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Interview de François Descraques au Comic Con' Paris 2011

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francois-descraques1-comic-con-2011Comme vous pouviez vous en douter, grâce à notre partenariat nous avons pu interviewer certaines personnalités invitées au Comic Con' Paris du 30 juin au 3 juillet dernier.

 

Notre deuxième interlocuteur était François Descraques, le créateur, le scénariste et réalisateur de la célèbre websérie Le visiteur du futur. Si vous ne la connaissez pas encore, je vous invite à rattraper votre retard sur le site officiel de la série.

 

Cette interview ne comporte aucun spoiler sur la série en elle-même donc même si vous ne l'avez pas encore vue, vous pouvez la lire et n'hésitez pas à regarder la série, ce n'est que du plaisir ! 

 

Serieviewer : L’une des questions qui se pose le plus, en particulier pour les fans de Doctor Who, est si vous avez regardé la série ?

François Descraques : (rires) Alors, en fait, je l’ai regardé à partir d’il y a un ou deux mois. C'est-à-dire qu’à force qu’on m’en parle et tout… Enfin, je connaissais Doctor Who de nom, depuis longtemps mais j’avais jamais regardé vraiment et à force qu’on m’en parle et tout, qu’on me dise que Florent (Dorin, ndlr) ressemblait à David Tennant et tout, j’ai dit bon ba faut que je regarde. Et, j’ai regardé. Alors là, pour l’instant j’en suis qu’à la saison 2, enfin au milieu de la saison 2. Je trouve ça bien, vraiment bien. Enfin, la saison 1, c’était un peu dur à rentrer dedans et tout. Mais je connaissais un peu le background de la série donc je connaissais un peu les codes vite fait. Puis la saison 2, là il y a des épisodes qui sont exceptionnels et à ce qu’il paraît, on m’a dit que c’est encore rien par rapport à la suite. Donc je continue à regarder avec plaisir au fur et à mesure et tout. Je comprends pourquoi on y trouve des ressemblances avec Le visiteur du futur et je trouve ça super quoi.

 

SV : C’est vrai qu’apparemment, certains ont remarqué que le Castabot ressemblait énormément à une autre machine qui s’appelait Toflacane dans Doctor Who.

FD : Alors ça, je n’ai pas encore vu. Le Castabot, bizarrement l’inspiration ça a toujours été quelque chose qui n’avait rien à voir. On s’est jamais inspirés en fait dans Le visiteur du futur. Tout le monde dit : « ah mais en fait Le visiteur du futur c’est le Docteur Emmett Brown (Retour vers le futur) » et on a fait « oui, non, peut-être, j’en sais rien ». On n’a jamais dit on va faire ça comme ça, on va copier ça et tout. Le seul truc qu’on a essayé de copier, je me rappelle, au tout début, c’était par rapport au costume du visiteur, par rapport à son look. On voulait s’inspirer du style de Kyle Reese de Terminator, le héros de Terminator, le premier. Le côté du mec qui débarque de nulle part, prend un manteau au hasard et qui fait un peu clochard et qui est toujours blessé, toujours en galère. Ça c’était la vraie inspiration on va dire du Visiteur du futur. Tout le reste, c’est venu comme ça, par Florent, par moi, par son instinct…

 

SV : D’accord. Donc c’est pareil, c’est un total hasard si le personnage de Raph ressemble beaucoup au personnage de John dans Héro Corp ?

FD : Ah oui oui complètement parce que c’est pareil, j’avais pas vu Héro Corp à ce moment là. Le personnage de Raph ressemble à mon frère surtout parce que c’est ça l’inspiration aussi. Et ce qui m’avait inspiré sur le personnage c’était l’archétype du gars qui ne veut rien faire. Enfin, qui veut rien faire, qui ne veut s’impliquer en rien parce que c’est l’âge où on ne veut pas prendre de décisions, on pense que tout est cool… et que rien n’a d’importance. A qui on impose tout le poids de l’humanité, du sort de la race humaine. C’est surtout ça le truc et voilà c’est tout. Mais ce n’était pas du tout en rapport avec Héro Corp même si j’aime beaucoup. Enfin, je n’ai pas tout vu Héro Corp et tout mais j’adore ce que font les frères Astier. C’est vraiment quelque chose qui m’intéresse vraiment mais je ne me suis jamais inspiré de ça.

 

SV : Sinon, une question qui revient souvent c’est est-ce que Raph va finir par envoyer bouler le visiteur (rires) ?

FD : Ba en fait le truc, c’est qu’à la fin de la saison 1, on avait ce problème où en fait Raph arrivait enfin plus ou moins à finir ce qu’il avait à faire avec le visiteur et le visiteur lui dit « oui mais maintenant on va sauver le monde ». Et après dans la saison 2, on les retrouve en train de bosser ensembles. Et en fait je me suis dit : comment je m’en sors, est ce que je refais Raph toujours qui fait « Oh non, encore le visiteur qui m’embête » ? Et je me suis dit, mais ça on l’a déjà fait et au bout d’un moment, ça devient saoulant quoi. Donc ce qu’on a fait, c’est que Raph, pour des raisons qui lui sont propres, accepte le visiteur et dit « ok, maintenant on travaille ensembles, parce qu’à priori ce que vous faîtes, ça a l’air d’être bien et puis le voyage dans le temps c’est quand même stylé ». Parce que c’est ça le truc, au bout d’un moment, Raph il ne pouvait pas être blasé de tout, surtout du voyage dans le temps. Enfin, un mec qui débarque chez toi, aussi fou soit-il, comme le visiteur du futur, il te propose un truc inespéré. Et donc, je vous donne une info un peu en exclu, il y a toute une histoire qui se passe entre la fin de la saison 1 et la saison 2 qui montre le changement de Raph entre la fin de la saison 1 où il dit « oh non, pas lui ! » et la saison 2 où il dit « ok, on va sauver le monde ». Et il y a un changement que j’ai écrit, qu’on verra peut être un jour sous une forme ou sous une autre, mais je ne voulais pas refaire la même chose que dans la saison 1 avec Raph qui fait « Oh non, voilà encore le visiteur ». Parce qu’au bout de deux saisons, trois saisons, ça devient ridicule.

 

SV : Oui, puis ils deviennent amis à force…

FD : A force. En fait c’est ça, ils deviennent amis à force de se côtoyer. Ce n’est même pas parce qu’ils ont des atomes crochus (rires), c’est parce qu’ils sont obligés d’être ensembles.

 

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SV : Autre grande question… Le visiteur du futur, on l’appelle toujours comme ça, mais il n’aura jamais un nom ?

FD : Ba en fait, ce qui définit le visiteur du futur, c’est le fait qu’il soit mystérieux, vague et contradictoire. Et surtout ambiguë moralement. C’est ça son personnage. Et donc, si on commence à lui attribuer un nom ou des origines très précises, on perd le personnage, on a un autre personnage. Donc pour l’instant, ce que je vais essayer de faire au maximum, c’est de garder cette ambiguïté. Et surtout une ambiguïté morale. Dans toute la saison 1, on ne sait pas si le visiteur c’est un gentil ou un méchant et à la fin de la saison 1, on se dit qu’en fait c’est un gentil. Et dans la saison 2, je me dis comment je vais faire pour retrouver cette ambiguïté et donc on positionne ça d’une manière différente avec d’autres questions. Ok c’est un type qui veut faire le bien mais est ce qu’il le fait bien ou est ce qu’il le fait mal ? Et la façon dont il le fait, est ce que c’est la bonne façon ? Et donc on retrouve cette ambiguïté là et c’est un truc qui le définit donc si on commence à trop parler du visiteur dans son background et tout, ça deviendra un autre personnage. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne saura jamais rien de lui, on apprendra des trucs au fur et à mesure.

 

SV : Sinon, le visiteur du futur est une shortcom et on a remarqué qu’il y a de plus en plus de minutes au fur et à mesure qu’on avance dans les épisodes. Est-ce que vous comptez changer pour un format encore plus long ?

FD : Bizarrement oui. Enfin oui, je dis ça car je compte le faire mais pour le moment, ce qui est sûr, c’est qu’on n’a pas de saison 3. Mais le dernier épisode de la saison 2 fait 25 minutes et se rapproche vraiment d’un mini film carrément. Après, le format il est surtout imposé par les contraintes et tout. Dans la saison 1, le format est un peu bâtard mais c’est aux alentours de 4 minutes, en saison 2, c’est plutôt 8 minutes parce que ça permet de raconter plus une histoire. Mais au final, le 8 minutes qu’on fait, c’est plus une sorte de 26 minutes très condensées. C’est un peu bâtard, c’est pas forcément idéal surtout en termes d’attente entre les épisodes… Mais c’est ce qui correspond à ce que techniquement on peut fournir. Mais si on avait possibilité de faire plus long, on le ferait mais si c’est pour sortir un épisode par an, ça ne vaudra pas le coup. Donc faut trouver le bon juste milieu.

 

SV : Et justement, pour faire ce 8 minutes, vous prenez combien de temps en tournage ?

FD : En tournage ? Pour un 8 minutes, on fait une journée. Ce qui est très très rapide finalement par rapport à un film. Faut savoir que pour un film de cinéma, ils tournent 1 à 2 minutes utiles par jour et nous on tourne 8 minutes utiles par jour, voire même des fois 9 et tout mais avec un rendu qu’on essaye de rapprocher du cinéma. Alors ce n’est pas encore du cinéma, mais c’est ce qu’on essaye de faire. Et donc finalement c’est un rythme très télé. Je pense que des séries comme Héro Corp ont un rythme encore plus soutenu, encore plus fou. Mais nous, on essaye de faire ce rythme sans que ça paraisse très sitcom, figé quoi.

 

SV : Par rapport aux paradoxes temporels dans la série, on trouve qu’ils sont particulièrement bien gérés mais on se demande si ça ne vous limite pas dans la possibilité de faire des épisodes encore plus délirants ?

FD : ça limite oui et non. C’est vrai qu’il y a tellement de règles à gérer, surtout par rapport à la saison 2. Par rapport aux paradoxes temporels, il faut savoir bien les gérer car d’un côté, il faut être cohérent pour son histoire pour que les gens trouvent leurs repères, qu’ils ne soient pas perdus au niveau de ce qu’il se passe, de quand ça se passe… D’un autre côté, il ne faut pas non plus s’enfermer là-dedans parce que oui, ça peut contraindre les histoires et les délires. Parce que si tu passes 8 minutes à juste expliquer un paradoxe temporel, il n’y a même plus de gags et c’est juste de l’information pour de l’information et ça peut devenir très lourd. Et ça c’est un truc qu’à chaque fois j’essaye d’éviter de faire. Donc voilà, il faut vraiment essayer de pas être contraint par ça et de trouver le bon équilibre entre ce qu’il faut expliquer et ce qu’il faut « passer à la trappe ». Puisqu’au final, ce qui intéresse les gens, c’est les personnages, les situations, le côté évident. Et si les gens doivent se prendre la tête pendant une heure pour comprendre un truc… Alors, y en a qui aiment bien ça, surtout dans les fans de SF, y en a qui refusent qu’on leur explique pas tout, il veulent que tout soit expliqué, ils veulent des schémas… Et moi j’en suis un comme ça, je comprends qu’on aime ça. Mais le problème c’est qu’on a 8 minutes quoi, et on ne peut pas se permettre de faire un exposé sur toutes les théories qu’on fait.

 

SV : Et, justement, je voulais vous demander comment ça se passe pour vous depuis que la série rencontre de plus en plus de succès. Elle est même diffusée sur Nolife maintenant. Est-ce que c’est plus facile du point de vue réalisation, financier et tout ça ?

FD : Financier, non ça ne change rien. Ce qui change, si quand même, c’est que grâce à la vente de T-shirts, de produits dérivés, la série ne coûte rien. Ne coûte rien dans le sens où ça nous permet d’acheter du matériel, de défrayer les gens quand y a des gros tournages, surtout la nourriture puisque ce sont des frais qu’on ne peut pas enlever. Après, on ne se paye pas pour l’instant. C’est une série bénévole. Si on devait se payer, comme dans une vraie série comme Héro Corp, on ne pourrait pas le faire avec l’argent qu’on a, ce ne serait pas possible. Donc ça aide à ne pas se ruiner, le côté fans, Nolife… Mais surtout, ça aide à avoir un puits plus large et à faire connaître la série. Donc pour l’instant, c’est surtout de la promotion. Mais ça n’a pas eu de répercutions financières mais peut être que … de toutes façons, la promotion, le buzz comme on appelle ça maintenant, c’est jamais inutile quoi. Parce que si t’arrives à bien gérer sur le long terme, ça fait une bonne bande démo pour les comédiens, une bonne vitrine aussi pour moi et pour l’équipe technique. Donc même si on n’arrive pas à faire quelque chose de viable financièrement avec Le visiteur du futur, ce n’est pas grave. Les gens qui font des pièces de théâtre ne gagnent pas d’argent avec ça. Les gens qui font des longs métrages, leur premier ce n’est pas forcément un truc qui leur permet de gagner de l’argent, c’est surtout pour le faire et avancer professionnellement. Donc, faut pas se mettre une pression là-dessus je pense.

 

SV : Mais sinon, je pense qu’il y a pas mal de fans qui seraient prêts à acheter des DVD de la série…

FD : ça c’est un truc sur lequel justement on travaille. Sauf que les DVD, le problème c’est qu’il faut les faire avec les bonnes personnes. Parce que faire des DVD à la maison et les vendre sur un stand, ça nous ferait de l’argent de poche mais c’est pas ça le but. Le but c’est pas d’avoir de l’argent de poche vu qu’on a chacun notre boulot à côté, on n’a pas besoin de ça. Ce dont on a besoin, c’est une vraie structure, quelque chose qui nous permette de continuer à faire ce qu’on fait avec la même liberté et avec des moyens adéquats. Ça ne veut pas forcément dire des bons moyens mais des moyens adéquats. Donc, c’est pour ça que les DVD, on ne peut pas se permettre de les faire à l’arrache, comme ça, avec n’importe qui. Et donc, on a mis très longtemps avant de trouver les bonnes personnes pour faire les DVD.

 

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SV : Sinon pour en revenir aux comédiens, je sais que pour la plupart ce sont des amis d’enfance en fait mais ils avaient suivi des cours d’art dramatiques ?

FD : Ba oui, en fait l’avantage que j’ai, c’est que la plupart des webséries se font avec des gens proches, des potes et c’est normal à partir du moment où tu dois leur flinguer tous les week-ends pendant des années, il vaut mieux que ce soit des potes. Moi j’ai de la chance dans le sens où mes potes sont des vrais comédiens, dans le sens où ils ont fait du théâtre, ils ont de l’expérience. Ce qui ne veut pas dire que ceux qui n’ont pas fait ça ne sont pas bons, parce que moi je trouve que dans les séries amateur, il y a des très bons comédiens qui n’ont pas forcément fait de théâtre. Donc pour moi, ce n’est pas un jugement de valeur. Mais, j’ai la chance que pour eux, ça rejoigne leur ambition professionnelle. C'est-à-dire que quand ils sont sur mes tournages, ils n’ont pas l’impression de faire un truc qui n’a rien à voir avec leur vie, au contraire. Ça va dans la continuité de ce qu’ils veulent faire. Que ce soit mon frère (Raphaël Descraques - Raph, ndlr), qui a fait du théâtre et tout, Florent donc le visiteur du futur. Et que tous les autres, la plupart sont vraiment comédiens. Et ceux qui n’étaient pas comédiens, bon celui qui était le moins comédien c'est-à-dire Mathieu Poggi (Mattéo) au début, maintenant, il a un agent, il fait des castings et il va jouer dans le prochain film Qui a tué Pamela Rose 2. Donc il aura un petit rôle mais voilà, le mec il n’était pas du tout comédien et maintenant, il passe des castings. Alors que c’est pas n’importe quel comédien qui fait des cours et tout, c’est très dur de passer des castings. Donc voilà, il y a une vraie ambition professionnelle dans tout ce qu’on fait quoi. Mais pareil, il faut bien le gérer, parce qu’il faut pas qu’on se dise « ba ça y est on est pros » alors que, on l’est chacun de notre côté, mais sur Le visiteur du futur, c’est encore entre les deux quoi.

 

SV : Vous avez fait un cross over avec Flander’s Company cette année, du coup les gens se demandent si vous comptez en faire un autre avec une autre websérie ?

FD : Ba pour moi, ce qui est sûr c’est que déjà à la Japan Expo, on fait toujours un cross over avec eux qui s’appelle Le Quizz du chaos qui est une sorte de spectacle sur scène d’une heure 30 où on fait un peu n’importe quoi. Et pour nous c’est comme un cross over dans le sens où on mélange nos équipes, on fait un projet commun fun. Après, moi je ne suis pas contre faire des cross over, c’est juste qu’à chaque fois c’est très compliqué. Celui qu’on a fait avec la Flander’s, on a mis 9 mois avant de le faire car on voulait que ce soit cohérent dans nos séries. On ne voulait pas juste que ce soit n’importe quoi. Parce que pour le coup, ce n’est pas comme le Quizz du Chaos où c’est complètement hors série. La, il fallait que ça s’intègre dans chacune des séries et tout. Je ne suis pas contre, c’est juste que ça prend vachement de temps et faut que ce soit cohérent. Et j’ai eu beaucoup de propositions du style « ah j’ai une super idée pour ma série, le visiteur il apparaît et après il disparaît ». Non quoi, ça ne m’amuse pas, ça n’amuse pas Florent parce que Florent a l’impression qu’on pervertit le personnage dans des situations qui n’ont rien à voir. Faut faire ça bien et dans le respect quoi. Donc je ne suis pas contre les cross over, il faut vraiment que ce soit bien fait pour que ce soit justifié.

 

SV : Et est ce que vous avez prévu de faire une saison 3 ?

FD : Ba dans ma tête, elle est prévue. J’ai les idées pour et l’équipe a la motivation pour. C’est juste qu’on est arrivés à un point dans la saison 2, tellement avancé, enfin tellement lourd à gérer techniquement que pour fournir les épisodes, ce n’est pas comme pour la saison 1 où on pouvait faire deux épisodes par jour, où je pouvais travailler sur pleins trucs à côté tout en faisant Le visiteur. Là ça me prend pratiquement les deux tiers de mon temps et faut que je vive, faut que je mange, que je paye mon loyer et il faut que l’équipe puisse être là au bon moment. Donc c’est compliqué logistiquement à gérer. Et en plus, on ne peut pas faire une saison 3 qui soit en dessous de la saison 2. C’est ça le problème, c’est qu’à chaque fois, on met la barre plus haut. Si on commence à se dire, bon maintenant on va faire des trucs en mode webcam parce que c’est plus simple, ça n’a plus aucun intérêt pour le public et pour nous. On ne peut pas faire des épisodes pour faire des épisodes. Donc moi je serais très prêt à faire une saison 3 si on trouve une solution et si c’est dans un cadre qui nous permet de dire « ok, on ne va pas se ruiner pour rien, et en plus on va évoluer tous ». Voilà dans quel cadre j’aimerais bien faire la saison 3. Mais pour l’instant, on va déjà finir la saison 2, c’est déjà bien compliqué et après on verra ce qu’on peut faire.

 

SV : Et vous avez déjà écrit le scénario du final de la saison 2 ?

FD : Oui, ba il est tourné le final. Je le monte durant tout l’été et il sortira donc à la rentrée. Ce sera un épisode de 25 minutes en septembre. Il y aura même une avant première dans un cinéma à Paris. On essaye de faire un beau finish qui permette d’être assez satisfaisant scénaristiquement. Si on a une saison 3 tant mieux, si on n’a pas de saison 3, y aura quand même un beau finish quoi. C’est ce qu’on fait chaque année car chaque année, on ne sait pas du tout ce qu’on fera l’année d’après.

 

SV : Cela ne finira pas sur un cliffhanger donc ?

FD : Il n’y a pas de cliffhanger, il y a des ouvertures. J’ai laissé des pistes d’ouverture pour dire voilà, ça peut continuer sur certains trucs. Mais l’idée est que la fin de la saison 2 résout les enjeux de la saison 2 quoi.

 

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SV : Est-ce que vous essayez d’approcher les chaînes de télé pour vendre le concept et du coup être financé ?

FD : En fait le truc, c’est que pour les chaînes de télé hors Nolife, c’est extrêmement compliqué parce qu’ils accepteraient très mal de faire une saison 3. Pour eux, faudrait recommencer à zéro quoi, retourner avec tel type de caméra et pour l’équipe technique, on se retrouve avec des vieux chef-ops de 50 ans… et en plus, faudrait réadapter tout à la chaîne.

Parce que la chaîne, il faut qu’elle ait un état d’esprit qui corresponde au Visiteur du futur. Enfin, plutôt pour eux, il faudrait que Le visiteur du futur corresponde à leur chaîne. Donc, il y a une adaptation qui devrait être faite, qui serait très longue à gérer et je ne sais pas si ce serait bénéfique pour la série. Donc même si je ne suis pas contre ce genre de démarches parce que c’est mon boulot. A côté de ça, moi je développe d’autres séries, avec d’autres producteurs, c’est ce que je fais et ça se passe des fois bien, des fois mal mais ça fait partie du système. Pour Le visiteur du futur, c’est d’autant plus compliqué qu’on a déjà deux saisons bien ancrées dans la tête des gens, on a des DVD qui vont sortir peut-être. Donc on ne peut pas se permettre de dire, bon maintenant on recommence tout à zéro parce qu’on a de l’argent quoi. Ce serait très dur à gérer. A part si vraiment on fait un truc qui défonce et que la chaîne nous fait confiance dans un sens bénéfique. Mais pour l’instant, ça se saurait s'il y avait des chaînes de télé capables de produire un truc comme Le visiteur du futur. Y en n’a pas vraiment je pense. C’est pour ça que je ne suis pas encore convaincu que ce soit la solution idéale même si je ne suis pas fermé pour écouter ce qu’on me propose.

 

SV : Et vous n’avez pas essayé de rentrer en contact avec Syfy par exemple ?

FD : Alors Syfy ne produit pas de fiction. Il faut voir mais quand on s’attache avec une chaîne, on a envie qu’un partenariat se fasse. Syfy, ils pourraient peut-être rediffuser la série parce que ça leur coûterait rien. Mais nous, on n’y gagnerait pas énormément. Nous ce qu’on veut, c’est une chaîne qui soit diffuseur et aide à la production d’une prochaine saison. Mais pour l’instant, on n’en est pas vraiment là. J’ai beaucoup de contacts. C’est vrai que le problème, c’est que les chaînes je ne les connais pas tant que ça. J’ai beaucoup de producteurs qui sont venus et ont proposé des trucs. Mais ce ne sont que des intermédiaires. Ils n’ont pas les solutions directes. Ils disent qu’ils pensent que « machin » pourrait aimer et puis ils vont voir leurs contacts et ils reviennent et disent «  ba en fait, non ». Et tout est indirect et tout prend trop de temps et c’est très frustrant par rapport au Visiteur du futur qui est un projet qu’on a fait parce qu’on avait du temps, qu’il fallait le faire et qu’on voulait pas attendre deux ans avant qu’ils nous disent ok. Je ne sais pas trop comment me placer par rapport à ça et je ne sais pas si Le visiteur du futur mériterait d’être un peu sacrifié juste pour passer à la télé. Alors qu’on a d’autres projets qui sont plus adaptés à la télé. Parce que moi je ne suis pas contre travailler à la télé, j’ai des projets adaptés pour la télé. Le visiteur du futur, on l’a fait justement parce que ce n’était pas adapté à la télé.

 

SV : C’est vrai que ça marche plutôt bien sur le web…

FD : Ba oui, et puis ça marche bien sur le web et si y avait des séries qui ressemblaient au visiteur du futur à la télé française, ça se saurait quoi. On dirait, ah ba tiens on va aller voir les types qui ont produit un truc qui ressemble vraiment. Les seules chaînes qui pourraient ce serait Comédie et encore… ça reste très large, très comédie quoi. Ils sont pas très SF et avec Héro Corp, ils ont essayé de faire un truc assez de comédie large. Et Canal + peut être, mais ils ont un esprit très fermé, très esprit canal… Ils pourraient le faire mais je n’ai pas l’impression que ce soit dans leurs priorités quand on voit ce qu’ils produisent. Ils produisent plutôt des trucs bobo, parisiens, pas vraiment geek.

 

SV : Non, et puis ils sont plus dramas que comédie, Canal +.

FD : Voilà, exactement. Ou alors quand ils font de la comédie, c’est avec du cul comme Hard et des trucs dans ce sens là. Et pour eux, je pense que la science fiction c’est un truc qu’ils ne voient pas adaptée à leur chaîne.

 

SV : C’est assez dommage que la science fiction soit si mal développée en France…

FD : C’est le canard boiteux du PAF comme on dit (paysage audiovisuel français) et moi j’ai subi beaucoup d’a priori quoi.

 

SV : Et c’est vrai que le format websérie n’est pas toujours très bien vu en plus…

FD : Ba déjà en plus, ils se disent « une websérie, donc c’est moche, c’est mal filmé et c’est mal joué ». Et ça c’est l’a priori, la réputation qu’ont les webséries. Et depuis quelques années, ça a vachement changé. Y a des webséries qui sont bien écrites, qui sont bien réalisées, qui si elles passent à la télé, on ne voit pas la différence. Donc c’est ça qui est fou, c’est que c’est juste une question de réputation. Mais bon le fait qu’on soit au Comic Con aussi, ça aide pas mal à montrer qu’on fait des trucs, y a du public… Mais le nombre de gens, de producteurs qui ne connaissent pas du tout le Comic Con, qui disent « mais c’est quoi le Comic Con, c’est où ? ». C’est un truc de fou alors qu’aux Etats-Unis, le Comic Con, c’est l’endroit où y a le plus de producteurs quoi. Donc c’est ça qui est paradoxal.

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