est du caractère, nous avons comme d’habitude un mélange de classique et de nouveau. Deux de ses premières répliques sont «I hate empty pockets » (je pense que tout Docteur pourrait prononcer cette phrase) et l’ultra classique I’ll explain later (ici sous la forme « long story, tell you later »). Comme toujours, elle prend immédiatement le contrôle de la situation alors même qu’une policière est pourtant sur les lieux et comme bien souvent elle est capable de brusquerie (ses premières paroles à Yaz et Ryan sont « Fat lot of use you two were »).

On retrouve aussi sa tendance à annoncer qu’elle a un plan avant de vraiment l’avoir (« Well, I will by the time we get to the top ») et même… sa tendance à mentir lorsqu’elle déclare avec assurance «I never go anywhere that's just initials ». C’est UNIT qui va être ravi d’apprendre ça…^^ Oh, et Chibnall a aussi a une tendance très Moffatienne à comparer le Docteur au monstre de la semaine, comme on le voit lorsque 13 dit au Stenza pour le pousser à changer d’avis une phrase qui pourrait évidemment s’appliquer à elle-même : "We're all capable of the most incredible change. We can evolve while still staying true to who we are. We can honor who we' ve been and choose who we want to be next." Le glaçant « ask me again » du Stenza lorsqu’il s’apprête à tuer Rahul trouve d’ailleurs un écho déformé quelques minutes plus tard chez son adversaire lorsqu’il redemande au Docteur qui elle est et que celle-ci lui répond, ravie de s’en souvenir enfin, « I’m glad you asked it again »

Enfin, une scène rappelle que malgré le fait que le Docteur soit toujours profondément bon, il a un évident côté obscur. Ainsi, lorsqu’elle fabrique le sonic screwdriver en papotant avec ses tout nouveaux amis, elle leur explique qu’elle s’implique dans leur problème d’alien « because you guys need help and if there's one thing I'm certain of, when people need help, I never refuse. Right? This is going to be fun. » Sauf qu’elle est dans un entrepôt abandonné avec des bâches transparentes comme celles utilisées dans les abattoirs pour éviter que le sang ne gicle et qu’elle a à ce moment-là des sortes de griffes métalliques aux doigts. Vu le mouvement de recul des compagnons à e moment précis, je pense ne pas avoir été la seule chez qui l’alarme interne Serial Killer s’est déclenchée. Photo by Pinguino source http://www.flickr.com/photos/pinguino/2655478691/

Mais la référence doctoresque qui m’est venue immédiatement en découvrant 13 est (je pense que je suis loin d’être seule), sa ressemblance avec Ten. Je l’avais déjà remarqué dans le trailer mais sa manière de montrer fréquemment ses dents lorsqu’elle se concentre est assez flagrante : regardez le passage où elle voit le spaghetti monster pour la première fois et s’approche de lui avec cette mimique tout en murmurant « What are you ? » d’un air ravi, c’est tout lui. Une de ses premières répliques rappelle d’ailleurs fortement celle de Ten : là où il s’exclamait « New teeth, weird » en se touchant les dents avec la langue, elle bute sur le mot « tongue » et fait en gros la même mimique. De même, ses derniers mots avant de s’évanouir sont «New nose, unreliable ». Son débit de technobabble est également assez typique de Tennant et la réaction de Yaz est d’ailleurs assez proche de celle de pas mal de personnages devant Ten « Are we supposed to understand anything you're saying? ».

Cette ressemblance n’est clairement pas un hasard, il suffit de voir le nombre de points communs entre le 1er épisode de Ten et celui de 13. Les deux sont confrontés à une race guerrière (Sycorax et Stenza) en pleine post regeneration sickness, les deux admettent durant cette confrontation être incapable de résister à un big red button (13lorsqu’elle dit qu’elle aurait comme Ryan touché les rayons lumineux et Ten quand il appuie joyeusement sur le bouton qui déclenche la machine Sycorax). D’ailleurs, l‘ adn bomb rappelle fortement la machine Sycorax qui contrôle le sang A+. Enfin, tous deux confrontent la menace alien sur un endroit surélevé et ledit alien finit précipité dans le vide.

Et c’est là bien sûr qu’est la grande différence entre Ten et 13. Là où son prédécesseur était celui qui provoquait la chute du monstre, accompagnant celle-ci d’un glaçant « No second chances ! », 13 n’a aucune intention de tuer le Stenza et, une fois que son plan l’a affaibli, lui lance le téléport pour qu’il rentre chez lui. Là où Tennant détruisait la carrière de Harriet Jones parce qu’il n’était pas d’accord avec sa décision destructrice, elle se contente d’un lapidaire «You shouldn’t have done that » lorsque Karl pousse alors l’alien dans le vide.

Il semble évident que 13 est résolument pacifiste. On le comprend dès qu’elle explique ce qu’est son tournevis sonique ( « swiss army knife, but without the knife – only idiots carry knives ») et surtout bien sûr lorsqu’elle peut enfin, après avoir retrouvé la mémoire, prononcer la profession de foi de sa nouvelle incarnation : « I know exactly who I am. I’m the Doctor. Sorting out fair play throughout the universe. Now, please, get off this planet, while you still have a choice. » Fair play et please en quelques phrases ? On est loin du No second chances de Ten mais aussi de la profession de foi de Twelve, beaucoup plus menaçante puisqu’il s’adressait aux boneless, qu’il s’apprêtait à détruire.

D’ailleurs, qu’est-ce qu’il s’excuse ce nouveau Docteur. Presque plus que Ten (tiens, encore lui^^) mais pas pour les mêmes raisons. Là où ce dernier s’excusait parce qu’il n’avait pu sauver quelqu’un, elle s’excuse parce que ses nouveaux amis ont vu un cadavre et eu une sale journée… et quatre fois de suite en moins d’une minute. Bon, je pense néanmoins que son « I'm sorry you all had to see this » lorsque le cadavre apparait à l’écran vient autant de Chibnall que de 13.^^

13 dit également merci régulièrement ! 2000 ans pour apprendre la politesse élémentaire, c’est pas trop tôt ! Plus sérieusement, on retrouve là un classique de la série : le fait que la nouvelle incarnation ait un trait de caractère opposé à celui de son prédécesseur. Twelve était à la limite de l’autisme concernant les interactions sociales, 13 semble déborder de compassion et comprendre parfaitement la psychologie humaine. D’ailleurs, elle reste pour assister à l’enterrement de Grace, ce qui laisse penser que cette incarnation prendra le temps de rester pour les conséquences de ses aventures, fait excessivement rare chez tous ses prédécesseurs.

Que dire d’autre ? Son point fort semble clairement être le bricolage : je n’arrive pas à croire que son tournevis soit à 80% fait de cuillères, même si ce n’est après tout pas illogique pour un outil qu’elle qualifie elle-même de couteau suisse.^^ Sur cet aspect McGyver, mention spéciale au « ping » du micro-onde de son téléporteur de fortune, qui m’a fait éclater de rire en pleine nuit et réveiller sûrement quelques voisins. Je suis très sensible au comique auditif.

Je finirai mes remarques sur 13 par mon appréciation d’un plan que j’ai trouvé superbe (et c’est rare que je remarque les plans), celui où 13 surveille de loin Ryan tentant à nouveau de faire du vélo. La voir ainsi, de dos, droite et seule au milieu d’un champ et dominant le paysage, m’a personnellement totalement convaincue que cette incarnation aurait autant de « gravitas » que ses prédécesseurs. Bref, il semblerait que je sois encore une fois une fan chanceuse et que le nouveau Docteur me plaise autant que ses prédécesseurs.


Pour conclure (ouf !), si cet épisode n’est pas dénué de défauts, il parvient très bien à atteindre son but : présenter la toute nouvelle équipe des deux côtés de la caméra et, surtout, réussir à nous convaincre que cette jolie blonde est bien le vieil écossais que nous avons quitté il y a quelques mois. Je reste toujours un peu inquiète concernant le rythme et Chibnall devra encore me convaincre pour ce qui est de sa capacité à faire de la science-fiction (il est évident qu’il sait nous faire nous attacher à des personnages), le Stenza n’étant ici qu’un prétexte qui pourrait être interchangeable avec une bonne dizaine de races du whonivers. Dans tous les cas, l’épisode dure plus d’1h et je ne l’avais pas réalisé avant de voir le fichier le lendemain, c’est fort encourageant.

Allez, un petit paragraphe de spéculations pour vous faire rigoler. Il semble évident que nous reverrons ce brave Tim Shaw vu qu’il a survécu à sa chute et je pense que la joyeuse bande parviendra àsauver Asha, la sœur de Rahul, puisque le Stenza a admis que les trophées étaient gardés vivants. Je suis également persuadée que le cancer de Graham va se déclarer à nouveau : normalement, le Docteur ne devrait pas avoir de problèmes pour soigner une maladie si primitive mais encore faudrait-il que Graham le lui dise. Bon, je me lance : Graham, se croyant condamné, va à un moment se sacrifier pour Ryan et ce dernier l’appellera grand-père au moment de sa mort. Oui, je veux une fin sombre et j’assume même si j’ai un peu du mal à croire que ce sera le choix de Chibnall.

Re: Doctor Who - Saison 11

Message non luPosté: 16 Oct 2018, 19:35
par Tyr
11x02 The ghost monument
-This is the Cerebos, alright? She's the envy of millions. People have written songs about her.
-They'll be writing operas about our pointless deaths if we don' t take drastic action right now!


Le minuscule trailer n’ayant donné aucune indication sur l’épisode, je ne savais absolument pas à quoi m’attendre cette semaine. En revanche, j’appréhendais beaucoup de trouver le temps long vu que Chibnall impose en général un rythme bien trop lent à mon goût et que contrairement à la semaine dernière nous n’avions pas la découverte du nouveau Docteur/des nouveaux compagnons/du nouveau sonic/du nouveau costume/des tics d’écriture du nouveau showrunner pour relancer mon attention défaillante. Résultats, j’ai effectivement trouvé l’épisode très lent… et beaucoup aimé, même à deuxième vision le lendemain. Je vais commencer par décortiquer l’épisode de la semaine afin de tenter de découvrir comment la magie a eu lieu, puis parler des nouveautés de l’ère Chibnall avant de me pencher sur ce que nous apprenons du fil rouge de la saison.

I. L’épisode
Sur le papier, The ghost monument ne devrait pas me plaire. Le scénario est très simple et linéaire et consiste à faire aller les personnages d’un point A à un point B sans la moindre petite pirouette timey wimey… et quasiment en temps réel. L’épisode pousse même la lenteur jusqu’à nous montrer, entre deux discussions, les personnages en train de dormir ! Cela aurait dû provoquer chez moi le même « heroic nap » que Epzo mais surprise, pas du tout.

J’ai tout d’abord été très agréablement surprise par l’aspect science-fiction plutôt bien réussi de l’épisode. Je suis très fan de ce genre et j’avoue avoir eu immédiatement le sourire en découvrant les vaisseaux-et les pilotes- qui sauvent nos deux groupes de héros. Le contrebandier/chasseur de prime sans scrupules mais au fond généreux et son vaisseau fait de bric et de broc, c’est un tel classique du genre ! D’ailleurs, Epzo parle de son vaisseau quasiment comme Han Solo du faucon millenium et le Docteur lui…heu…elle-même remarque l’aspect caricatural du personnage lorsqu’il dit ne pas accepter de jouer selon les règles et qu’elle lui demande « Did you practise those lines in the mirror? ».

Même la méthode choisie par le Docteur pour éviter un crash fatal (larguer une partie du vaisseau) est un classique du genre : il suffit par exemple de voir le nombre de fois où l’Enterprise se sépare de sa partie « soucoupe » pour sauver le vaisseau dans Star Trek enterprise. Ajoutez à cela le costume très steampunk de Angstrom, la mention de sa planète d’origine (la classique planète « poubelle » que tout le monde cherche à fuir), le trope de la race humanoïde mais absolument pas humaine dans ses mœurs (bonjour l’instinct maternel chez les Moxturans^^), sa structure sociale (on vit visiblement en clans dans cette partie de la galaxie) ou sa monnaie et même la classique théorie complotiste des aliens qui aiment altérer les humains (« Can people and things stop putting stuff inside me without my permission?! ») et nous avons là un épisode résolument sci-fi sans pour autant abuser d’effets spéciaux et d’aliens caoutchouteux.

L’autre influence qui ne pouvait que plaire à mon côté gamer est celle, évidente, du jeu vidéo. Elle est présente au cœur du scénario puisque les personnages se livrent à un jeu grandeur nature, « the last ever Rally of the 12 Galaxies », et ce que nous apprenons de ce jeu ne fait que renforcer l’impression. Il se déroule en effet sur «209 terrains, 94 planets», la variété des décors donnant l’impression de jouer sur différentes maps ou de changer de niveau.
Cela explique du coup l’aspect très linéaire de l’épisode. Nous avons le niveau de type énigme consistant à réparer la machine (avec même une cinématique de transition quand les différents personnages discutent sur le bateau puis s’endorment), celui d’infiltration durant la traversée des ruines (avec évidemment un gamer ayant trop joué à Call of duty et qui se croit dans un FPS), celui plus oppressant consistant à se repérer dans des corridors sombres avec des ennemis et enfin le combat contre le boss final avant d’accéder à la récompense. L’influence du jeu vidéo est d’ailleurs présente dès le début lorsque Angstrom et Epzo sont persuadés que le fait d’avoir attrapé nos héros en sortant d’hyper espace leur offrira des bonus et la musique de l’épisode, très répétitive et inquiétante, renforce tout à fait cette ambiance.

Outre les deux influences majeures de l’épisode, j’ai également apprécié pas mal de petits détails dont la façon très what the fuck dont nos héros se font sauver par un hasard incroyable (sérieux, les deux vaisseaux contiennent même deux medic pods chacun alors même qu’ils sont pilotés par deux individualistes forcenés^^). De même, si la future utilisation du cigare explosif aurait pu être amenée plus subtilement (je doute que qui que ce soit ait été surpris qu’il serve à se débarrasser des ennemis vu combien Epzo insiste sur sa capacité à s’allumer d’un claquement de doigts^^), l’objet est néanmoins intéressant. En parlant d’élément de résolution, j’ai beaucoup ri au fait qu’une des affirmations les plus énergiques de ce tout nouveau Docteur la semaine dernière (« only idiots carry knives ») s’avère complètement fausse cette semaine lorsque le tournevis sonique se révèle impuissant contre les bandelettes et que seul le couteau de’Angstom parvient à sauver Epzo. Allez Docteur, ce n’est pas grave : tu avais au moins raison pour les armes à feu.

J’ai aussi apprécié qu’après un épisode se déroulant en grande partie de nuit, en ville, et contenant une hécatombe de morts, Chibnall fasse se dérouler le suivant en bonne partie en plein jour sur une planète désertique et sauve l’intégralité des personnages : j’aime l’alternance. L’idée de la planète qui a été délibérément « made cruel », à première vue juste pour le jeu mais en réalité pour des desseins encore plus funestes m’a également beaucoup plu. Enfin, dans tout ce linéaire, nous avons tout de même un petit jeu sur la temporalité : le TARDIS a disparu depuis un épisode seulement mais est connu des anciens habitants de cette planète depuis des millénaires, sa capacité à apparaître et disparaître en boucle suite à l’explosion de fin de saison lui ayant même valu le surnom ma foi fort poétique de Ghost monument.

Bref, cet épisode m’a vraiment charmé alors même que sur le papier il n’aurait pas dû. Je pense que j’ai surtout apprécié le fait d’avoir, entre autre grâce à ce rythme délibérément très posé, une impression de nouveauté que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps devant cette série. J’avais à la fois l’impression d’être devant un film de science-fiction et la certitude, due à l’aspect résolument doctoresque de 13, de regarder du Doctor Who. A voir si la saison continuera à me donner cette impression.


II. Les nouveautés de l’ère Chibnall
Notre nouveau showrunner a pris la décision, que je trouve assez futée, de ne pas nous proposer toutes les nouveautés dans le même épisode. The Ghost monument nous offe donc deux éléments très attendus, le nouveau générique et le nouveau TARDIS.

Pas grand-chose à dire sur ce nouveau générique de début, on aime ou on n’aime pas. Personnellement j’ai bien aimé : tout comme le Docteur, il fait très old school (et complétement psychédélique, il faudra que je le regarde bourrée au moins une fois^^) et j’aime beaucoup les couleurs. J’aurais aimé qu’il soit un poil plus long cela dit, même si en revanche je suis plutôt contente que la tête du Docteur et le TARDIS n’apparaissent plus : Doctor Who est la seule série que je connaisse dont les images du générique n’apportent pas le moindre début de commencement d’explication sur la série qu’il introduit, je trouve ça assez fun.

Pour ce qui est du nouveau TARDIS, pas grand-chose à dire non plus. Je suis un peu dubitative sur sa décoration intérieure, que je trouve un tantinet spartiate (il faut dire que j’adorais l’aspect très cosy du TARDIS de Twelve avec ses grandes bibliothèques) mais je suis sûre que je m’y ferai. A la place de 13 je me méfierai un peu cela dit : l’aspect temporel de la machine semble géré par un simple sablier et vu combien le TARDIS a tendance à secouer, ça ne me semble pas très fiable. Je sens que nous en avons fini avec les atterrissages à la seconde près de Twelve (et non, ce n’est pas parce que je pense que les femmes ne savent pas conduire^^). Sinon, je suis comme beaucoup je pense assez conquise par le distributeur de biscuit incorporé (plus qu’à y ajouter une cafetière) mais je remarque que seul le conducteur a droit à un gâteau, c’est injuste ! Sad Enfin, j’ai assez craqué sur le mini TARDIS rotatif de la console (ça sent la commande de la branche produits dérivés de la BBC^^).

Enfin, évidemment, l’épisode continue à nous présenter le nouveau Docteur et les nouveaux compagnons. Pas grand-chose à dire sur ces derniers cette semaine : Yaz est toujours très en retrait : on apprend juste ses difficultés relationnelles avec son père et sa sœur. C’est un peu logique vu que l’épisode suit celui où Ryan et Graham ont subi un deuil : le peu de temps accordé à la caractérisation a donc surtout été consacré à ces derniers. Je dois admettre que je suis surprise par Graham : il ne se plaint pas du tout, contrairement à ce que je craignais, et je ne pensais pas qu’il serait si expansif dans son désir de parler de ce qui s’est passé. J’aurais pensé au contraire qu’il serait du genre à tout garder pour lui mais cette tendance a été attribuée à Ryan. Pas grand-chose d’autre à dire sur ces deux là : ils ont des capacités de bricoleurs mais qui risquent de s’avérer peu utiles vu qu’il s’agit d’un trait marqué du nouveau Docteur.

Parlons donc de cette dernière. Son aspect pacifiste est encore une fois rappelé et sa promesse à Ryan lorsqu’il lui demande d’arrêter d’insister sur le fait qu’elle avait raison de ne pas aimer les armes (« I will go on about it, a lot! ») ne laisse pour moi pas de doute sur le fait qu’il s’agit du trait de caractère qui sera le plus mis en avant cette saison. On retrouve aussi son coté McGyver lorsqu’elle se débarrasse des soldats et le fait qu’elle soit bien plus « humaine » que son prédécesseur, non seulement dans ses actes (elle prend le temps de faire part à Ryan de son admiration devant sa résilience) mais aussi dans sa culture : elle fait allusion à l’émission antique roadshows et au Paris -Dakar. Quant-à sa tendance à prendre le contrôle de chaque situation, elle se remarque dès le début lorsqu’elle convainc Epzo de sacrifier son vaisseau ou encore dans la manière méprisante dont elle traite l’organisateur du rally et sa « pretty cruel race » (le petit jeu de mot sur le double sens de « race » en anglais m’a d’ailleurs bien plu).

Chibnall prend bien sûr soin d’inscrire cette incarnation dans la continuité du personnage. Ainsi, dès les premières minutes elle affirme « I’m good at old school », ce qui est d’autant plus amusant rétrospectivement qu’une bonne partie de l’épisode consistera à courir dans des corridors identiques : dur de faire plus old school pour cette série. On retrouve sa capacité à improviser au dernier moment (« I'm really good in a tight spot. At least, I have been, historically. I'm sure I still am. ») et même le fait qu’elle ait tendance à ne pas avoir la moindre idée de ce qu’elle va faire tout en étant persuadée qu’elle réussira (« I’m treating it as a chance to surprise myself. »).

Enfin, nous avons droit au retour du là aussi très old school venusian Aikido de sa 3ème incarnation. Chibnall prend bien soin de nous rappeler, caractérisation de 13 oblige, combien cet art martial est en réalité pacifiste puisqu’il se contente de paralyser ponctuellement. D’ailleurs, les fans de l’ancienne série : était-ce déjà canon que cet Aikido a été créé par des nonnes ou Chibnall a-t-il ajouté cette anecdote pour renforcer encore cet aspect pacifiste ? Dans tous les cas, nul doute que le retour de cet atout aidera beaucoup 13 dans sa volonté de ne plus utiliser du tout de solution violente.

Bref, l’épisode renforce encore une fois l’idée que 13 EST le Docteur (j’en étais personnellement convaincue dès la fin de sa magnifique entrée dans l’épisode précédent^^) et j’espère que cet épisode aura aidé les spectateurs les moins convaincus à s’en assurer. J’ai aussi bien aimé le discret « Come to daddy… I mean, mummy, I mean…. » de 13 en fin d’épisode (je sens qu’elle va autant galérer que moi à changer son habitude niveau pronoms^^) et sa relation touchante avec le TARDIS (elle est vraiment à deux doigts de l’enlacer quand il apparaît, ce que Eleven aurait sans doute fait d’ailleurs^^). 13 a même récupéré un peu de la mauvaise foi caractéristique du personnage quand elle nie avoir baissé les bras quelques minutes auparavant même si son sourire montre qu’elle n’est pas tout à fait sérieuse à ce moment-là
. Plus qu’à avoir un petit aperçu de son côté obscur (bien plus tard dans la saison je pense) et on aura fait le tour de tous les aspects doctoresques.


III. Le fil rouge
J’avais compris depuis le temps que Moffat était un menteur pathologique mais j’ignorais que c’était le cas de Chibnall. Ce vilain avait dit plusieurs fois en interview que sa saison serait un ensemble de stand alone sans fil rouge, je pense qu’il est assez clair maintenant qu’il s’est fichu de nous.^^

Si j’avais bien compris la semaine dernière que nous reverrions certainement Tim Shaw puisqu’il se téléporte avant de chuter et qu’il a admis que la sœur de Rahul était encore vivante, j’avoue que je n’avais pas un instant pensé que les Stenza seraient une menace récurrente, voire la principale de la saison. Ce que nous avons tous pris la semaine dernière pour une race guerrière générique servant de prétexte au scénario est donc en réalité une véritable contribution de Chibnall au bestiaire du whonivers. Ok…

Nous sommes visiblement dans une partie de l’univers (ou une époque) peu connue du Docteur où les Stenza sont un danger terrifiant pour de nombreuses planètes. Celle de Angstrom est désormais quasiment inhabitable et, s’il n’est pas prouvé que celle d’Epzo subisse le même problème, il est clair au vu de leur système d’éducation que sa race n’a vraiment pas une vie facile. Contrairement à la semaine dernière où le danger posé par les Stenza était très limité puisqu’ils semblaient ne pas avoir de visée expansionniste sur la Terre et chercher simplement à prouver individuellement leur valeur lors de « safaris » (bon, on savait tout de même qu’ils étaient les « conquerors of the Nine systems »), on découvre ici qu’ils possèdent potentiellement un arsenal militaire terrifiant (tout dépend de si les scientifiques de la planète ont réussi à détruire toutes les armes qu’ils ont créé à temps) et qu’ils massacrent par millions les habitants des planètes qu’ils conquièrent.

Les Stenza terrifient en tout cas assez cette partie de l’univers pour que plus de 4000 participants soient prêts à risquer leur vie pour avoir en récompense de quoi s’installer avec leur clan sur une « safe planet ». Soyons honnête, Tim Shaw n’a pas fait forte impression sur le public la semaine dernière, d’autant plus qu’il était visiblement ridiculisé (c’est un tricheur) : il est donc à la fois malin (c’est clairement une surprise) et sacrément casse-gueule de la part de Chibnall de changer de tout au tout la caractérisation de cette race en la présentant soudain comme un danger crédible. Il va falloir sacrément en rajouter niveau horreur pour nous effrayer avec eux mais ce n’est en tout cas pas bête d’avoir évité de nous les montrer cette semaine et de s’être contenté de parler de leur réputation et de leur passé. Il va quand même nous falloir un peu de temps pour oublier Tim Shaw le raté.^^

Passons enfin au deuxième fil rouge, le fameux « timeless child » dont parlent les Remnants (c’est le nom qu’on leur donne dans le générique de fin). Je retranscris le dialogue entre ces derniers et le Docteur :
« Afraid of your own newness. We see deeper, though. Further back. The timeless child.
-What did you just say?
-She doesn't know.
-What are you talking about? What can you see?
-We see what's hidden, even from yourself. The outcast, abandoned and unknown.
-Get out of my head! »

Première constatation, le Docteur sait donc de quoi il s’agit mais l’a enfoui tout au fond de sa mémoire puisque les Remnants ont trouvé cette information en fouillant son cerveau. Est-ce d’ailleurs une preuve que 13 est moins télépathe que son prédécesseur puisqu’elle ne peut empêcher cette invasion d’une race random (et artificielle en plus puisque construite par les scientifiques de la planète) là où 12 arrivait carrément à communiquer avec les portes ? Ce ne serait pas choquant vu qu’elle a déjà le bonus du venusian Aikido : il ne faut pas donner trop de super-pouvoirs au pesonnage.

Deuxième constatation, « the outcast, abandonned and unknown » peut grammaticalement parlant désigner le fameux « timeless child » qu’ils ont évoqué précédemment mais aussi le Docteur puisque le mot précédent cette expression est « yourself » (sans compter bien sûr que cette définition colle complètement au personnage). L’ambiguïté est clairement voulue : si la citation fait référence uniquement à « yourself », alors il s’agit juste de rappeler que le Docteur est mystérieux, mais s’il fait référence au « timelesss child », il est clair qu’on cherche alors à sous-entendre que le timeless child EST le Docteur, l’expression colle trop bien au personnage.

Est-ce une allusion à ce que la série sous-entendait durant la période du 7eme Docteur et que Big finish a creusé dans ses audio : que le Docteur est plus qu’un simple timelord, qu’il est bien plus âgé qu’il ne le sait/prétend et qu’il serait avec Rassilon et Omega à l’origine même de la création des time lords? L’expression « timeless » collerait fort à cette théorie, de même que le fait que d’après les Remnants le timeless child est « further back » dans la timeline du Docteur mais bon, je me suis déjà emballée sur cette piste avec l’histoire de l’hybride en saison 9 et on sait tous comment ça a fini.^^ Sinon, les potentiels timeless childs sont nombreux : par exemple Jack Harkness colle aussi parfaitement (que j’aimerais que ce soit lui^^) de même que Badwolf, Jenny la « fille de Ten, Susan la petite fille de One et tant d’autres.

Dernière constatation… on ne sait RIEN de ce que le timeless child est censé faire. Le « She doesn’t know ! » des Remnants m’a rappelé le « The Doctor in the TARDIS doesn’t know » du prisonnier zéro en saison 5 et sous-entend quand même un certain danger, d’autant plus qu’ils font allusion à cet être après avoir fait remarquer que le Docteur est effrayée, mais après tout il peut s’agir d’un pétard mouillé et le timeless child avoir simplement le pouvoir d’arriver systématiquement en retard ou en avance (auquel cas c’est clairement le Docteur… ou certains de mes élèves^^).


Pour conclure, j’ai passé un très bon moment devant cet épisode et je dois admettre que je suis rassurée par le fait qu’il y aura effectivement un fil rouge. J’aime beaucoup star Trek et je ne suis donc pas forcément opposée à une série composée de stand alone mais je me suis habituée à me creuser la tête et à élaborer des théories farfelues (et en général fausse) devant Doctor Who, je suis donc bien contente de pouvoir continuer cette année. Plus qu’à espérer que les Stenza gagnent un tantinet en stature s’ils sont censés être la menace de l’année et que Chibnall soit meilleur que Moffat pour conclure ses fils rouges (j’adore ce showrunner mais il faut bien admettre que c’était son point faible).

Re: Doctor Who - Saison 11

Message non luPosté: 06 Nov 2018, 17:31
par Tyr
11x03 Rosa
-Blue box in the alley, is it a TARDIS ? It could be worth a lot.
-Nah, not that one. Second-hand, huge mileage, one careless owner.

Je ne suis pas une grande fan des épisodes historiques dans Doctor Who et je n’attendais donc pas de miracle cette semaine même si j’éprouvais une certaine curiosité devant le sujet abordé : il n’est pas évident du tout à traiter et le potentiel de foirade intégrale était assez important. Sans grande surprise, cet épisode est celui qui m’a le moins plu des trois mais il était intéressant, a évité les pièges dans lesquels il aurait pu tomber et je n’ai objectivement qu’assez peu de choses à lui reprocher.

I. L’épisode
Dans la plus pure tradition de la série, nous avons donc droit à l’épisode historique de début de saison (en 2eme ou 3eme place généralement). Chibnall avait annoncé vouloir rendre à Doctor Who l’aspect éducatif pour lequel elle avait été créée au départ et il est clair que c’est là le but premier de l’épisode : nous avons ici une leçon de 45 minutes sur l’émergence du mouvement des droits civiques aux USA. Découverte de Rosa Parks ? Check ! Référence à Emmett Till ? Check ! Caméo de Martin Luther King ? Check. Rappel que le combat est loin d’être terminé et que les discriminations persistent dans notre société actuelle ? Check. Note d’espoir en conclusion avec la reconnaissance de l’importance du combat de Parks ? Check. Si un de mes collègues d’histoire n’avait le temps que pour une seule séance afin de couvrir ce sujet complexe, c’est je pense en gros le plan qu’il aurait suivi.

Je comprends tout à fait ce choix : il suffit de regarder les actualités pour comprendre qu’une leçon sur ce thème n’est clairement pas inutile et je suis convaincue qu’une partie non négligeable du public a appris quelque chose ce dimanche. En revanche, je trouve l’aspect éducatif vraiment peu dissimulé et c’est dommage. Peut-être est-ce dû à mon métier mais je n’ai vraiment pas envie de retrouver un cours à la place de ma série. Les scénaristes eux-mêmes ne sont pas dupes et mettent d’ailleurs le doigt sur l’aspect « too much » de cette accumulation d’informations lorsque Ryan, dans la maison de Rosa, dit « Excuse me, Dr King. Yes, Rosa Parks ? » et bloque quelques secondes devant l’aspect complètement incongru de cette phrase.

Pour être honnête, je ne sais pas trop comment ces informations, toutes très importantes j’en conviens tout à fait, auraient pu être diluées et dissimulées d’avantage dans l’épisode mais ce n’est pas mon job, c’est celui de Chibnall qui cette semaine semble décidé à s’approprier le mien.^^ Je trouve par exemple le moment où Ryan se trompe sur qui était Rosa Parks , déclenchant un cours de rattrapage de la part de Yaz et Graham, relativement peu subtil. Enfin bref, j’arrête de râler sur l’aspect trop didactique à mon goût et je passe à l’autre problème de l’épisode : son méchant.

Bien évidemment, il n’est qu’un prétexte puisque le but des coscénaristes est clairement de montrer que le véritable méchant de l’épisode est l’intégralité de cette société, des nombreux personnages ouvertement racistes à ceux qui ne réagissent pas et se laissent porter par le courant puisque « c’est comme ça ». Mais tout de même, quel potentiel gâché ! Nous avons là pour la première fois depuis fort longtemps un personnage humain futuriste, maîtrisant le voyage temporel et capable même d’identifier un TARDIS (preuve que les Time Lords commencent à réintégrer l’univers ?)… et ce n’est pas un agent du temps ? Je ne peux pas être la seule à avoir eu l’espoir d’en apprendre enfin plus sur la mystérieuse agence qui employait Jack Harkness, sans compter que cela aurait pu annoncer un retour de ce dernier (on ne sait toujours pas ce qui est arrivé durant les deux ans qui ont été effacé de sa mémoire alors qu’il était agent).

Et puis franchement, quelle caricature ce Krasko ! Il est trèèèèès méchant puisqu’il a tué 2000 personnes (et malgré tout été libéré encore jeune alors que River a pris plusieurs années de tôle pour le meurtre avec circonstances atténuantes d’une personne qui n’est pas vraiment morte… bonjour la justice du futur !^^) et ses motivations tiennent sur un post it : c’est un raciste qui veut que les Noirs « restent à leur place ». Sachant qu’à l’époque où la prison Stormcage est en activité l’humanité ne s’arrête même plus à l’espèce de leurs partenaires potentiels, je trouve ce racisme du personnage fort étrange mais admettons : il est peut être un homme du passé condamné dans le futur ou originaire d’une planète arriérée. J’ai au moins rigolé au fait que comme dans la plus pure tradition d’Highlander le méchant ait un nom qui commence par un K (j’ignore si c’est fait exprès cela dit). Et puis bonjour l’intelligence, le type ne pense même pas à ranger son matos ailleurs alors qu’il sait que le Docteur a repéré où il était et peut passer outre le perception filter (puis bon, le mettre au milieu de la pièce là où tout le monde pourrait trébucher dessus est un peucon quand on y pense...).

Je comprends bien que cet aspect caricatural est sûrement voulu mais je l’ai personnellement trouvé fort dommageable. Sans compter qu’il est possible qu’on retrouve Krasko au cours de la saison (il est après tout simplement envoyé dans le passé) : j’avoue que je n’ai pas hâte. Enfin, son apparition a au moins permis à Chibnall de réintroduire de nombreuses notions de la série que les nouveaux spectateurs ne connaissent pas : Stormacage, le vortex manipulator, le perception filter, l’atron energy et même la notion de temporal displacement qu’on a surtout vue avec les anges pleureurs.

Allez, promis, j’arrête de râler et je passe à ce qui a fonctionné dans l’épisode. Si le rythme reste un peu lent pour moi (cela dit je commence à m’y habituer, c’est une chance !) il permet vraiment d’installer une ambiance. J’ai personnellement été très mal à l’aise à plusieurs reprises : au moment de la gifle bien sûr mais aussi les deux fois où le chauffeur crie sur Rosa (l’acteur est excellent d’ailleurs), durant la perquisition du policier, lors de la scène du restaurant et devant le « boy » méprisant du vieux qui refuse d’attendre le bus. On ressent vraiment la sensation d’étouffement et d’injustice qu’éprouvent Ryan et, dans une moindre mesure, Yaz ainsi que le sentiment d’impuissance de Graham et du Docteur qui ne peuvent protéger Rosa et leurs compagnons de couleur.

Les scénaristes parviennent également assez habilement à montrer le ridicule de cette ségrégation quand Yaz est à moitié acceptée car assimilée à une mexicaine : ni noire ni blanche, elle se retrouve debout dans le bus incapable de savoir où elle doit s’assoir. Enfin, comme je l’ai déjà dit, j’ai trouvé le casting très réussi. Bon, j’avoue ne pas avoir reconnu le sergent Donovan de Sherlock sous les traits de Rosa Parks (elle a des lunettes aussi et je suis tout à fait du genre à ne pas voir la ressemblance entre Clark Kent et Superman^^) mais elle est également tout à fait crédible dans le rôle même si son accent me semble très étrange, surtout rétrospectivement puisqu’elle n’a pas le même dans Sherlock.


II. Le Docteur et ses compagnons
Comme prévu, l’épisode prend également le temps de continuer à poser la caractérisation des nouveaux personnages et je dois dire qu’il fait cette semaine la part belle aux compagnons.

Graham continue à ne pas être ce que je craignais qu’il soit, c’est-à-dire un râleur. Il ne semble même pas agacé par le fait que le TARDIS ait raté la destination demandée pour la 14eme fois. Bon, il n’est pas d’accord avec l’idée de devoir sauter un repas par manque de temps mais je suis de tout cœur avec lui, ayant moi aussi un estomac incompatible avec les voyages dans le temps et une tolérance au jeûne d’environ 3h. Sa manière de revendiquer fièrement et à plusieurs reprises être le grand-père de Ryan alors même qu’il sait que cela ne peut lui attirer que du mépris est également très respectable et j’apprécie qu’on le voit encore souffrir de la disparition somme toute assez récente de sa femme et que Chibnall n’ait pas soudain fait disparaître son deuil (je n’en doutais pas cependant, Chibnall n’est pas du genre à rusher ce genre de sentiments).

Ce qui m’a le plus amusée cette semaine est cependant le soin que Chibnall met à rentabiliser ce qui aurait dû n’être qu’un détail de son background, le fait qu’il ait été chauffeur de bus. Dans le pilote, cela lui permettait de découvrir où était la machine de l’alien. Dans l’épisode 2, cela lui donnait la compétence nécessaire pour aider Ryan à toucher au moteur du bateau. Ici, évidemment, son rôle est crucial puisque le bus est au centre de l’intrigue : il découvre où les chauffeurs se retrouvent pour picoler, sait comment parler à Blake et peut même lui amener le bus de remplacement. Je commence à m’inquiéter sérieusement pour les épisodes futurs : je sens arriver à grand pas le cross over avec Le bus magique.^^

Yaz commence enfin à prendre de l’importance même si elle reste toujours un peu en retrait. Il semblerait qu’elle soit officiellement l’ « aide » de Ryan, dont la dyspraxie est parfois peu compatible avec le mode de vie très énergique des compagnons du Docteur, et le fait qu’elle soit elle aussi membre d’une minorité est évidemment mis en avant. Nous apprenons d’ailleurs officiellement au détour d’une phrase qu’il s’agit de la première compagne musulmane pratiquante du Docteur, bienvenue dans le TARDIS et bonne chance pour trouver la bonne heure et direction pour la prière en plein milieu du vortex ou sur des planètes lointaines.^^ On nous remet aussi une petite couche sur son évidente ambition, être « in charge » : à voir si cela ne se traduit pas par une tendance à prendre un peu trop de risques, je n’ai aucune confiance en Chibnall pour assurer sa sécurité. Cet homme est un tueur et je serais assez surprise si tous les compagnons s’en sortent correctement en fin de saison.^^

Quant-à Ryan, probablement le compagnon ayant le plus de temps d’écran et dialogues depuis le début, il faut admettre qu’il le paye sacrément cette semaine. Je ne me souviens pas avoir vu un compagnon subir autant d’évènements choquants en si peu de temps (ce n’est que le 3eme épisode !). Il se fait gifler, insulter, mépriser, doit s’assoir à l’arrière d’un bus alors que l’intégralité de ses amis a droit aux premières places et doit encaisser tout cela en sachant pertinemment que tout ne sera pas réglé à son époque. Il n’a même pas la consolation de voir, comme Bill dans Thin Ice, le Docteur s’insurger pour le défendre (je reviendrai sur cet aspect crucial de l’épisode). Je l’ai déjà dit mais je me suis sentie physiquement mal à l’aise plusieurs fois : c’est évidemment le but et c’est très réussi. Pour un épisode sur ce thème c’était important de ne pas rater cet aspect.

Passons maintenant à celle qui reste évidemment le personnage crucial, le Docteur. J’ai adoré son petit jeu avec Graham sur le fait qu’elle puisse être Banksy : non seulement ce serait très crédible (sans compter que c’est tout à fait d’actualité vu la dernière « blague » de ce dernier) mais l’actrice joue très bien cet aspect léger et joueur de 13, qu’on n’avait pas forcément beaucoup vu auparavant. En pleine ségrégation et alors même qu’elle a planqué deux « mongrels » dans sa salle de bain, 13 prend le temps de plaisanter : c’est pour moi un aspect crucial du Docteur et vu que Chibnall n’a pas, je persiste à le penser, l’aisance de Moffat pour écrire des dialogues drôles, toute tentative dans ce sens est la bienvenue.

C’est pour la même raison que j’ai ri plus que je ne l’aurais fait habituellement avec l’histoire du portable que le Docteur a passé à Elvis et que ce dernier a refilé à Sinatra : c’est absolument absurde (pourquoi Elvis donnerait à qui que ce soit un artefact qui ne fonctionne à son époque qu’avec une unique personne ?) et permet évidemment de débloquer la situation en offrant au chauffeur de remplacement un cadeau bienvenue. Je pardonnerai toujours à cette série d’utiliser des facilités scénaristique énormes lorsque c’est assumé à ce point et je suis ravie de voir que Chibnall a également pris ce parti.

J’ai également évidemment apprécié le fait que 13 soit capable de tenir tête au méchant de la semaine (surtout vu la nullité de ce dernier^^) de manière crédible tout en gardant son pacifisme avoué. Mention spéciale au moment où elle parvient à faire en sorte que ce soit lui qui zappe son propre matériel, voilà pour moi une action absolument doctoresque. Bon, je ne vous cacherai pas que le passage où elle se laisse étrangler pour prouver que le méchant ne peut pas la blesser m’a en revanche énormément déplu : il est excessivement rare que le Docteur soit directement « blessé » par un ennemi et le fait que ce soit cette version féminine qui le soit, en plus par un homme et de cette manière bien trop fréquente dans les violences envers les femmes m’a vraiment mise encore une fois mal à l’aise, cette fois-ci je trouve sans raison scénaristique. Peut-être suis-je trop sensible sur cet aspect, d’autant plus que bien évidemment 13 prend le dessus dans cette confrontation, mais j’aurais préféré éviter ce moment.

Mais l’aspect qui pour moi est sans conteste le plus intéressant de l’épisode est bien sûr la manière dont 13 se comporte durant ce moment historique crucial. Le personnage, qui est en général défini par son interventionnisme évident, ne va ici absolument pas chercher à changer l’histoire où même à l‘influencer comme tant de ses prédécesseurs l’ont fait avant elle. Bien au contraire, elle joue ici le rôle de défenseur et non d’attaquant : « Keep history in order. No changing it .Just guarding it against someone who wants to disrupt it. » Même s’il s’agit là dans les textes du mot d’ordre du Docteur, nous savons tous que celui qui a été Merlin, épousé une reine, inspiré Shakespeare et bouleversé l’histoire de mille et une manières a une nette tendance à prendre le contre-pied de ce vœu pieu.

Or, le fait de faire ici du Docteur un non interventionniste est crucial. Déjà, et surtout, parce qu’il n’interfère pas avec le choix de Rosa Parks. Si l’on avait appris dans l’épisode que c’était grâce au Docteur que Parks avait pris la si courageuse décision de se battre seule contre l’institution, toute personne un tant soit peu intéressée par les mouvements des droits civiques aurait à juste titre hurlé : alien charismatique ou pas, une femme blanche se retrouvant à l’origine des mouvements d’émancipation des noirs américains et volant la vedette à celle qui a tout risqué pour obtenir ces droits aurait été scandaleux. La co-scénariste de Chibnall cette semaine, Malorie Blackman, est une femme noire et j’aurais donc été surprise qu’elle ou même Chibnall, très soucieux de la représentativité dans son cast et son staff, fasse une telle erreur mais on n’est jamais à l’abri d’une maladresse et je pense ne pas avoir été la seule, en lisant le résumé de l’épisode, à avoir craint exactement ce genre de bourde.

Enfin, ce choix de faire ici du Docteur le défenseur de l’Histoire et non une interventionniste donne lieu à une scène extrêmement poignante. Afin de permettre à la scène du bus de suivre son cours malgré les changements opérés par Krazko, le Docteur, Yaz et Graham doivent accepter d’en faire partie. Ils doivent se résoudre à rejoindre le groupe des Blancs (et assimilés dans le cas de Yaz) qui par leur non intervention permettent à ce racisme d’état de subsister et sont, comme je le disais précédemment, les véritables méchants de l’épisode.

Le Docteur, qui combat toute forme de discriminations depuis des millénaires, Yaz la « paki » qui se fait traiter de terroriste régulièrement et Graham encore en deuil d’une femme noire admirant Rosa Parks se retrouvent, avec Ryan comme témoin impuissant, à devoir abandonner leur nouvelle amie à son sort et à être les complices silencieux du chauffeur raciste et de la société qu’il représente. Et qu’il est visible que chaque personnage s’en rend compte et souffre ! Je trouve cela encore plus visible sur le visage de Graham, qui nous a appris une demi-heure avant que la première chose que Grace, l’amour de sa vie, lui a demandé est s’il était du même genre que James Blake. Le voilà forcé de devenir son complice actif, il lui a même fourni le bus !

J’ai déjà fait remarqué précédemment combien 13 ressemble à Ten et prend néanmoins régulièrement son contre-pied, c’est totalement le cas ici. Là où Ten, porté par son hubris, décidait de changer l’histoire au risque de détruire l’espace-temps, 13 prend sur elle et accepte d’endosser le mauvais rôle afin que l’histoire suive son cours. C’est tout aussi fort et, après tant d’années de Docteur au centre de l’Histoire ou au minimum résolu à en changer une partie même infime (comme à Pompéi), c’est nouveau !


Pour conclure, si je ne peux pas dire que j’ai adoré l’épisode dont l’aspect clairement trop didactique m’a rebuté, je l’ai trouvé réussi au point de vue des émotions. Les sentiments principaux qu’ils m’évoquent étant la gêne et le dégoût, je ne peux pas dire que je le reverrai de sitôt mais ce n’est pas là un défaut, bien au contraire. J’ai de toute manière apprécié que l’épisode prenne des risques, tout autant dans le sujet traité que dans le ton choisi. Il est également fort possible que je me repasse de temps à autre la scène finale du bus, qui apporte énormément au niveau de la caractérisation de 13 et de ses compagnons. A ce moment précis où 13 doit accepter de prendre le mauvais rôle, Chibnall et Blackman ont réussi à faire à la fois du relativement nouveau et du crédible, le Docteur étant après tout un seigneur du temps qui sait quand l’Histoire doit suivre son cours. J’espère que la saison continuera à proposer du neuf (sans partir dans le hors-sujet bien sûr), c’est je pense le plus important vu l’âge de la série.

Re: Doctor Who - Saison 11

Message non luPosté: 06 Nov 2018, 17:32
par Tyr
1x04 Arachnids in the UK

My husband's right.It's a conspiracy.Do you have any idea how annoyingit is when my husband's right?

Je suis en général très bon public concernant Doctor Who mais je dois bien admettre que cet épisode est pour moi assez raté. Oh, ce n’est pas une catastrophe à la Curse of the black spot et je n’ai pas passé un mauvais moment en le regardant mais j’ai eu un mal fou à le revoir le lendemain pour prendre des notes et le temps que j’ai mis à faire cette review vous donne une indication sur ma motivation à y revenir davantage. Du coup, deux parties seulement cette semaine vu que je n’ai pas plus envie que les scénaristes de me creuser la cervelle.

I. Les couacs
Je commencerai par tout ce qui n’a pour moi pas du tout fonctionné cette semaine et j’ai relevé trois points principaux (décidément, je ne peux pas m’empêcher de revenir aux trois parties^^ ).


a) Les araignées
Je ne vais pas taper sur les effets spéciaux autour des araignées. Ils n’étaient pas ridicules et même si le gigantisme leur fait évidemment perdre beaucoup en crédibilité, l’épisode joue assez intelligemment sur ce coté too much en intégrant un aspect jeu vidéo qui a plu à la gameuse que je suis. je pense en particulier au moment où Graham et Ryan sont dans la grande salle et réalisent qu’ils n’ont pas regardé le plafond : le moment où l’araignée géante descend bien au centre de la pièce avant de s diriger vers eux fait vraiment boss de fin de niveau.^^


En revanche, si je ne peux pas trop taper sur l’esthétique, je me permets de râler sur le traitement de l’aspect horrifique. Alors oui, n’étant absolument pas arachnophobe, je partais avec un certain désavantage pour ce qui est de cet aspect, mais tout de même ! Prenons la première araignée, celle de l’appartement : son arrivée est annoncée par ce qui est pour moi le jumpscare le plus raté que j’aie pu voir depuis fort longtemps. On aperçoit distinctement la femme disparue emmaillotée dans la toile sur son lit, Ryan tire soudain le rideau et… tadaaaam, musique effrayante, tous les personnages sursautent d’horreur parce qu’ils ont vu...bah...ce qu’on avait tous déjà vu et eux aussi. La salle n’est tout simplement pas assez sombre pour que ce jumpscare fonctionne et l’effet est tellement raté que je me suis demandée si c’était une erreur de l’équipe technique qui avait trop éclairé le plateau à ce moment là.

Ajoutez à cela bien trop de gros plan sur les araignées pour qu’on puisse vraiment les trouver inquiétantes et j’ai passé quasi toutes les scènes avec ces bestioles à trouver le temps un peu long. L’épisode parvient néanmoins à nous faire éprouver de la pitié pour la maman araignée qui n’a rien demandé et que le gigantisme tue à petit feu… mais Robertson arrive et la tue bien trop vite pour que l’on puisse vraiment compatir. Du coup, même cet aspect est assez raté car trop rushé. Étrange car Chibnall sait normalement gérer ce genre de choses : il a pris le temps de nous faire apprécier le tricératops de Dinosaurs on a spaceship avant de le tuer.


b) Le Trump du pauvre
Doctor Who a toujours été une série « politique » et ce n’est un secret pour personne qu’elle penche plutôt à gauche (c’est assez souvent le cas dans la science-fiction d’ailleurs) : j’ai toujours trouvé cet aspect très intéressant et j’apprécie en général les petites piques aux conservateurs que la série envoie de temps à autres. Ici, la petite pique a la légèreté du marteau de la copine de Nicky Larson et est nettement moins adroitement maniée. Je serais bien surprise s’il existe un spectateur de plus de 7 ans qui n’a pas compris que Robertson est assimilé à Trump.


Récapitulons : Comme Trump, ce personnage est un multimillionnaire qui a une chaîne d’ hôtels de luxe partout dans le monde mais également bien d’autres business. Comme lui, il l souhaite devenir président en bonne partie parce que le président précédent s’est moqué de lui. Comme lui il a une obsession pour la propreté (Trump est germophobe, Robertson a des « scheduled bathroom breaks et se frotte énergiquement les mains à ce moment là). Comme lui il est ridiculement autoritaire au point de sembler enfantin dans son ton (il répète 3 fois en moins de 2 minutes à son aide Kevin « I say when we go ! » après que ce dernier l’a averti qu’il faut décoller) et comme lui ce n’est pas un grand lecteur (dans sa panic room censé lui tenir 6 mois, il y a UN livre^^). Tout cela est déjà nettement trop lourd pour me plaire... mais il y a aussi les paroles du personnage!


Une de ses premières répliques est « You are fired », la célèbre phrase qui a fait connaître Trump quand il présentait The apprentice. Il fait référence à Fire and Fury, le livre sulfureux sur la présidence de Trump sorti l’an dernier mais surtout, il s’exprime comme lui. Lorsqu’il parle de son envie de se lancer dans la prochaine présidentielle il dit « I am not a politician,I'm a businessman and I know how to run things », ce qui est textuellement ce que disait le candidat Trump. Enfin, sur le même ton assez traînant que Trump affectionne , il affirme dans le tunnel « I have a lot of companies. They're very efficient, very highly rated internationally. ». Même le terme « highly rated » est complètement trumpesque.


Enfin, au cas où tout cela serait encore trop subtil, les compagnons font ouvertement référence à Trump et Robertson achève de se transformer en caricature vivante (et en poster boy de la NRA) en fin d’épisode lorsqu’il finit par hurler « What's wrong with you people?What is wrong with this country?Why don't you do what normal people do?Get a gun, shoot things,like a civilised person! »

Bref, contrairement à la semaine dernière, c’est à la fois le méchant apparent et le méchant réel qui sont décevants, ça fait beaucoup.


c) Le scénario
Je serais plus brève sur cette partie parce que si ce scénario tient sur un post it, c’est un peu le genre qui le veut. Pour gagner de l’argent, un vilain capitaliste pollue et cette pollution fait muter des bébêtes, c’est en gros le scénario de la majorité des films où un monstre géant attaque. L’épisode fait au moins l’effort de rendre ce scénario ultra bateau un tout petit peu plus crédible en expliquant que les araignées étaient déjà génétiquement modifiées au départ. Cela dit, ça reste fort léger. Je comprends bien par exemple que la scientifique étouffée par la toile chez elle a attiré l’araignée parce qu’elle portait les mêmes phéromones mais il n’empêche que le fait que l’araignée ait pu atteindre son appartement (et que le père de Yaz ait pu récolter des déchets contaminés) prouve que les araignées peuvent en fait se déplacer partout dans la ville : quelle chance qu’elles soient dans leur immense majorité restées sagement dans les tunnels. ^^


Je suis encore plus dubitative sur la solution proposée par le Docteur. Elle souhaite donc capturer les araignées dans la panic room et...quoi ? Les laisser mourir de faim ? Contrairement à ce que dit la scientifique, ce n’est PAS plus humain. D’ailleurs, on n’est même pas sûre de ce qu’il advient de ces araignées même si on nous sous-entend fortement que Robertson les a tuées (on n’entend d’ailleurs pas de coups de feu) et il ne semble pas que le Docteur s’en soucie le moins du monde une fois l’épisode terminé. Du coup, son pacifisme tombe totalement à plat cette semaine en l’absence de plan alternatif.


II. Les réussites

a) La team TARDIS

Il me semble assez clair que l’intérêt principal de l’épisode est de constituer officiellement la Team TARDIS tout en approfondissant les motivations des personnages et leur caractérisation. J’ai toujours eu un peu de mal avec les arrivées de compagnes dans la série : en effet, qu’une humaine random accepte de tout plaquer pour suivre un mystérieux alien qui semble mener une vie fort dangereuse m’a toujours semblé bien peu logique. Chibnall a je trouve très bien évité cet écueil.

Durant trois épisodes les personnages n’ont tout simplement pas le choix puisque le premier danger est chez eux et qu’ils sont ensuite dans l’incapacité de revenir à leur époque : cela leur laisse le temps d'apprécier le Docteur et de s’habituer à son mode de vie. Cet épisode, le premier où ils pourraient éventuellement décider de partir, nous explique en détail pourquoi ils s’y refusent. Graham ne veut pas rester dans cette appartement où tout lui rappelle sa femme défunte, Ryan a un boulot merdique et un père visiblement très louche qui semble désormais vouloir revenir dans sa vie et Yaz a...heu… une assez chouette situation pour être honnête, malgré sa sœur très tête à claque et son père très mauvais cuisinier. Bon, cela dit, on nous montre depuis le début de la saison qu’elle a de l’ambition et cet environnement familial assez étouffant joint à un boulot pour l’instant peu passionnant de doit pas l’aider à se sentir épanouie.

Niveau background, c’est bien sûr Yaz qui est à l’honneur cette semaine (il serait temps d’ailleurs). J’ai beaucoup aimé sa mère ainsi que le running gag sur le fait qu’elle ne soit quasi jamais nommée correctement à son grand désespoir (elle sera d’ailleurs certainement « Yaz’s mum » jusqu’au bout pour tous les fans de la série^⁾. Rien de bien neuf concernant Graham sinon que les manifestations de son deuil sont un tantinet inquiétantes (un fantôme qui vient t’engueuler parce que tu ne sais pas changer le sac de l’aspirateur, c’est la loose!) ni sur Ryan à l’exception du message de son père. Bon, j’ai en revanche bien rigolé à un détail incongru : lorsque la team TARDIS est dans le laboratoire de la scientifique, regardez l’arrière plan (en particulier le reflet) : on peut y admirer Ryan s’amusant à faire des ombres chinoises avec un gant de scientifique. Photo by JenniferC source http://www.flickr.com/photos/29638108@N06/5104339654/ Je suppose que ce personnage tiendra de temps à autres le rôle de comic relief.

Enfin, nous avons le Docteur. Bien plus « domestic » que ses prédécesseurs, elle est ravie de prendre le thé dans la famille de Yaz là où Nine et même souvent Ten se seraient enfuis en courant. Elle tente même de faire la conversation, avec à peu près le taux de réussite de ses autres incarnations^^, et n’a pas de honte à montrer ses émotions comme lorsqu’ elle fait clairement comprendre à la bande qu’elle ne veut pas les voir partir. Sa fascination pour les grandes poches est apparemment un trait de caractère affirmé du personnage puisque son manteau ne lui suffit plus et qu’elle a désormais également une banane (elle a raison, c’est nettement plus pratique que le sac à main pour courir) et on retrouve bien sûr son coté MacGyver lorsqu’elle utilise le vinaigre pour confiner l’araignée. On peut également brièvement remarquer le retour du psychic paper, qu’elle utilise contre Robertson.

Enfin, elle est bien plus soucieuse du danger que subissent ses compagnons (on avait pu le voir la semaine dernière quand elle propose à Yaz et Ryan de les attendre dans le TARDIS) et leur demande à plusieurs reprises s’ils sont sûrs de vouloir la rejoindre. Bien sûr, certaines choses ne changent pas du tout en revanche : il est pas mignion le Robertson à montrer au Docteur un panneau « danger défense d’entrer » en pensant que ça va l’arrêter ? Photo by Sydney Pettygrove

Bref, la team TARDIS est très bien introduite et plutôt correctement caractérisée. A voir si Chibnall parviendra à gérer une équipe de 4 sans en mettre systématiquement un ou deux de coté. Je passe pour finir à la partie mi observation mi spéculation dans laquelle je tenterai de voir où Chibnall tente de nous amener (avec certainement ma réussite habituelle^⁾.


b) L’épisode dans la saison

Il semble clair que certains éléments très récurrents sont des ingrédients incontournables du Doctor Who à la sauce Chibnall. Un personnage LGBT (la malheureuse femme de la nièce de Robertson), un aspect didactique évident (ici le cours magistral de la scientifique et les fun facts du Docteur sur les araignées et leur toile), un personnage historique random name droppé par le Docteur (bon, pour la pop culture actuelle en revanche elle n’est pas au point, pauvre Ed Sheeran! ^^ ⁾ et bien sûr un petit clin d’oeil au fait que le Docteur aurait déjà eu une incarnation féminine (« I used to be a sister in an aqua hopital »). Il semblerait que Chibnall soit assez fan du comique de répétition : pourquoi pas, j’espère que ça ne finira pas par me lasser vu ma capacité de concentration plus que défaillante. Chibnall semble aussi alterner entre les épisodes « softs » et les hécatombes : deux épisodes sans aucun morts, deux avec pas mal de victimes, sans doute pour empêcher les personnes comme moi de trop spéculer sur la suite.^^

Ce qui semble en revanche être une tendance importante de la saison est le fait que les méchants ne sont pas stoppés. Le Stenza de l’épisode 1 se téléporte (et sa race est mentionnée dans le suivant), le créateur du rallye mortel de l’épisode 2 est toujours dans la nature de même que le raciste de l’épisode 3 et voilà que Robertson joint la liste des bad guys pouvant potentiellement revenir en fin de saison. Soit c'est une manière de montrer le pacifisme exacerbé de ce Docteur qui ne va même pas arrêter le méchant, soit Chibnall cherche à noyer le poisson et ne va en réalité ramener personne, soit on risque de se retrouver avec un étrange méli mélo où les Stenza ont fait alliance avec Robertson et ses araignées géantes qu’il a fini par apprivoiser afin d’obliger le Docteur à participer au prochain rallye intergalactique contre Krako. Moui, je sais…


Pour conclure, cet épisode était à mon avis très moyen. C’est du Doctor Who donc il y a toujours quelque chose à sauver (bon, sauf pour Curse of the black spot, na^^ ) mais je ne le reverrai pas de sitôt. Tant pis pour moi, tant mieux pour ceux qui ont aimé : je suis sûre que Chibnall fera mieux la prochaine fois et ce n’est pas bien grave de rater un stand alone tant qu’il ne foire pas sa saison. Pour finir sur une note positive, j’ai oublié d’en parler mais j’aime beaucoup le nouveau vortex.

Re: Doctor Who - Saison 11

Message non luPosté: 06 Nov 2018, 17:34
par Tyr
11x05

« On the plus side,I now feel very well informed. »

Comme ceux qui ont la patience de me lire le savent, l’épisode précédent n’avait pas du tout fonctionné pour moi. J’éprouvais donc une certaine appréhension cette semaine, d’autant plus que le minuscule trailer n’apportait pas la moindre indication sur l’intrigue de l’épisode. Mon appréhension aurait d’ailleurs été encore plus grande si je n’avais pas regardé en direct et m’étais tout d’abord penché sur ce que le fandom en avait pensé, l’extrême majorité des avis de fans comme de critiques allant de « sympathique mais oubliable » à « nullissime, virez Chibnall » (oui, bon, je traîne sur Gallifreybase qui n’est pas connu pour ses avis nuancés^⁾. Conclusion après visionnage, il s’agit à mon avis du meilleur épisode de la saison et c’est sans conteste mon favori de toute l’oeuvre whovienne de Chibnall.

I. L’épisode

Tout commence avec le Docteur et son équipe qui font les poubelles, parce que quand on est un alien de plus de 2000 ans voyageant dans l’espace-temps pour résoudre tous les problèmes de la galaxie on ne peut pas non plus tout le temps être au top du glamour. Pour sa défense, je suppose qu’elle est personna non grata dans tous les garages de Gallifrey depuis la fin de la saison 9 et il ne lui reste donc pas beaucoup de choix pour s’approvisionner en pièces détachées pour TARDIS vétuste. Histoire de rajouter une petite couche de loose, le Docteur évoque même une mystérieuse aventure hors écran que nous ne connaîtrons jamais tout en nous laissant admirer le paysage bucolique de montagnes d’immondices dans l’obscurité.

Hélas, ce grand moment de poésie ne dure pas puisque la team TARDIS parvient à déclencher une mine sonique que le Docteur échoue à désamorcer : d’ailleurs, je ne suis pas artificier mais quand on réalise qu’on est incapable de désamorcer une bombe qui va sauter dans quelques secondes, je ne suis pas sûre que « nobody move ! » soit le meilleur conseil possible. Enfin, tout ça n’est bien sûr que prétexte pour envoyer notre fine équipe dans un endroit confiné sans TARDIS, lançant ainsi ce qui est sans nul doute le type d’épisode le plus classique de tout Doctor who, un « base under siege ».

Je ne suis franchement pas fan de ces types d’épisodes puisqu’ils ont tendance à présenter deux défauts propres à me rebuter. d’abord, dû au coté huis clos, l’intrigue a tendance à être lente et répétitive avec pas mal de discussions entrecoupées de quelques courses poursuites (traditionnellement dans des corridors identiques). Enfin, les personnages de ce type d’épisodes sont souvent très peu creusés et résumés à quelques traits de caractère/capacités permettant de servir l’intrigue, tout simplement parce que le temps est limité et que leur rôle est en général de mourir les uns après les autres.

Je ne dirais pas que ces défauts sont ici totalement évités mais ils sont néanmoins assez estompés. Ainsi, nous avons droit à quelques personnages vraiment intéressants. Astos tout d’abord, qui possède une rarissime qualité : la capacité à faire taire le Docteur et à lui faire comprendre qu’elle se trompe. Vu que la team TARDIS, tout sympathique qu’elle soit, a pour l’instant l’esprit de rébellion et la capacité d’opposition d’un concombre, cela m’a fait plaisir de voir pour la première fois ce Docteur se faire rabrouer de manière ma fois fort méritée.

Courageux, utile (non seulement c’est un docteur mais il connait parfaitement la composition du vaisseau), sympathique, capable de stopper le Docteur lorsqu’ il le faut et en plus mignon, Astos est le parfait compagnon… et subit donc la malédiction qui frappe quasi systématiquement ces compagnons potentiels qui ont le malheur de croiser le Docteur alors que ce dernier ne recrute pas (coucou Jabe, Astrid, Rita et tant d’autres). Je n’ai du coup pas éprouvé la moindre surprise à sa mort même si je dois avouer que je suis déçue par sa stupidité : il sait que la chose qui a pénétré le vaisseau a expulsé la première capsule de survie… et il pénètre dans la 2ème quand il entend un bruit étrange ? « Rookie mistake » en effet !

L’autre personnage qui m’a beaucoup plu est Yoss, l’alien enceint. Outre le fait qu’il s’agisse encore d’une manière pour Chibnall de taquiner la partie du fandom qui grommelle à chaque apparition d’un personnage LGBT, sa présence permet de réinventer de manière comique le trope ultra éculé et fréquemment sexiste de la femme enceinte qui accouche au plus mauvais moment pour ajouter de la tension à l’histoire. Ici, la femme en détresse est un homme et les personnages qui le sauvent (de la nurse qui le fait accoucher au général qui se sacrifie pour sauver le vaisseau en passant par celle qui se débarrasse de la bombe) sont des femmes. Les deux hommes de la team TARDIS se contentent de l’encourager et de lui tenir la main en poussant (dans le cas de Graham) quelques petits cris dégoûtés devant l’aspect le plus gore de la césarienne. Et puis, renversement des rôles mis à part, il est pas choupi ce Yoss à montrer les photos de son fœtus jour après jour et à laisser la team TARDIS sentir son bébé donner des coups de pied ?

Bon, tout n’est pas parfait niveau personnages bien sûr . La nurse est sympathique mais oubliable, un énième personnage « faible » qui va s’avérer très fiable en cas de danger. Le général est assez intéressant (et j’aime beaucoup son actrice) mais caricaturale dans son rôle de femme forte et je pense que tout le monde avait compris qu’elle mourrait en se sacrifiant. Pour faire une référence bien datée, c’est comme dans le film L’aventure du Poséidon où les héros doivent trouver le moyen d’ouvrir une porte dans une salle submergée par l’eau et qu’une parmi eux est une ancienne championne de natation malheureusement devenue obèse et cardiaque : son sort ne fait absolument aucun doute. Le frère de Cicero est assez effacé et quant-à l’androïde, il ne sert strictement à rien. Seul personnage capable de toucher le Pting, il ne le fait pas et toutes ses actions auraient pu être accomplies par un autre personnage.

Cela dit, il est amusant de constater que Chibnall n’est pas dupe et nous offre une petite dose de lampshade hanging sur ce défaut hélas difficilement contournable des personnages bateau de base under siege. Ainsi, une bonne partie de ces personnages peut avantageusement être remplacé par le Docteur et c’est l’épisode lui-même qui le dit !

Le général Cicero est mentionnée dans le mystérieux « book of celebrants » ? Le Docteur a droit à un tome entier. Astos est un docteur compétant et son amie Mabli une nurse talentueuse? 13 et LE Docteur (et a même cette semaine le stéthoscope pour le prouver), examine et diagnostique un personnage en 1 minute et dit même à Mabli « You're a medic, I'm the Doctor. » Un personnage est un ingénieur brillant? Dès sa 2eme apparition, il est surpris comme un gosse la main dans le sac par Graham alors qu’il brandit un tournevis tout ce qu’il y a de pas sonique tandis que le Docteur est capable d’improviser un cours de physique et d’ôter la bombe du générateur d’antimatière. 13 assume d’ailleurs totalement cet aspect de son personnage et, lorsque Mabli lui demande de quoi elle est Docteur, répond en premier « medicine, science, engineering... » : la voilà apte donc à assumer le rôle narratif de la plupart des occupants de ce vaisseau (bon, sauf celui de pilote cela dit, on a bien vu que ce n’est pas le fort de cette incarnation^^).

Faute avouée est à moitié pardonnée (même si vraiment, cet androïde est inutile!) et je m’estime donc satisfaite du traitement des sidekicks de l’épisode. Qu’en est-il de l’intrigue, souvent basique et au rythme lent dans les base under siege ? Je ne vais pas dire qu’elle révolutionne la série mais je l’ai trouvée plaisante puisque nous n’avons pas un mais trois éléments de tension: le Pting, les appels de plus en plus fréquents de Resus One qui menace de faire exploser le vaisseau et l'accouchement de Yoss.

On n’échappe bien sûr pas à l’éternelle course dans les couloirs mais ces derniers sont au moins très design (j’aime ce blanc très sobre et futuriste) et j’ai ri au moment où le Docteur grommelle que ça manque cruellement de « signs » et qu’elle n’a hélas pas le temps d’y remédier : déjà parce que c’est vrai, les bases et vaisseaux de Doctor Who sont très chiches en indications pour d’évidentes questions narratives, mais aussi parce que sa dernière réflexion où elle sous-entend que si elle avait le temps elle ne se gênerait pas pour en ajouter laisse encore penser… qu’elle est Banksy !Smile J’aime beaucoup le comique de répétition.

J’ai aussi trouvé le dénouement très élégant puisque le Docteur, laissant deux de ses compagnons s’occuper de Yoss, trouve le moyen de faire s’annuler mutuellement les deux dangers restant en faisant avaler la bombe au Pting. De plus, en tant que prof, je ne peux que saluer la progression remarquable de 13 qui échoue lamentablement à désamorcer une mine en début d’épisode mais parvient à extraire, déplacer, et rerégler une bombe 40 minutes plus tard. Si seulement mes élèves apprenaient aussi vite !


Mais je dois admettre que ce qui m’a de loin le plus charmé dans l’épisode est le Pting. Mais qu’il est choupi ce croisement entre un bébé Slitheen et un chat sauvage !Ces petits yeux ronds, ces petites dents quand il « crache » sur ses ennemis, cet air béat quand la bombe explose dans son ventre et le nourrit soudain! Absolument craquant tout en présentant une vraie menace : un simple Pting a, de l’aveu de Cicero, détruit une flotte entière et cette race n’a quasi aucune vulnérabilité et des pouvoirs incroyables. Franchement, je veux saluer l’équipe technique qui a créé ce monstre parce que si le premier plan, où on le voit de dos, m’a fait craindre très fort de subir un de ces monstres carton-pâte ratés dont la série a le secret, le résultat dès qu’il se retourne est incroyable. Il est vraiment beau et crédible. Je serai donc la première à acheter la peluche et la figure pop que la branche merchandising de la BBC ne manquera pas de nous proposer. Je n’ai jamais su résister à un personnage « kawai » comme peut l’attester ma collection de figurines d’Adiposes, de Nifflers, de baby Groot et de pokemons divers. ^^

Bref, à l’exception d’un androïde inutile et, pendant que j’y pense, d’une blessure du Docteur qui l’est tout autant, je n’ai vraiment que peu de choses à reprocher à l’épisode. Les personnages sont bons, la multiplication des intrigues nous fait passer d’un groupe/lieu à l’autre et permet d’éviter l’ennui et nous avons enfin droit à l’épisode pur sci-fi qui nous manquait jusqu’à présent (le 2 aurait tout à fait pu se passer dans le Sahara si ça avait été une étape du rallye du méchant).


II. La team TARDIS

Je serai plus brève (si si, je sais faire^^) sur cette partie puisque nous arrivons en milieu de saison et que la caractérisation et la dynamique de l’équipe commence à être bien rodée.

Graham et Ryan, comme d’habitude, sont placés dans la même équipe dans le but clairement avoué dès le début de la saison de parvenir à une relation grand-père/petit fils. On sait qu’il y a eu plusieurs aventures hors écran et ça se voit car les progrès sont remarquables. L’hostilité latente de Ryan envers Graham a totalement disparu et, s’il persiste à refuser le le « checker » (ou de l’appeler grand-père d’ailleurs), ledit refus est désormais accompagné d’un sourire et Graham ne le prend plus personnellement. Comparez cette scène à celle, similaire, de l’épisode 2 et le changement est flagrant. Graham continue à être la surprise de la saison pour moi : le vieux grincheux un peu trouillard que j’imaginais après l’épisode 1 n’existe pas, ce personnage est chaleureux et touchant. Il est donc hélas mon choix numéro 1 de personnage susceptible de mourir en fin de saison afin de faire réaliser à 13 que son pacifisme à outrance est dangereux. J’ai même peur que Ryan ne l’appelle « grandfather » qu’aux derniers instants avant sa mort parce que Chibnall peut être assez sadique.^^

Yaz est hélas à nouveau mise de coté et sert uniquement à poser des questions à Ryan pour faire avancer la caractérisation de ce dernier puis à monter la garde, ce qui pour la deuxième chose ne doit pas la dépayser de son job de policière débutante. Cela dit, la scène du « kick the Pting » est absolument jouissive et ce malgré toute l’affection que j’ai pour cet adorable alien . Je soupçonne Yaz d’avoir bien plus suivi les cours d’EPS que de physique.

Que dire du Docteur cette semaine? Elle continue d’être la plus « humaine » des incarnations actuelles comme lorsqu’elle admet avoir été égoïste en essayant de détourner le vaisseau ambulance. Elle a une tendance à s’excuser encore plus évidente que Ten, même lorsque ce n’est pas vraiment sa faute d’ailleurs comme lorsque la mine est déclenchée par Graham : c’est à la fois très féminin et très british comme trait de caractère cela dit. Pour contrebalancer cela, elle conserve cela dit l’ego relativement développé de toutes ses incarnations : elle est ainsi trop fière de faire partie du « book of celebrants » pour conserver plus de quelques secondes l’anonymat qu’elle semblait vouloir garder devant le général et elle est la première à admettre à Astos qu’elle n’apprécie pas qu’on lui dise quoi faire. Je suppose que sa tendance au name dropping que nous avons tous remarquée cette saison vient aussi de ce -trait de caractère.

Bref, rien de révolutionnaire dans la caractérisation de 13. Elle est toute aussi incapable que ses prédécesseurs de se mêler de ses affaires ( « not really up on privacy indicators » comme le fait remarquer Graham^⁾ et conserve en gros la même manière de réfléchir que ce que nous avions vu dans Heaven sent : partir de la solution pour remonter à comment y parvenir. Cela dit, le mind palace très carré et scientifique de 12 devient un exercice de créativité chez 13 (je sentais qu’elle était plus littéraire malgré sa fascination louche pour la physique^^) : « You have to use your imagination. Imagine the solution and work to make it a reality. » explique-t-elle ainsi à Mabli.

Bon, je dois dire qu’un aspect de 13 commence un peu à m’ennuyer : elle semble avoir besoin constamment d’être rassurée par ses compagnons. On le voyait la semaine dernière quand elle leur demande plusieurs fois s’ils sont vraiment sûrs de vouloir l’accompagner et qu’ils doivent lui dire combien ils la trouvent formidable, on y avait droit en fin d’épisode 2 quand elle pense que le TARDIS ne viendra pas et que ce sont ses trois amis qui doivent lui dire de ne pas perdre espoir, on le voit ici lorsqu’elle peut à peine regarder Graham en face lorsqu’elle doit lui confirmer qu’ils sont effectivement en danger et que Yaz et lui doivent lui dire qu’ils sont sûrs qu’elle trouvera une solution. On peut aussi le remarquer à sa manière de s’excuser tout le temps d’ailleurs.

Je faisais remarquer tout à l’heure que ses compagnons ne s’opposent quasiment jamais à 13 (sauf très ponctuellement quand Ryan tire sur les drones dans l’épisode 2) mais ce n’est pas de la timidité de leur part. C’est juste que l’ immense arrogance caractéristique de chaque Docteur (et à laquelle 13 n’échappe pas totalement, je parlais plus haut de son égo) est noyée chez elle par son manque d’assurance, ce qui change du coup complètement le rôle attribué aux compagnons. Au lieu de devoir la stopper quand elle va trop loin, ils en sont réduits à devoir jouer les supporters quand elle se met à douter.

Ce n’est pas forcément une mauvais chose en soi de changer une caractérisation mais deux choses m’ennuient ici. Déjà, j’avoue être au fond une traditionaliste : j’aime que mon héros soit indubitablement la personne la plus intelligente de la pièce, le sache et se comporte en conséquence quitte à manquer d’humilité (je suis fan de Sherlock par exemple^^). Ensuite et surtout, je trouve dommage que ce trait de caractère apparaisse chez la première femme Docteur : c’est un fait reconnu que les femmes ont, du fait de leur éducation et de notre société, plus tendance à manquer d’assurance que les hommes et il me semble dommage que le Docteur, censé être un modèle, souffre du même problème. Je ne pense pas que Chibnall l’ait fait exprès mais cela me semble assez maladroit. J’espère donc que cet aspect de 13 sera estompé au fil du temps.


III. Et maintenant ?

Nous voilà au milieu de la saison et on commence à pouvoir échafauder quelques théories (j’y reviendrai) mais aussi à repérer les « chibnallismes ». On retrouve ici l’apparition d’un personnageLGBT (ou du moins renversant les rôles traditionnels des genres) et, bien plus agaçant, l’ aspect éducatif de la série intégré sans subtilité aucune . Bon, je prends surtout assez mal le fait de ne pas avoir le niveau pour comprendre un cours de physique dans une série familiale c’est la loose.^^ J’ai aussi découvert que Chibnall adore le verbe « jettison » (fort joli au demeurant et très sci-fi), qui signifie larguer (ici une partie du vaisseau). Le verbe est utilisé trois fois ici et apparaissait déjà dans l’épisode 2 quand le Docteur sacrifiait l’arrière du vaisseau du candidat au rallye galactique pour gagner de la vitesse afin d’atterrir.

Concernant l’intrigue de la saison (série d’épisodes indépendants mon œil, Chibnall est un vilain menteur^⁾, on commence je trouve à entrevoir deux trois choses.

Déjà, il me semble maintenant évident que le fait que CHAQUE méchant de la semaine sans exception puisse s’échapper à la fin sans être stoppé par le Docteur n’est pas un hasard. C’est d’autant plus probant ici qu’on ne nous explique pas exactement les motivations du Pting . Certes il souhaite dévorer l’énergie mais le Docteur faisait remarquer à Mabli en début d’épisode que le Pting avait rerdirigé le vaisseau vers la ceinture d’astéroïdes voisine pour une raison qu’elle ne connaissait pas encore et… on n’ entend plus parler e ladite raison par la suite. Certes, il est possible que le Pting ait juste décidé d’amener un casse-croûte à sa petite famille qui l’attendait là bas mais je trouve bizarre qu’on nous laisse penser qu’on nous donnera plus tard une explication et que celle ci n’arrive pas. Cela peut être simplement dû à une scène coupée maladroitement mais peut-être que la réponse est tout simplement une partie d’un plan plus large.

Nous avons également droit à une leçon de géopolitique de l’époque troublée dans laquelle se déroule l’épisode. Le Docteur nous apprend l’existence de ces tensions lorsqu’elle dit que le 67ème siècle est « a bit tricky in the middle », Yoss en rajoute une couche lorsqu’il admet ne pas vouloir élever son fils en cette période troublée, Astos nous explique que l’endroit où la team TARDIS faisait les poubelles fait partie d’un « disputed territory » et la partie de l’univers dans laquelle ils se trouvent au moment de l’attaque est nommée « constant division » et considérée comme si périlleuse qu’une encyclopédie automatique fournie avec le vaisseau en recense tous les dangers.

Ajoutez à cela le fait que le général Cicero ait combattu toute sa vie et sauvé son peuple de annihilation contre de mystérieux « Ayonians » et on comprend bien que le « bit tricky » du Docteur semble être un sacré euphémisme. On comprend le renouveau religieux qui semble avoir lieu à cette époque (on a trois allusions aux mystérieux « saints » protégeant la galaxie). Difficile du coup de ne pas penser que l’épisode 2 se déroule à la même époque et que les Stenza font partie des races qui se battent pour le fameux « disputed terrritory ». Le fait que le Docteur n'ait jamais entendu parler des Stanza auparavant pourrait d'ailleurs s'expliquer par le fait que de son propre aveu cette semaine elle a passé trop peu de temps à cette époque.

Si, comme je le pense de plus en plus, la fin de saison nous projette en plein milieux de ces troubles et nous fait revenir plusieurs des méchants qui se sont échappés, le pacifisme du Docteur va être mis à rude épreuve. Allez, théorisons : les Stanza ont récupéré toutes les armes de la planète de l’épisode 2, recruté le Jack Harkness du pauvre de l’épisode 3, acheté les araignées géantes à Robertson et réussi à dresser un troupeau de Pting pour rabattre les vaisseaux ennemis vers des astéroïdes. Le Docteur s’opposera donc à eux armée de son tournevis à la batterie à moitié déchargée et de ses poches profondes. Cela me semble équilibré.


Pour conclure, si cet épisode n’est pas dénué de défauts et qu’on n’a, je trouve, toujours pas eu droit cette année a un très bon épisode, j’ai vraiment apprécié celui-ci et j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi il a été si mal reçu par la critique. Radiotimes par exemple lui donne UNE étoile! Il en donnait deux à Curse of the black spot et cinq à l’épisode de la semaine dernière! Je sais bien que dans une réunion de deux whoviens il y a 10 avis différents et qu’il est plutôt positif que tout le monde n’ait pas systématiquement le même avis mais je trouve ça étrange tout de même.